Le Monde Diplomatique et la méthode Falco

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-Dès aujourd’hui dans les kiosques-

Pas moins de deux pages consacrées rien qu’à Toulon à trois semaines du premier tour de l’élection municipale : un véritable brûlot que l’enquête signée par Simon Fontvieille et Jean-Baptiste Malet et qui s’intitule « À Toulon, le maire organise son plébiscite« !

On ne peut pas dire que la lecture de l’enquête contribue à simplifier sa tâche. Elle n’est pas, mais pas du tout complaisante. C’est du journalisme d’investigation qui remonte le temps tout en interrogeant aussi des acteurs du même bord politique qu’Hubert Falco, comme l’ancien maire François Trucy qui a fait la transition entre Arreckx et Le Chevalier (FN en 1995) auquel Hubert Falco a succédé en 2002.

Il n’était pas un perdreau tombé récemment du nid dans la politique mais déjà un politicien chevronné pas effrayé par le système politico-mafieux mis en place par Arreckx dans les années qui ont suivi sa conquête de la majorité au conseil général du Var en 1985, après avoir régné sur la ville de Toulon de 1959 à 1985. Et en s’appuyant sur le milieu et son chef, Fargette, qui lui, régnait sur le racket des bars et restaurants de la basse-ville et au-delà. Arreckx lui avait confié la trésorerie de son comité de soutien et le service d’ordre de ses campagnes ! Un homme de confiance, quoi !

François Trucy interrogé, confirme que, par la suite, « Fargette est passé à la construction et aux affaires immobilières, en s’associant avec mon prédécesseur, Maurice Arreckx. »

Lequel présidera le comité de soutien d’Hubert Falco à la législative de 1988. Ce dernier y fera son entrée quelques années avant que le « parrain du Var » en fasse son dauphin au Conseil général. Puis il prendra la mairie de Toulon.

Voilà pour la partie historique de l’ascension du modeste Hubert Falco qui se passerait bien de ce rappel, lui qui a vite oublié cette période marquée par l’assassinat de Fargette en 1993, suivi par celui de Yann Piat député FN en 1994 et des révélations de scandales en série qui auront raison de l’impunité de l’ancien « maître » du Var qui finira en prison.

L’enquête aborde les liens toujours ténus avec le milieu de l’immobilier et du BTP à travers l’aménagement de la ville et de son centre-ville promis à une mutation sociologique au profit d’habitants plus aisés qui ne s’y bousculent pas malgré les incitations à coup d’argent public.

Elle aborde la délicate question des dessous-de-table pour avoir une HLM, via une association l’AVAL qui a celui du maire. Des témoins et des repentis ont illustré les méthodes pour l’élection -supposée- des représentants des locataires de Toulon-Habitat. Et pour les élections en général.

Méthodes que nous vous laissons découvrir et qui ne doivent rien à celles de l’avant 2000.

Que voulez-vous « la paix sociale » ça s’achète mais c’est toujours le contribuable qui paye. Le clientélisme est une pratique de longue date … et pas que dans le Var.

Il y a bien une enquête préliminaire en cours sur le trafic des logements HLM. Mais « le parquet communiquera éventuellement à l’issue des investigations » dit Le Procureur.

Même discours et même laxisme des autorités administratives et judiciaires, pas propres au Var sans doute mais ici ce n’est pas la matière qui manque. TV83 est bien placé pour le savoir, publiant autant qu’elle en a connaissance les rapports de la Chambre régionale des comptes (1) sur les collectivités locales, départementales ainsi que les établissements publics comme les hôpitaux, les EPIC, le traitement des déchets etc.

Documents publics communiqués aux élus et administrateurs avec moult observations des plus explicites car illégales pour beaucoup ou, pour le moins préjudiciables aux intérêts des contribuables.

