Défendre une cause juste ne justifie jamais la violence

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À l’annonce d’un nouveau samedi de manifestations, que les revendications soient légitimes, personne ne peut le contester. Les agriculteurs, les enseignants, le personnel hospitalier, les pompiers, les employés, les pêcheurs et tant d’autres qui font vivre notre pays, qui travaillent souvent dans des conditions difficiles et qui, pour certains, peinent à boucler leur budget dès les premiers jours du mois, ont le droit d’être entendus, respectés et défendus. Le droit à manifester est un droit fondamental, constitutionnel et absolu !

Mais à l’occasion de ces manifestations, il est inacceptable de s’attaquer aux petits commerces, de saccager des bâtiments publics ou de détruire le mobilier urbain. Derrière ces dégradations, il y a des commerçants qui risquent parfois le fruit de toute une vie, des contribuables qui devront payer les réparations et des citoyens qui subissent les conséquences de violences qu’ils n’ont pas choisies.

Il est tout aussi inacceptable de cautionner les débordements du 17 octobre dernier, de les banaliser ou de leur trouver la moindre excuse sous prétexte que la cause défendue serait juste. Une revendication légitime ne donne aucun droit de détruire, de saccager ou d’intimider. La colère peut s’exprimer, la contestation est un droit fondamental, mais la violence n’est jamais une bonne solution. Comme le disait  Mohandas Karamchand Gandhi 1869-1948 « Une victoire obtenue par la violence équivaut à une défaite, car elle n’est que momentanée ».

Trouver des excuses à ces voyous occasionnels, à ces abrutis patentés, à ces révolutionnaires des beaux quartiers c’est oublier que la liberté s’accompagne de responsabilités et que le respect des autres est le fondement de toute vie en société. C’est aussi desservir ceux qui manifestent dignement, dont les revendications risquent d’être éclipsées par les images de casse et de violence dont les médias traditionnels se nourrissent au seul profit des milliardaires-propriétaires de ces vecteurs au service du pouvoir en place.
Lorsqu’on voit ces images insupportables d’affrontements dans nos rues, à Toulouse, Lyon, Limoges, Marseille, Paris, comme dans tant d’autres villes dont Toulon une seule pensée s’impose : la France est en train de céder à la fascination de la violence. Nous devons nous en défendre, nous devons résister à cette tentation mortifère.

On peut soutenir les travailleurs, défendre les plus fragiles, dénoncer les injustices, critiquer la logique neo-libérale et exiger des changements fermement sans jamais renoncer aux règles qui nous permettent de vivre ensemble.
Il ne s’agit pas de choisir entre la justice sociale et le respect de l’ordre républicain contrairement à ce qu’un premier sinistre prétend à la tribune de l’Assemblée nationale. Les deux sont indissociables car notre République doit être à la fois juste et garante des droits de tous. La justice sociale renforce la cohésion et la confiance entre les citoyens, tandis que l’ordre républicain assure un cadre commun permettant de protéger leurs droits et leurs libertés. Ensemble, ils favorisent la stabilité démocratique. Monsieur Le Cornu, nous n’avons pas à choisir un camp plutôt qu’un autre. Il ne s’agit pas de choisir entre la justice sociale et le respect de l’ordre républicain.

Car au-delà des revendications, des colères et des divergences, c’est notre socle républicain qui est en jeu. C’est notre capacité à rester unis malgré nos désaccords, à défendre nos droits sans piétiner ceux des autres, à préserver ce qui nous rassemble plutôt qu’à détruire ce qui appartient à tous.

La justice sociale ne peut pas se construire sur la violence. La colère ne doit jamais devenir un permis de détruire. Il en va de notre République, de notre cohésion sociale et de l’avenir que nous voulons transmettre aux générations qui viennent.

« Apprendre à penser, à réfléchir, à être précis (…), à écouter l’autre, c’est être capable de dialoguer, c’est le seul moyen d’endiguer la violence effrayante qui monte autour de nous. La parole est le rempart contre la bestialité », Jacqueline de Romilly 1913-2010

Les violences inacceptables du 17 octobre dernier donnent la possibilité au gouvernement d’interdire les prochaines manifestations comme celles qui sont prévues demain un peu partout en France et à Toulon en particulier. Ce qui pose un vrai problème puisque manifester est un droit constitutionnel.

Interdire de manifester, c’est restreindre une liberté fondamentale.
En France, la liberté de manifester est l’un des piliers de la démocratie. Elle permet aux citoyens d’exprimer leur désaccord, de contester les décisions du pouvoir et de faire entendre leurs revendications.
Bien sûr, l’État a le devoir de protéger les personnes et les biens. Mais la sécurité ne peut pas devenir un prétexte général pour restreindre les libertés publiques.
Si des individus commettent des violences, ils doivent en répondre devant la justice. Mais pourquoi empêcher des citoyens pacifiques d’exercer leur droit de manifester pour les actes commis par d’autres ?
Avant d’interdire une manifestation, les autorités doivent démontrer que cette interdiction est nécessaire, adaptée et proportionnée, et qu’aucune mesure moins restrictive ne permettrait d’assurer la sécurité.
C’est en cela qu’une interdiction peut devenir liberticide : lorsqu’au nom de la sécurité, on sacrifie une liberté fondamentale sans démontrer que ce sacrifice est indispensable.
Une démocratie doit protéger l’ordre public, mais elle doit aussi accepter la contestation. Car le droit de manifester n’a pas été conçu pour les seuls jours où le pouvoir est à l’aise avec les revendications exprimées.

Le problème démocratique est particulièrement sérieux lorsque l’autorité préfectorale interdit une manifestation non pas parce qu’elle ne peut raisonnablement pas assurer la sécurité, mais parce que le message exprimé lui déplaît.
À en croire la brève déclaration d’Emmanuel Macron hier à l’issue d’un conseil de sécurité, le raisonnement des autorités est de prévenir de nouveaux troubles. La question démocratique est de savoir si cette prévention justifie réellement d’interdire des manifestations pacifiques?
Le Conseil d’État rappelle que l’interdiction doit être une mesure de dernier recours : les autorités doivent examiner si des solutions moins restrictives, comme modifier le parcours ou limiter les horaires, permettraient de préserver à la fois la sécurité et la liberté de manifester, le Préfet du Var semble n’y attacher aucune importance.
Le fait que certains individus aient commis des violences inacceptables ne signifie pas que tous les manifestants sont violents. La responsabilité doit être appréciée individuellement, et non collectivement.

À Toulon, le débat n’est donc pas de savoir si le préfet doit protéger les habitants et les commerçants : il le doit.
Le débat est de savoir si cette protection exige réellement d’interdire aux citoyens pacifiques de manifester.
Si une interdiction générale est décidée sans démontrer pourquoi des mesures moins restrictives seraient insuffisantes, elle peut constituer une atteinte disproportionnée à une liberté fondamentale. C’est précisément ce qui la rend potentiellement liberticide.
Cette nouvelle situation est principalement due à l’attitude inacceptable de certains décérébrés le week-end dernier qui donnent une possibilité au représentant de l’État de museler un peu plus les manifestants non violents qui portent eux … des revendications légitimes.

Laurent di Gennaro

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