USA/Chine : de débuter (officiellement) vient le choc des titans… et de finir la partie pour l’UE
La Chine, via son ministère du Commerce, a ordonné à ses entreprises de ne pas respecter les sanctions américaines imposées à cinq raffineries chinoises, dont la grande Hengli Petrochemical de Dalian et plusieurs petites indépendantes dites « teapots », accusées d’acheter du pétrole iranien.
Cette décision est une défiance officielle et assumée contre les sanctions secondaires des États-Unis. La Chine agit ainsi pour préserver ses importations vitales de pétrole iranien bon marché, essentiel à sa sécurité énergétique alors que son économie ralentit, tout en refusant la juridiction extraterritoriale américaine qu’elle juge illégitime. Elle s’appuie sur sa loi anti-sanctions étrangères de 2021, qui rend désormais illégal pour ses firmes de se plier aux mesures de Washington.
Ce geste répond directement aux sanctions récentes de l’administration Trump fin avril, qui visaient à couper les revenus pétroliers de l’Iran en frappant raffineries et flotte fantôme, et s’inscrit dans un bras de fer plus large où Pékin affirme sa souveraineté et son rôle dans un monde multipolaire, montrant qu’elle ne pliera plus automatiquement devant les pressions américaines. Ce n’est pas totalement nouveau, car la Chine contournait déjà ces sanctions discrètement, mais l’ordre officiel marque une escalade claire et publique dans la confrontation géopolitique.
L’Union européenne, qui n’existe pas en tant que puissance unifiée avec une politique étrangère et de défense commune, finira broyée entre les États-Unis et la Chine (et la Russie) parce qu’elle dépend toujours de Washington pour sa sécurité via l’OTAN tout en restant profondément vulnérable sur le plan économique et énergétique, sans marge de manœuvre réelle face aux deux géants.
Elle a surtout commis un choix stratégique catastrophique en se coupant brutalement des hydrocarbures russes bon marché après l’invasion de l’Ukraine : auparavant, la Russie fournissait près de 45 % de son gaz importé à des prix très compétitifs qui alimentaient son industrie chimique, automobile et manufacturière ; aujourd’hui, cette part est tombée à environ 12 % en 2025, remplacée par du GNL américain ou qatari beaucoup plus cher, ce qui a fait exploser les factures énergétiques, provoqué une désindustrialisation massive avec fermetures d’usines et délocalisations, et alimenté une inflation persistante qui érode le pouvoir d’achat et la compétitivité.
Prise en tenaille, l’Europe doit suivre les sanctions et les hausses de tarifs américains contre la Chine pour ne pas fâcher son protecteur militaire, tout en perdant des marchés cruciaux en Asie où la Chine domine les chaînes d’approvisionnement dans les technologies vertes, les véhicules électriques et les métaux rares ; elle paie ainsi le prix fort d’une transition énergétique accélérée et idéologique qui n’a pas compensé la perte de l’énergie russe stable et peu chère, tout en s’exposant à de nouveaux chocs comme les tensions au Moyen-Orient qui renchérissent encore le pétrole et le gaz.
Sans armée européenne autonome, sans stratégie énergétique cohérente et sans unité politique, elle se retrouve dépendante des décisions prises à Washington, à Pékin et à Moscou, condamnée à subir les retombées des guerres commerciales et des redéploiements énergétiques globaux au lieu de les influencer, ce qui accélère son déclin face aux deux vrais pôles de puissance qui, eux, contrôlent leur destin énergétique et géopolitique.
Échec et mat. Au moins, on aura prévenu.
À partir de l’automne, ça va vraiment secouer très fort.
Didier Maisto sur X








