La loi sur la fin de vie, un tournant éthique et sociétal majeur

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Lettre citoyenne
«En exemplarité et en responsabilité assumées, vous proposer de pousser sur la seringue !»

Il n’y a pas de légitimité sans exemplarité ni responsabilité assumées.

Docteur Vincent Carret

L’exemplarité et le devoir de responsabilités assumées et oubliées dans bien des domaines seront au rendez-vous de 2027, c’est une exigence attendue par le plus grand nombre face aux urnes. La loi d’aide à mourir, tant décriée, qui fracture et divise davantage encore le pays, y sera bien présente.

Il n’y avait pas besoin de cette loi, la loi Claeys-Leonetti de 2016 sur les soins palliatifs est pour le monde des soignants une avancée majeure de ces dernières années et permet de répondre dans plus de 99% des cas aux demandes des soignants et des familles si les moyens pour ses équipes et ses services étaient votés à la hauteur des situations rencontrées. 20 départements ne sont pas dotés de ces services clés, 50 % des demandes actuelles de soins palliatifs ( 440 000 demandes annuelles pour 190 000 réalisées ) ne sont pas honorées.

« La question des soins palliatifs met tout le monde d’accord » défendait l’ancien ministre de la santé, Fréderic Valletoux et député qui relaie l’inquiétude des soignants hostiles à un «service public de la mort». Sa voix est rejointe y compris par ceux qui acquiesçaient hier et doutent aujourd’hui. François BRAUN également ancien ministre de la santé exhorte : «Ne faites pas de l’acte à tuer un acte médical imposé aux soignants» tout comme le Professeur Philippe JUVIN, député et chef de service des Urgences du CHU G. Pompidou qui interroge et interpelle les consciences «Le flou sémantique de ce texte transforme ce qui devrait être des critères d’exception en un filet à très larges mailles et risque de dérives»

La loi sur la fin de vie a bel et bien été votée ce mercredi 15 juillet 2026, elle est un tournant éthique et sociétal majeur dont nul ne peut nier la portée. Votée et adoptée par 291 voix pour et 241 voix contre, elle va continuer à fracturer et diviser la nation là où nous n’en n’avons pas besoin au regard de l’état du pays où plus que jamais l’appel à l’union et à la cohésion seraient plus que souhaités.

Cinq conditions d’accès cumulatives ou gardes fous ne parviennent pas à apaiser les craintes dans un monde où l’humain et sa condition sont de plus en plus soumises aux lois de marché et aux économies sans limites ni barrières.

De nombreux soignants ne valident pas cette loi, soigner et accompagner dans la dignité jusqu’à la fin des vies en souffrance n’est pas donner la mort par une prescription et ce sont bien eux qui se retrouveront en première ligne chargés d’appliquer sur le terrain ce que les législateurs ont tranché dans l’hémicycle. 83 % d’entre eux considèrent que ce type de geste brutal et violent qui donne la mort ne peut être considérer comme un soin et un acte soignant.

Dans une société en perte de sens et de valeurs où les âges extrêmes de nos vies semblent devoir être sacrifiés pour des demandes d’économies, cette loi d’aide à mourir va permettre de réaliser plusieurs milliards d’économie sur la dignité humaine, dignité humaine pour laquelle nous nous sommes engagés à vie sous serment. Ce serment au regard des attaques et des stratagèmes de contournements de tous types dans un monde économique et financier du « post humain » devenu « prédateur », de plus en plus violent, sans éthique, sans valeur, sans humanité, devient de plus en plus difficile à défendre.

Notre système de santé plus qu’ailleurs subit ces tentatives de déstabilisation pour réduire l’humain et la dignité humaine à une valeur marchande pour des soins qui doivent avant tout rapporter, ou ne pas coûter et poursuivre dans les orientations de la loi d’aide à mourir ou d’euthanasie active, parce que c’est le nom, pour pousser vers la mort tout être humain qui deviendrait inutile, un fardeau, qui ne produirait plus, et qui coûterait trop cher, est au regard de notre monde soignant une bascule de notre société vers un avenir qui inquiète plus que ce qu’il rassure.

Cette loi votée de l’aide à mourir et son importance capitale pour notre société aurait dû au regard des enjeux humains être confiée au principe même et essentiel de notre démocratie, celle du suffrage universel et interroger tout un chacun par voie référendaire. Ce principe de démocratie indiscutable n’a pas été choisi et contourné et fait sujet à défiance et doute.

Il est reproché à nos gouvernants comme l’indiquait Alain Peyreffite en 1976 dans «Le mal Français, nos dirigeants responsables de rien et protégés de tout» de ne jamais assumer les conséquences des lois votées et de se protéger derrière les citoyens en leurs lieux et places pour le faire à leurs places dans tous les domaines, l’épidémie du Covid-19 et ses 170 000 morts en est tout le symbole des trente années de faillites politiques, de désarmement et de déclassements de notre système de santé pourtant classé comme le meilleurs au monde en 2000.

Ce terrible constat de fuite en responsabilité attribué à nos élus législateurs qui n’assument pas les conséquences ni les effets de leurs lois votées est à l’origine de la fracture et de la rupture actuelle entre ceux qui ont été élus en confiance par leurs citoyens et qui au final les trahissent pour voter contre l’intérêt général et contre ceux qui espéraient en eux pour d’autres intérêts qui interrogent.

Comment mieux renouer avec cette confiance perdue qui s’aggrave de jour en jour et mettre fin à cette fracture en légitimité que d’appeler à l’exemplarité et à la responsabilité devant la nation et chaque citoyen l’ensemble de nos élus législateurs à marquer de tout leur poids leur loi par une proposition qui ferait date, à savoir :

«Tirer au sort ou nommer tous les mois vingt députés défendant cette loi et les mettre derrière la seringue pour pousser le produit létal et donner la mort en conscience, en responsabilité et courage, plutôt que de le déléguer à d’autres et de se cacher et se décharger du poids moral de cet acte décidé et imposé par leurs votes»

Cette loi sur l’aide active à mourir, cette fausse «fraternité» qui n’en n’est pas, cette fausse « dignité » qui n’en n’est pas non plus, face aux soins palliatifs qui défendent eux une autre humanité, sont des choix et des enjeux de société qui devront être assumés.

Puisse ainsi cette loi et sa portée sur notre société être enfin l’occasion d’exemplarité et de courage politique, ici et pour les lois à venir, seule solution pour pouvoir rompre avec la fracture actuelle et renouer avec la confiance perdue en ceux qui devraient nous représenter et nous écouter.

«Nos vies, les vies de toutes et tous, n’ont pas de prix et valent plus que leurs économies et leurs profits et malgré toutes les ruses utilisées pour en donner un autre regard et contourner le réel et d’autres intérêts» est un combat humaniste et une résistance qui sera un vrai défi à venir pour le monde soignant partout à travers le monde.

Pour proposition citoyenne et engagement démocratique auprès de nos élus législateurs.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’assurance de mes salutations les meilleures.

Dr Vincent CARRET
Amuf VAR

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