Ohé ! partisans, ouvriers et paysans …

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À n’en pas douter les manifestants qui étaient ce matin sur la place de la Liberté étaient de bonne foi, préoccupés par un projet de réforme des retraites pour le moins flou, exaspérés par des fins de mois difficiles qui commencent le 8, déboussolés par des alliances municipales hors-normes, énervés par ces affaires à répétition Delevoye, Goulard, BlackRock.

Pas une semaine sans que l’actualité vienne rappeler aux manifestants que si la crise existe en France depuis 1973, elle ne concerne pas tout le monde. Les chiffres sont aujourd’hui connus.*1
-En France, 7 milliardaires possèdent plus que les 30 % les plus pauvres, ils étaient 8 l’année dernière.
-Les 10 % les plus riches possèdent 50 % des richesses du pays.
-La France compte 41 milliardaires en 2019. C’est 4 fois plus qu’après la crise financière de 2008 ! Sur ces 41 personnes, plus de la moitié ont hérité de leur fortune, et seules 5 sont des femmes.
-Les milliardaires français sont ceux qui ont vu leur richesse le plus augmenter l’année dernière, devant les américains ou les chinois.
-Le PDG du groupe Sanofi, grand groupe pharmaceutique français, gagnait en 2018 plus de 343 fois le salaire moyen d’un-e aide-soignant-e.
-Depuis 2018, la France compte 400 000 pauvres supplémentaires.
-Parmi les mères de famille monoparentale qui travaillent, plus d’une sur quatre est pauvre.
À ce compte-là, la colère des manifestants se comprend facilement. En revanche, l’appel des centrales syndicales à s’opposer à la réforme des retraites et à combattre une retraite par points, est pour le moins étrange.

À y regarder de plus prêt, on s’aperçoit que l’opposition prétendue de ces centrales syndicales est en trompe-l’oeil. Grâce à leur propagande, il est donc devenu d’usage désormais, de prétendre que la réforme de Macron est un premier pied posé dans l’univers hostile de la retraite par capitalisation et des monstrueux fonds de pension.
L’ironie de l’histoire veut que ces mêmes syndicats soient de vaillants et zélés administrateurs … de fonds de pension alimentés par le contribuable pour le grand bénéfice des fonctionnaires.
Depuis 2005, l’ERAFP, l’Établissement pour la Retraite Additionnelle de la Fonction Publique, reçoit près d’un milliard par an pour capitaliser la retraite complémentaire des fonctionnaires.

FO et la Prefon, c’est du poulet
Pour le reste, la fonction publique dispose d’un autre régime par capitalisation, volontaire celui-là, appelé la PREFON. Il s’agit en fait d’une création des syndicats datant de 1964.
À cette époque, quatre syndicats : FO, la CFDT, la CFTC et la CGC, s’étaient associés avec des assureurs privés pour proposer un fonds de pension aux fonctionnaires …
Depuis cette époque, ce système tient le coup, prospère et promeut la retraite par capitalisation auprès de fonctionnaires qui sont souvent les premiers à la dénoncer chez les autres.
Curieusement, on ne trouve aucun article pour mettre en lumière la soumission des syndicats de salariés, y compris les plus contestataires, aux lobbies de la finance ?

FO et la CGT même combat
C’est oublier un peu vite que les mêmes syndicats siègent depuis toujours aux conseils d’administration de l’AGIRC et de l’ARRCO, régimes de retraite par répartition … et par points.
Si FO et la CGT ont refusé de signer l’accord de 2015 créant l’équivalent d’un âge-pivot, ils n’ont guère de scrupule à gérer celui-ci depuis cette date, sauf erreur de ma part. Que ne feraient-ils pas pour un jeton de présence?
Pourquoi ces régimes si courants deviennent-ils subitement un objet de détestation, alors qu’ils ont été créés en leur temps sur des initiatives syndicales, sur le modèle de ce qui existait dans les années 30 et qui continue d’inspirer les régimes spéciaux?

Passez devant … mais suivez moi

@ Patricia Huchot-Boissier francetvinfo.fr

Les centrales syndicales tentent de se refaire une santé sur le dos des manifestants, refusant de comprendre que la base ne les écoute plus, moins de 11% des salariés tous secteurs confondus adhèrent à un syndicat en France. C’est dire si ils ont perdu de leur influence, au moins en théorie. Dans quelques mois, il y aura des élections professionnelles, ceci explique peut-être cela? Il fallait se rappeler au bon souvenir des futurs électeurs. On ne pouvait rêver meilleure occasion, le dossier de la réforme des retraites était mal préparé et mal présenté, il suffisait de bomber le torse.
Ces derniers mois ont mis en lumière les difficultés d’un syndicalisme français miné, outre les scandales à répétition, par son financement et une image souvent caricaturale, entretenue. Quand les corps intermédiaires auront disparu comme le souhaitait E.Macron au début de son mandat et qu’il n’y aura plus de fusible entre le peuple et le Président, quand le régime parlementaire aura fini sa mutation en chambre d’enregistrement, que restera-t-il de notre socle Républicain?
« Qu’ils viennent me chercher » disait Jupiter en juillet 2018. Depuis, le 24 novembre de la même année, il fait un peu moins le fanfaron, depuis que sa garde rapprochée a préparé son exfiltration de l’Élysée, depuis que son porte-parole a dû fuir son ministère. La morgue et le mépris ont fait place à la peur et à la logistique.
Les signes avant-coureur ne manquent pas, le Président Macron et son entourage auraient pu comprendre qu’ils sont sur un mauvais chemin où lui et son épouse pourraient être reconnus à Varennes.

Puisqu’en 2022, on nous annonce sans coup férir, un deuxième tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, où la colère actuelle des citoyens-manifestants trouvera-t-elle une place pour se calmer? Qui va l’entendre, qui va la prendre en compte ? Où, les citoyens-manifestants vont-ils trouver un peu de réconfort, un peu d’espoir, un peu de perspectives d’avenir ?

Au train où vont les choses, la concorde et l’apaisement étant rejetés de part et d’autre, rien ne nous dit que tout cela ne va pas mal finir.

Laurent di Gennaro

*1 chiffres Oxfam Janvier 2020

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