Sport « exploit et tendance », attention Danger !
Prévention et préparation obligent
Les soignants par nature aiment le sport et le pratiquent, beaucoup à un niveau soutenu.
Le sport est par définition « santé et bienfait » pour l’organisme. Le Sport est aujourd’hui prescrit sur ordonnance, en prévention de nombreuses pathologies (Cancers, diabète, obésité, dépression, démence, pathologies cardiovasculaires, AVC …), mais aussi en rééducation sur des accidents cardiaques ou en post opératoire de chirurgies en tout genre.
L’effet mode et la sur exposition « tendance » des réseaux sociaux dans le « Sport performance » et exploit poussé au-delà des limites sans préparation sérieuse et encadrée et sans prise de conscience de ses effets réels sur les organismes peut conduire à l’effet inverse et des drames.
Depuis deux mois plusieurs « UNE » sont venues nous rappeler à l’ordre et à la vigilance lors de manifestations sportives de masse. Une jeune triathlète Brésilienne de 38 ans morte au bout de 3 heures d’effort sur un Ironman, en sortie d’état infectieux et grippal, deux arrêts cardiaques sur le semi- marathon de Nice, 30 et 43 ans, trois Urgences absolues et quatorze malaises sur le 10 klm de Menton le 26 mai dernier, un patient de 50 ans réanimé pendant 45 minutes lors d’un triathlon sur la côte bleue, doivent susciter un appel à la prudence à l’approche de l’été et des conditions de pratiques sportives particulières notamment lors d’expositions aux pics de chaleur.
Si le sport santé à l’écoute de son corps, de son niveau, de ses limites est plus que conseillé, le sport exploit et défiance personnelle en recherche de défis, de limites sans cesse repoussée et en recherche de dépassement, affichés sur les réseaux sociaux à la vue de tous, est lui à risques car violent et agressif sur le physique et la physiologie à l’image d’un moteur en surrégime et en surchauffe maintenu dans le rouge sur une trop longue période.
Le sport est le meilleur ami de l’homme mais il est aussi son plus redoutable ennemi quand ses règles et ses fondamentaux ne sont pas respectés à l’image des incidents et drames survenus qui conduisent à nous interroger.
Le sport santé enseigne l’essentiel à savoir l’écoute et le respect de son corps qui parle et fournit de nombreuses informations, qui rassure ou alerte et envoie des signaux.
Dans ce nouveau monde « addict » et en recherche d’Adrénaline et sans limites, en recherche de dépassement en tout à la vue de tous où plus personne ne semble être à l’écoute des limites et des alertes il est devenu normal de ne plus être à l’écoute de ses propres limites.
Plus que jamais depuis le Covid-19 cet élan de recherche d’exploits personnels, de défis et de limites sans cesse repoussés ne se sont autant répandus et n’ont autant suscité l’adhésion de plus en plus de nouveaux adeptes. Courses à pieds sur toutes distances, semi-marathon, marathon, Trails et Ultra Trails voient le jour, partout promus et célébrés par les réseaux sociaux jusqu’à en banaliser et invisibiliser pour les longues distances de 100 klm et plus de 170 klm pout l’UTMB de Chamonix, l’au- delà du physiologique et du raisonnable pour les organismes…
Ces exploits « sur humains » et recherches d’exploits banalisés ne mettent pas assez en lumière les risques réels, les contraintes et les exigences de préparation et d’encadrement médical nécessaires, voire indispensables et obligatoires.
La « UNE » des médias met alors en avance les conséquences de ces manques à savoir les défaillances notamment cardiaques, parfois récupérés par les équipes de secours ou non et les échecs de réanimation et le décès de sportifs jeunes.
Le sport est santé, mais il est aussi et surtout sérieux, rigueur, discipline de vie et d’hygiène de vie et de suivi. L’effort en compétition et en recherche de dépassement ne s’improvisent pas.
La hantise des médecins qui encadrent ces épreuves sportives est d’être confrontés à la mort subite du sportif qui correspond à un arrêt cardiaque brutal inattendu survenant pendant ou juste après un effort. Les causes dépendent beaucoup de l’âge.
