Villissima – Des artistes et des villes

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Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

Le cercle de confusion, 1997

Miroirs, 3000 impressions autocollantes; 300 x 400 c

L’Hôtel des Arts, sous le commissariat de Guillaume Monsaingeon, avec qui il avait collaboré en 2013 pour l’exposition Mappamundi – art et cartographie, présente du 4 juillet au 27 septembre 2015

Villissima –Des artistes et des villes, ou comment certains artistes s’approprient ce vaste sujet sous un angle parfois inattendu.

A travers cette exposition, l’ambition de l’Hôtel des Arts est de proposer un regard ludique, gai et décalé sur la ville, ou plutôt sur ses représentations les plus diverses

L’exposition

Tout a été dit ou écrit sur la ville. Beaucoup d’expositions et d’ouvrages ont traité de sa rencontre avec l’art et les artistes.

Villissima– Des artistes et des villes ne prétend ni dresser un état des lieux en urbanisme, ni tracer une nouvelle histoire de l’art. La ville n’y est pas abordée comme un «problème» ou une «question» qui supposeraient un ton grave et alarmiste, une réflexion urgente ou une action immédiate. Il ne s’agit pas non plus d’analyser le «cas Toulon». Enfin, Villissima n’expose pas non plus de street art ni d’interventions urbaines d’artistes comme les graffeurs, designers ou architectes…

Mêlant dessin, gravure, peinture, sculpture et installations, vidéo et cinéma, sans oublier musique et littérature, Villissima fait l’objet de plusieurs commandes artistiques parmi lesquelles une commande à Pierre di Sciullo, graphiste et typographe, qui installera sur les grilles de l’Hôtel des Arts le «Composteur d’ Adresses Prévisionnelles», un dispositif manipulable qui permettra aux passants de créer leur propre adresse à partir de données proposées, ou encore, dans un style radicalement différent, une commande à Francesc Ruiz, artiste catalan, qui investira quant à lui une vaste salle d’exposition pour y bâtir une ville- kiosque évolutive débordant de magazines, comics et fanzines.

Villissima propose un parcours accessible à tous à travers les représentations actuelles de la ville sous ses formes diverses.

Omniprésente, la ville est pourtant mal connue, mal vue, peu regardée. Lieu de tous les rejets, accablée de bien des maux (politiques, économiques, écologiques, psychologiques…), la ville est présentée ici comme une réalité complexe mais décomplexée, voire jouissive. Même la réalité la plus sombre peut devenir source d’étonnement et d’émotion. Dans tous les cas, les regards artistiques portés sur la réalité urbaine sont source d’énergie contagieuse.

 

Quatre partis-pris scandent ainsi l’exposition:

Une tension féconde entre démesure et miniature La taille (Bigness, ville-monde, mégalopole, expansion ou mitage suburbain…) constitue l’une des caractéristiques les plus notables de la ville contemporaine.

Inversement, on peut considérer que tout regard artistique passe par une ou des formes de réduction ou miniaturisation (réduction d’échelle, simplification, restitution d’un vaste espace sur la page ou l’écran). Cette tension entre majuscule et minuscule (micro/macro, mini/maxi) constitue un axe majeur pour toute représentation artistique de la ville.

Une ville «à la main»

Il existe encore et toujours une «ville fait main» aussi importante que la ville numérique (ville connectée, réalité augmentée,

smart city…). La ville n’est pas seulement faite d’ordinateurs, de programmes et de robots, elle est aussi peuplée d’hommes et de femmes qui ne vivent pas pour autant une «réalité diminuée».

Villissima donne toute sa place au dessin, au geste, au tracé et à la gravure. Bien des artistes sont plus artisans qu’industriels, travaillent «à la main» autant qu’avec l’informatique, et leur richesse tient d’abord à la combinaison entre regard et manualité.

L’écriture au cœur de la ville

L’écriture, la littérature (roman, poésie, essais…) et leur puissance imaginaire sont aussi constitutives de la ville que le bâti, le béton ou les images: née à Babylone avec l’écriture, la ville s’est construite dans l’espace de la page autant que dans celui de la rue. Le roman policier a marqué la naissance de la ville moderne, qui n’existerait pas sans l’écriture dans l’espace public (information, néons, publicité…).

Villissima valorise donc le croisement urbain des formes plastiques avec la lettre, la typographie et l’écrit, par exemple dans la bande dessinée ou les ouvrages illustrés.

Des écrans dans la ville

Alors qu’un paysage peut s’appréhender dans sa globalité, la ville ne peut se percevoir d’un coup. Toute ville procède par occultation, trop-plein, goût du secret. Palissades et sous-sols produisent des angles morts et des espaces aveugles.

L’écran est ici considéré comme un médium constitutif du milieu urbain, mélange permanent de visible et d’invisible : espace de projection (orientation, publicités, actualités…) comme d’occultation, l’écran permet de voir autant qu’il l’empêche. Il informe et déforme tour à tour.

Un ouvrage, tenant à la fois lieu de catalogue d’exposition et d’essais, sera publié pour l’occasion aux Editions Parenthèses.

Guillaume Monsaingeon

Commissaire de l’exposition

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