Les Grandes voix de demain 

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Le Festival Musique au Château s’est poursuivi vendredi soir avec le concert « Voix nouvelles ».  Quatre artistes professionnels en début de carrière sélectionnés et primés  dans le cadre du concours national des  Voix Nouvelles.

Dans la cour d’honneur du Château de Solliès-Pont, ce joli lieu bien approprié à la voix, accompagné  avec ferveur par madame Nino Pavlenichvili pianiste et maître de chant, le concert fut un moment de bonheur partagé.

Le baryton Anas Seguin ouvrait la soirée avec le grand air du Comte des Noces de Figaro. Une belle voix claire et ductile, une articulation exemplaire, un italien sans faille. Il a étonné par son charme félin, sa maîtrise des partitions, son respect des styles, sa musicalité et sa caractérisation des personnages. En deuxième partie il a chanté avec une belle diction française le difficile air de « Mab, la reine des mensonges » extrait de Romeo et Juliette de Charles Gounod.

Le ténor Valentin Thill (un nom mythique dans l’histoire du chant français !) a lui aussi fortement impressionné dans le douloureux arioso de l’Arlesiana de Cilea « E la solita storia del pastore » En Français comme en italien sa maîtrise du chant est déjà exceptionnelle. Timbre généreux et homogène dans  toute l’étendue de sa tessiture de ténor léger demi-caractère, sa musicalité affirmée par une intériorisation des personnages démontre qu’il est déjà sur la rampe du succès assuré. Idéal pour Mozart ou Bellini, tout est en place chez Valentin Thill pour faire  une belle carrière. Sa version de l’air de Don José dans Carmen donné en deuxième partie a été un des moments forts de la soirée lyrique.

Caroline Jaested,Éleonore Pancrazzi,Anas Seguin,Valentin Thill Nino Pavlenichvili (pianiste) photo Serge George Allegre

La soprano Caroline Jestaedt, est dotée d’un organe vocal exceptionnel, puissant et de large amplitude  qui pourra sans doute encore  gagner en rondeur et homogénéité. Vaillante dans la mélodie bellinienne, passionnée dans le grand air de Robert  le diable de Meyerbeer (C’est la seule qui a proposé une partition hors des sentiers battus avec le suraigu final inauguré par Beverley Sills), un caractère fort et une aisance scénique qui s’épanouiront avec l’expérience de la scène.

La mezzo Eléonore Pancrazi a déjà une jeune carrière reconnue et appréciée. Une voix généreuse capable de vocalises perlées. Typique voix  de mezzo-soprano pour les emplois des grandes héroïnes rossiniennes (la Cenerentola ou Rosine). Pancrazi est déjà une artiste complète : caractérisation et diction irréprochable (la Grande Duchesse de Gerolstein), belle projection de la voix, tenue de scène sobre et efficace. Attention aux roulement des « r » parfois un peu appuyés. C’est sans doute dans Carmen qu’elle a semblé le plus à l’aise, tant par la sobre caractérisation que dans le souci de musicalité. Une future (déjà) grande artiste qui devrait se voir confirmée par des emplois de premier plan dans les années qui viennent.

Les quatre artistes lyriques se sont produits  ensuite en duo, trio et quatuor avec bonheur et beaucoup de fraîcheur. Toujours dans le souci de faire avant tout de la musique bien soutenus par la pianiste.

Ainsi on a pu apprécier l’élégant quatuor de Rigoletto de Verdi qui arrachait des larmes à Stravinsky « Bella Figlia dell’amor ». On y a retrouvé le legato généreux du ténor Valentin Thill.   Autre moment heureux, le duo  des Pécheurs de Perles « Au fond du temple saint ». Voilà sans doute du très beau chant français.

Le concert s’achevait avec l’inoxydable « Libiamo nei lieti calici » de la Traviata qui combla d’aise le public.

Je songeai à l’avenir de ces artistes. Quel est le mystère du décollage artistique   qui va des potentialités vers la grande carrière internationale ? Est-ce l ’épanouissement d’une maturité vocale bien conduite ? la rencontre avec des maîtres sachant faire éclore le talent scénique ou transformer un diamant brut en pierre précieuse ? ou encore une plus grande prise de conscience psychologique du lien entre la voix et le corps ?

L’avenir comme toujours ouvrira le champ (le chant) des possibles. C’est  le bien que nous souhaitons à ces interprètes qui témoignent avec force et sincérité de l’art lyrique français.

Jean-François Principiano

 

 

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