Avant 35 ans on redoute les maladies cardiaques silencieuses génétiques et inflammatoires ou malformations à savoir les cardiomyopathies hypertrophiques ( épaississement du muscle cardiaque ) , les dysplasies arythmogènes du ventricule droit qui provoquent des troubles du rythmes cardiaques graves , les anomalies congénitales des coronaires , le syndrome du QT long qui conduit lors des efforts et du stress à des arrêts cardiaques là aussi par troubles du rythme , et les myocardites ou inflammation du muscle cardiaque qui se manifestent de manière violente et inattendue lors de l’effort chez un patient malade et en cours d’infections ou en sortie d’infection trop récente .
Après 35 ans la maladie coronarienne et l’infarctus du myocarde favorisés par le tabac, le cholesterol, le diabète, l’hypertension, les antécédents familiaux, le stress au long cours, peuvent se révéler lors d’un effort soutenu et sans prévenir par cette mort subite.
Ces morts subites peuvent pourtant être prévenues car toutes surviennent lors d’un manque de préparation et de suivi médical après un effort intense non entrainé, une déshydratation par défaut d’apport hydrique conséquent avant et pendant l’effort , la chaleur ou le froid, les infections qui doivent absolument interdire la pratique de ces efforts soutenus et respecter une période de convalescence et de récupération incompressible , la prise de médicaments de type stimulants, dopants et anti inflammatoires, et la fatigue importante ou le manque de sommeil trop souvent négligé dans nos sociétés et notre temps du tout performance.
La mort subite redoutée de tous n’est pas la seule pathologie à devoir prévenir, d’autres pathologies médicales totalement inconnues du grand public surviennent aussi et sont l’objet de défaillances. Insuffisance rénale aigue, hémorragie digestive par nécrose et ischémie du tube digestif en souffrance car insuffisamment perfusé durant l’effort , hyperthermie maligne d’effort, Crush syndrome, et tout le panel de la traumatologie classique, entorse, tendinite, fracture , toutes ces pathologies multiples et variées conduisant pour certains à un long parcours de soins et de réadaptation à la vie.
Le sport est plaisir et santé, il devient parfois souffrance, douleur, et drame quand on s’y aventure à l’aveugle et dans une forme d’inconscience collective.
À l’approche de l’été et des beaux jours, les pratiques sportives vont prendre de l’essor, le grand air le soleil, et les espaces vont mettre sur les routes, les bords de mers et les chemins de montage de plus en plus de sportifs à la recherche du sport santé et bonheur, et c’est très bien …
Attention au dernier élément trop souvent oublié et négligé qui justifie l’appel à la prudence de tous en cas d’accident et d’incident , celui du recours aux équipes de secours , SAMU , SMUR et d’Urgences et de réanimation, leur disponibilité et leur éloignement , quand en cas d’arrêt cardiaque, chaque minute compte.
Dans la poursuite des messages à la prudence et face à ces évènements on ne peut s’affranchir d’une nouvelle réflexion sur les enjeux de la suppression des certificats médicaux depuis la loi du 2 mars 2022 et son application définitive le 1er septembre 2024 remplacé par le PPS en ligne ( Parcours Prévention Santé ) et des conditions de préparation et d’encadrement médicaux pour de telles mises à l’épreuves des organismes et du développement du sport poussé à la limite et devenu « tendance ».
Au-delà des vacances et de ces périodes de forte activité sportive, les équipes d’Urgences vont devoir s’adapter plus encore à cette tendance des sports de masse, d’exploits et de dépassements de soi qui justifient de véritables organisations sanitaires, lourdes et contraintes et en nombre car cette médicalisation des événements sportifs est devenue délicate et sujette aussi à un devoir d’organisation et de couverture des plus professionnelle et rigoureuse qu’il soit et soumises certainement à de nouvelles réflexions au regard des constats et des observations.
De nombreux incidents durant ces compétitions passent inaperçus et échappent à un suivi médical, les arrivées tardives et « sauvages » aux Urgences de patients passés sous les radars des organisations de secours sur place, ou perdus dans la nature en négligeant ces événements, justifient une vraie réévaluation ou évaluation médicale auprès d’équipes dédiées et spécialisées hospitalières.
Ce domaine de la santé médicale des sportifs et de ces pathologies oubliées et négligées en essor deviennent aussi un objet de réflexion et de prévention de santé publique, nos hôpitaux, nos tutelles et nos équipes vont devoir s’y investir de plus en plus au regard des alertes et des situations d’urgences vitales vécues ces derniers temps .
Dr Vincent CARRET
AMUF








