La Sécu asphyxiée par les marchés

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Dr Christophe Prudhomme

Depuis des années, les différents gouvernements, relayés par les médias, nous distillent leur propagande sur le fameux déficit de la Sécu. Comme je l’ai largement expliqué dans mes chroniques et l’ouvrage de Fabien Gay sur les 211 milliards d’aides aux entreprises le démontre brillamment, ce « trou » de la Sécu est sciemment créé par une diminution des recettes pour faire basculer la protection sociale vers un système assurantiel privé. Ce « déficit » de la Sécu est une aubaine pour les marchés financiers car cette dernière est obligée d’emprunter pour assurer son fonctionnement. A ainsi été créée la Caisse d’amortissement de la dette sociale en 1996 qui s’est vue depuis transférer une dette totale de près de 400 milliards. Chaque année, près de 20 milliards sont prélevés sur le budget de la Sécu pour rembourser cette dette dont plus de 3 milliards ne servent qu’à rembourser les intérêts, c’est-à-dire enrichissent les banques.
Cette année, dans le cadre de la discussion budgétaire, la Cour des comptes s’inquiète de la très forte croissance des besoins de l’URSSAF, la banque de la Sécu, qui était déjà de 65 milliards en 2025 et qui devrait atteindre 83 milliards en 2026. La question qui est posée aujourd’hui est celle de l’envol des taux d’intérêts, augmentant très fortement le coût de ces emprunts qui va atteindre plus d’un milliard d’euros en 2026.
Un calcul simple permet de montrer en fait que le fameux déficit de la Sécu qui est chiffré à environ 25 milliards pour 2026 est bien dû à une ponction sur ses ressources pour rembourser une dette dont le coût annuel global est justement d’environ 25 milliards.

Ces chiffres mettent en lumière la mécanique qui permet aux marchés de dégager des profits sur le dos de la Sécu. Mécanique qui a été patiemment mise en place par les gouvernements successifs, depuis maintenant 30 ans, pour alimenter un capitalisme prédateur qui ne connaît aujourd’hui plus de limites. Il est possible de comprendre la colère sociale qui se manifeste aujourd’hui face aux difficultés de la vie quotidienne qui touchent la très grande majorité de la population et dont les causes sont les inégalités de répartition des richesses qui ont explosé ces dernières décennies.
Comprendre le pourquoi des « déficits » est essentiel pour abattre l’épouvantail de la dette qui est agité en permanence pour étouffer toute construction d’alternatives à celle des plans d’économies visant à détruire nos services publics et notre système de protection sociale.

Les solutions sont évidentes et commencent à être partagées par un certain nombre d’économistes. Il s’agit de faire payer ceux qui ont échappé à l’impôt et ont été exonérés du paiement des cotisations sociales depuis trop longtemps. Julia Cagé et Thomas Piketty avancent la somme de 400 milliards à récupérer immédiatement en taxant à 50 % l’enrichissement des milliardaires dont la fortune est passée de 200 milliards à plus de 1 000 milliards en 15 ans. Alors, donnons-nous les moyens de mettre en œuvre cette politique avant qu’il ne soit trop tard !

Dr Christophe Prudhomme

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