Giraud, le RSA et le bénévolat

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Le président (LR) du Conseil Départemental, Marc Giraud, a tout récemment repris au bond l’idée de son homologue du Haut-Rhin d’exiger des bénéficiaires du RSA (revenu de solidarité active) sept heures de travail par semaines…gratuites !

Pour leur rendre service, explique-t-il, « pour les sortir de leur isolement, pour leur redonner le moral, leur mettre le pied à l’étrier, leur faire rencontrer d’autres personnes, se sentir utiles… » On croit rêver. Mais voyons, tant qu’il y est, pourquoi ne pas ajouter : « ils nous coûtent trop cher, ils sont une charge pour les finances du département… »

Faites travailler ces fainéants, n’est-ce pas, ces assistés qui ne cherchent même plus d’emplois et qui se marginalisent : c’est en creux la pensée et même l’idéologie qui se devinent aisément derrière ces « arguments » que le pape ne manquerait pas de trouver si peu solidaires, et, je suppose, pas davantage catholiques.

Pour l’association ATD-Quart Monde il s’agit « d’une proposition inacceptable et irréaliste ».
Ce qu’ont exprimé également toutes les formations de la gauche authentique, du FdG aux écologistes, jusqu’aux frondeurs du PS. D’autant que le gouvernement a fait savoir récemment qu’il jugeait illégitime et illégale cette intention mais qu’il n’attaquerait pas la délibération prête à…l’emploi.

Non seulement les gouvernements d’avant et d’après 2012 nous ont enfoncés dans le chômage mais ils se sont évertués à détricoter le système social de notre pays au prétexte de renforcer la compétitivité de nos entreprises. Aujourd’hui c’est le code du travail qui est dans la ligne de mire, les 35 heures abandonnées, l’âge de la retraite repoussé, le montant des retraites rabotté,  comme celui des indemnités chômage et de leur durée, les salaires bloqués…On travaille plus pour gagner moins !

La seule chose qui progresse, ce sont les profits des 1 000 plus grandes entreprises -et de quelques autres- qui représentent la moitié de l’économie et qui en veulent toujours plus, des fois que le rendement du capital viendrait à ralentir. Gattaz est comblé.

Que Mr Giraud ne nous dise pas que la droite serait moins austéritaire : tous ses candidats à la présidentielle considèrent qu’il faut porter « l’effort » de réductions des dépenses publiques beaucoup plus loin. Eric Woerth ne vient-il pas de dire que la réforme du code du tratvail : « c’est une réforme de droite ». C’est un connaisseur.

Une réforme qui produira, comme les autres, encore davantage de chômeurs et de précaires. D’ailleurs les bénéficiaires du RSA ne cessent de grimper avec la courbe du chômage : 42 300 dans le Var, dont 10 800 à Toulon.

Avec 786 euros par mois, une femme seule avec un enfant -le profil-type nous dit-on- s’installerait dans le « confort du RSA » plutôt que dans la recherche d’un emploi ? C’est ce qu’on voudrait nous faire croire. Assez monstrueux. Sans parler des insinuations quant à l’origine ethnique des ayant-droit….Diviser les pauvres il y en a qui s’y emploient, à droite et plus à droite encore.

D’ailleurs la question de la contrepartie au RSA sous forme de travail obligatoire -ce qui est le contraire du bénévolat- se pose depuis qu’il a été instauré sous Sarkozy, le 1er juin 2009 pour être substitué au RMI et avec le souci de l’assortir de « devoirs » et de politiques d’insertions qui n’ont fait que traduire l’échec des politiques de l’emploi. Le patronat obtenait la fléxibilité, les déréglementations, les exonérations fiscales qu’elle souhaitait et maintenant la peau du code du travail.

A moins que les salariés, les chômeurs, les jeunes ne s’en mêlent. Mêmes politiques, mêmes effets. On ne compte pas sur Mr Giraud, sa majorité, encore moins sur son opposition pour changer de cap. Pas davantage sur le pouvoir central.

Juste un exemple. Orange a engrangé 2,65 milliards d’euros de profit en 2015, trois fois plus qu’en 2014 ! Il a reçu en deux ans, 293 millions au titre du CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi)…tout en licenciant beaucoup de personnel et en rachetant Bouygues !
Qui sont les assistés ? A qui le budget de l’Etat sert-il de vache à lait ? Aux actionnaires.

Tant mieux quand une entreprise marche. De là à réduire ses impôts et à pointer du doigt les aides sociales aux plus démunis, cela relève de l’indécence. Et au surplus, ça ne crée pas un emploi ! C’est pourtant tout ce qu’attendent les chômeurs, de courte ou de longue durée, avec une bonne formation adaptée aux publics et aux territoires. Et un bon salaire au bout.

La sécurité d’emploi et de formation : une chimère ? Non, une idée neuve parfaitement adaptée aux mutations technologiques, à l’économie numérique, aux défis écologiques…
Un enjeu de même niveau que celui que la France sut mener à bien au sortir de la 2è guerre dans des conditions difficiles : la sécurité sociale. Et dont on peut être fiers.

René Fredon

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