« The Starve the beast ! »

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Docteur Vincent Carret

« Affamez la bête ! »
Un poison lent et destructeur aux mains des puissants de ce monde contre les systèmes de santé publique
Dr Vincent CARRET / AMUF Var
Avril 2026

« Donnez à manger aux crocodiles et ils vous mangeront ! », Il n’y a pas plus lucide et réel que cette citation adaptée de Winston Churchill en ce monde actuel.

Dans ce monde de plus en plus violent, dérégulé et déshumanisé, la Santé est un « pactole » financier immense et gigantesque de plus de 9000 milliards de dollars par an soit 10% du PIB ( Produit intérieur brut ) mondial. C’est un des plus gros secteurs économiques au monde comparable ou supérieur à des industries comme l’énergie ou la tech, soit un secteur immense, stratégique et très lucratif à certains endroits et donc qui attire les convoitises et prédations les plus agressives dans le monde actuel.

En France sur un PIB de 2800 milliards d’euros, 310 milliards, soit 12 % du PIB concernent la santé, à l’échelle mondiale le PIB est de 98 000 à 100 000 milliards de dollars, 9000 à 9500 milliards sont concernés par la santé soit 1 dollar sur 10 produit dans le monde.

Dans ce monde devenu fou aux mains des puissants et des seuls rapports de force et de violence qui dicteront de plus en plus leurs lois partout , un poison lent des plus ravageurs continue à agir en véritable arme de destruction massive au sein de notre société.

Son nom est inconnu et passe sous les radars médiatiques, pourtant il sévit et détruit et va continuer à détruire plus encore dans l’indifférence et l’inconscience générale. Il est redoutable, il se nomme « The Starve the beast ! ». La Santé est une proie et une de ses cibles privilégiées.

Alors que nos équipes médicales se forment et se préparent aux risques majeurs des nouvelles guerres et menacent qui pèsent sur nos sociétés via les directives NRBC (ou Risques Nucléaire, radioactifs, bactériens et chimiques), « The starve the beast » continue sa route et instille lentement et insidieusement son poison nocif partout sans que rien ni personne ne s’en inquiète et ne se protège.

Il détruit tout et avance, encore et toujours, de manière méthodique, silencieuse, pensée et réfléchie.

Il détruit tout et s’attaque aux forces « essentielles » qui portent et stabilisent les sociétés.

Ce poison des années 1980 a préparé le terrain des prédateurs d’aujourd’hui chers à Giuliano Da Empoli dans son dernier ouvrage : « L’heure des prédateurs » qui dresse un récit crépusculaire et lumineux sur le basculement de notre monde et de nos sociétés en cours, un monde cynique, des plus agressif et violent sans état d’âme qui s’attaque à « la vieille élite incapable de réagir et devenue impuissante », soumise et balayée par un système où il n’y a plus de règles.

Pire que le Covid-19 et ses millions de morts à travers la planète, retenez bien son nom de code et de mission : « The Starve the beast ! »

« Si l’on veut anéantir un système, il suffit de lui couper les fonds et les vivres » !

La technique du « Starve the beast » ou « Affamer la bête » est bien connue, imaginée par les conseillers de Ronald Reagan dans les années 1980, « Pousser les populations à la colère et à la rupture et après les manipuler et les diriger là où l’on veut et tous les privatiser » ou comment favoriser le marché et la finance et l’initiative du tout privé appliqué à la santé pour freiner la croissance des dépenses publiques.

Politique dite de « la terre brûlée » et du cynisme, elle crée et alimente les crises et les drames de ce monde.

En réduisant progressivement les budgets d’une institution, on accroît ses dysfonctionnements et les tensions, ce qui rend légitime de réduire davantage encore les budgets car ça ne fonctionne pas puis de s’attaquer aux hommes et aux effectifs pour diminuer les effectifs et ne pas susciter l’émotion publique.

« Ou comment tenir les individus pour responsables d’échecs orchestrés par l’influence du nouveau monde post humain et inverser le poids et le sens de la charge de la preuve ».

La mécanique est implacable : A force de réduction de moyens l’institution ne peut plus faire face aux besoins, les conflits internes se multiplient, les solidarités et la solidité des équipes volent en éclat, les soignants se rejettent la faute en interne les uns sur les autres. Submergés par la pression des chiffres et des preuves les agents publics se découragent et s’épuisent et deviennent les parfaits alibis des fermetures et des restructurations. Alibi idéal pour s’attaquer aux statuts et privilèges et remplacer par des contractuels plus dociles et malléables ….

Vient alors le moment de porter le coup fatal. Face à l’accumulation des dysfonctionnements et à l’explosion des coûts on peut enfin décréter le service public en état de mort clinique et le supprimer en privatisant de plus en plus.

« The Starve the Beast » des années 1980 trouve toute sa logique et sa continuité dans ce monde actuel dit du « post humain » qui balaye et emporte nos élites et gouvernants rayés de la carte par un tout nouveau pouvoir sans limites qu’ils ont eux-mêmes nourri et favorisé et dont personne ne sait aujourd’hui où il nous mènera. Ils ont validé un poison et ne savent plus le neutraliser .

Ils ont sans le savoir créé la fin de l’ancien monde politique, de leur monde, et de ses règles traditionnelles et un pouvoir qui devient plus instable, plus rapide et immédiat sans réflexion ni pensée humaine devenue futile et inutile, un pouvoir bien plus imprévisible. Une politique de gestion remplacée par une politique de capture du pouvoir qui exploite les crises.

Dans « L’heure des prédateurs », Giuliano Da Empoli écrit : « Aujourd’hui l’heure a sonné et partout les choses évoluent d’une façon que tout ce qui doit être régulé le sera par le feu et la recherche du chaos comme stratégie ». Il saisit le souffle d’un monde « à un moment où il sombre dans l’abîme et de l’emprise glacée d’un autre monde qui prend sa place ». Son ouvrage est un compte rendu glaçant au pays de la puissance, de New York à Ryad via l’ONU, de l’autre côté d’un miroir où le pouvoir s’acquiert par la violence et s’affranchit de toutes règles où des autocrates décomplexés sont à l’affut du maximum de chaos et semblent déjà habiter un autre monde.

La Santé en proie à ce monde des prédateurs, sans éthique, sans règles, sans empathie ni humanité mais dictée par leurs seuls intérêts financiers et incarnée par le pouvoir des chiffres et des algorithmes risque d’être entraînée davantage encore dans la violence et les rapports de force quotidien auxquels nous sommes tous confrontés.

« Nous sommes en guerre face au Covid-19, il faut tenir, nous battre et résister » alertait un Président de la République face à la menace du virus mais plus face à toutes les menaces d’aujourd’hui, dont celles qui menacent notre santé , hélas !

Il faut résister nous conjurent et exhortent les populations car la Santé est devenu une résistance sauf à se souvenir que la résistance depuis toujours est du domaine des minorités, 1% des populations actives, soit lors de la dernière guerre mondiale de 1939-1945 entre 400 000 et maximum 2 millions de Français sur 60 millions, pas plus comme l’indique Jean Dominique MERCHET dans « Sommes-nous prêts pour la guerre ? » Ed Robert Laffont…

Ou quand les minorités exposées et impliquées au front et en première ligne permettent aux majorités silencieuses de vivre et de se protéger, mais jusqu’à quand ?

Dr Vincent CARRET
AMUF

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