Macron s’assoit sur le rapport Borloo

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Le discours de Macron, prévu mardi 22 mai, pour connaître ses engagements quant à la politique de la ville et des banlieues a déjà largement été éventé.

La presse de vendredi avait eu la primeur des grandes lignes que le président de la République rendra publiques ce mardi. Il a préféré prendre les devants pour déminer le terrain des illusions créées par le plan Borloo qu’il avait commandé suite à l’appel de Grigny des maires de « ville et banlieue », en octobre dernier, en forme de signal d’alarme.

Fin avril le Premier ministre avait entretenu ces illusions en déclarant que le président annoncerait un « plan de mobilisation » en faveur des quartiers « nourri » par le rapport Borloo.

Un rapport (1) intitulé « Vivre ensemble, vivre en grand…pour une réconciliation nationale » élaboré avec des maires concernés et des acteurs de la vie sociale, associative et culturelle dans ces cités où se cumulent tous les problèmes de populations particulièrement fragiles pour une grande part, où le chômage et les inégalités sévissent dans des proportions très élevées, où la réussite scolaire et la mixité sociale y sont très relatives, comme la sécurité, favorisant le communautarisme et l’amalgame à des degrés divers.

L’insuffisance des moyens y est notable, de structures, de services publics, d’éducateurs…les animateurs de la vie associative reposant essentiellement sur le bénévolat.

De nombreux maires, comme celui de La Seyne, très impliqués dans la réduction des inégalités entre quartiers et entre territoires, sans partager la totalité des 19 propositions du rapport remis par Jean-Louis Borloo au 1er ministre le 26 avril, y voyaient une cohérence de nature à réduire les inégalités sociales dans ces banlieues populaires et leur donner le sentiment que leurs habitants ne sont pas méprisés et en marge de la République mais considérés comme des citoyens à part entière.

Il mettait en garde contre le risque de nouvel « apartheid ». Le 17 mai, un appel était lancé par l’Association des maires de France que préside François Baroin (LR), France urbaine -qui regroupe les métropoles, les agglos et les grandes villes- et Ville et banlieue représentant les 900 communes concernées par la politique de la ville. Un appel qui demande au Président de la République « d’ouvrir la saison 2 de la rénovation urbaine et de l’accompagnement social des 5 millions d’habitants en détresse…et de se saisir du rapport Borloo ».(2)

E. Macron a-t-il pris ombrage de cette unanimité des maires et présidents d’intercommunalités ?
De très nombreux conseils municipaux avaient adopté, en séance extraordinaire, des voeux en direction de l’Élysée pour que ce rapport serve de point d’appui à une politique de la ville qui a besoin de changer de cap, de prendre la mesure des enjeux, au moment où les premiers actes de ce gouvernement se sont traduits par la baisse des APL, la suppression des emplois aidés, les attaques contre les bailleurs sociaux, la vente des logements…au détriment de la construction, de la rénovation, de l’entretien du parc HLM. Sans parler de la réduction des dotations aux communes concernées qui doivent faire face à des dépenses supplémentaires.

Espoirs et désillusions
Parmi ses propositions, JL Borloo prévoyait un fonds de 5 milliards alimenté par la moitié des recettes des privatisations pour rénover les cités, il préconisait un triplement de la pré-scolarisation à deux ans parmi d’autres mesures concernant l’éducation et la lutte contre l’illétrisme dont un plan de formation de 500 000 personnes sur cinq ans…il prévoyait des dizaines de milliers d’emplois réservés aux jeunes des cités, dans les collectivités, l’armée, les entreprises, 720 conseillers supplémentaires à Pôle emploi,..proposait de donner le statut de la fonction publique, catégorie A aux 35 000 travailleurs sociaux intervenant dans ces quartiers…la création de 200 campus numériques …

Bref, un changement radical à amorcer à partir d’une mise en garde peu complaisante : il soulignait « combien les moyens déployés dans les quartiers prioritaires  sont en dessous du minimum républicain  et combien les correctifs  se sont quasiment tous arrêtés … Si nous n’y prenons garde, les frustations et les incompréhensions entraîneront replis communautaire, identitaire, xénophobe ».
« La question de l’égalité et de la mixité est un combat politique et culturel qui doit être mené sans relâche » pour « ne pas laisser prospérer les idées d’inégalité des sexes et de séparation des genres dans l’espace public, comme un nouvel apartheid »

Cette fuite organisée du discours attendu ne relève pas du piratage ni de la violation du secret d’Etat mais du souci de Macron de faire état de ses prérogatives, une fois de plus, quitte à discréditer le travail qu’il avait demandé pendant des mois à des centaines de personnes qui y avaient été associées.

Ainsi cette remarque aigre-douce relevée par les médias : « le gouvernement n’a pas attendu le plan Borloo pour agir… » On y sent l’agacement de quelqu’un qui n’a pas forcément apprécié le diagnostic et et les préconisations d’un rapport qui avait fait lever quelques espoirs, trop sans doute.

Comme cette autre remarque : »L’enjeu n’est pas de réinventer de grands dispositifs qui viennent d’en haut mais d’être efficace et de réussir à mobiliser les habitants… » Mais qui donc avait choisi Borloo pour réfléchir, avec les élus et les acteurs sociaux, à des propositions concrètes pour dynamiser la politique de la ville qui en a grand besoin ?

Tout le rapport repose sur l’idée qu’il faut valoriser les initiatives d’en-bas, leurs idées et le désir d’implication des habitants et de leurs associations. Encore faut-il passer aux actes et leur en donner les moyens. C’est ce qu’exprime l’association « Pas sans nous » qui fait partie du conseil présidentiel, alors que les élus locaux en seraient écartés ??

« Nous ne supportons plus que la politique des quartiers soit décidée d’en haut, elle doit se co-construire avec nous qui vivons et œuvrons au quotidien sur ces territoires. Nous ne sommes pas un problème mais une partie de la solution ».

Le maire PCF d’Allones dans la Sarthe, Gilles Leproust, secrétaire général des maires de « ville et banlieue », souhaiterait que chaque ministère fasse vivre ce rapport qui appelle des politiques budgétaires très claires : « on n’a pas d’illusions mais nous ne relâcherons pas la pression pour que les habitants des quartiers ne soient pas les oubliés de la République. »

Macron, déjà reconnu comme président des riches, peut-il devenir président des banlieues ? Lui qui admire les milliardaires et voudrait que chacun de nous le devienne…en nous faisant les poches et en nous invitant à marcher à reculons, selon ses critères très libéraux si généreux comme chacun sait !

René Fredon

(1) file:///C:/Users/Ren%C3%A9/Downloads/Rapport%20Borloo%20complet%20(1).pdf

(2) http://franceurbaine.org/rapport-borloo-amf-france-urbaine-ville-banlieue-apportent-leur-soutien

Crédit photo : Les Échos https://twitter.com/LesEchos/status/930493082952503298

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