La Chambre régionale des comptes a publié des rapports définitifs sur
Saint-Raphaël
Sur la CAVEM
Sur la ville de Saint-Tropez
Sur la ville de La Londe & https://www.ccomptes.fr/fr/publications/commune-de-la-londe-les-maures-var-rapport-dobservations-definitives
Sur le fonctionnement du SITTOMAT
Sur le marché du SITTOMAT
Sur le Conseil général du Var
Sur le centre de gestion de la fonction publique … et bien d’autres

Des rapports le plus souvent accablants ?  Depuis il y a eu quoi ??? RIEN !!!

Des juges écrivent pourtant que « Le manque de précision des cahiers des charges autorise les surfacturations…
Le budget du centre de gestion pose un important problème de pratique budgétaire portant atteinte à sa sincérité… »

Des élus sont nommément cités dans les rapports, leurs explications publiées et rarement à la hauteur des observations définitives les plus accablantes … on en entend plus parler. Comme si la leçon avait été entendue, on attendra le contrôle suivant. Et ainsi de suite.

Ni la chambre régionale des comptes, ni les Procureurs de la République successifs, ni les Préfets successifs n’ont jugé utile de saisir la justice.

Peut-on parler de complicité à tous les étages ? On en serait tenté car on sait -ou on croit savoir- que tel haut fonctionnaire a bien informé ses supérieurs. Et puis plus rien.

Il ne s’agit pas de relayer des informations douteuses mais des témoignages fiables, des faits tangibles. On peut en tirer des opinions différentes. Mais quand il s’agit de rapports d’organismes d’État aussi compétents et que leurs observations révèlent de pratiques illégales et hautement préjudiciables aux contribuables on ne peut qu’être dubitatifs quant à la notion d’égalité devant la justice quand il suffit d’être un notable pour y échapper.

René Fredon & Laurent di Gennaro

(1) quelques références de rapports de la CRC

1 COMMENT

  1. Alors vous, vous avez une sacrée paire … de gants de boxe. Ça change avec les journalistes professionnels complaisants et dépendants de la régie publicitaire.
    C’est aujourd’hui l’anniversaire d’un vieux poto, mon très cher Victor. Un peu de poésie pour vous remonter le moral car je crois qu’ils vont chercher à vous faire quelques problèmes par vengeance.
    Victor HUGO
    1802 – 1885

    Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent

    Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
    Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front.
    Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime.
    Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime.
    Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
    Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
    C’est le prophète saint prosterné devant l’arche,
    C’est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.
    Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins.
    Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.
    Car de son vague ennui le néant les enivre,
    Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre.
    Inutiles, épars, ils traînent ici-bas
    Le sombre accablement d’être en ne pensant pas.
    Ils s’appellent vulgus, plebs, la tourbe, la foule.
    Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule,
    Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non,
    N’a jamais de figure et n’a jamais de nom ;
    Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,
    Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère,
    Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus,
    Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus.
    Ils sont les passants froids sans but, sans noeud, sans âge ;
    Le bas du genre humain qui s’écroule en nuage ;
    Ceux qu’on ne connaît pas, ceux qu’on ne compte pas,
    Ceux qui perdent les mots, les volontés, les pas.
    L’ombre obscure autour d’eux se prolonge et recule ;
    Ils n’ont du plein midi qu’un lointain crépuscule,
    Car, jetant au hasard les cris, les voix, le bruit,
    Ils errent près du bord sinistre de la nuit.

    Quoi ! ne point aimer ! suivre une morne carrière
    Sans un songe en avant, sans un deuil en arrière,
    Quoi ! marcher devant soi sans savoir où l’on va,
    Rire de Jupiter sans croire à Jéhova,
    Regarder sans respect l’astre, la fleur, la femme,
    Toujours vouloir le corps, ne jamais chercher l’âme,
    Pour de vains résultats faire de vains efforts,
    N’attendre rien d’en haut ! ciel ! oublier les morts !
    Oh non, je ne suis point de ceux-là ! grands, prospères,
    Fiers, puissants, ou cachés dans d’immondes repaires,
    Je les fuis, et je crains leurs sentiers détestés ;
    Et j’aimerais mieux être, ô fourmis des cités,
    Tourbe, foule, hommes faux, coeurs morts, races déchues,
    Un arbre dans les bois qu’une âme en vos cohues !

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