La question de la responsabilité de la mort de Jésus dans le Nouveau Testament fait régulièrement polémique mais elle doit être abordée à partir de l’ensemble des textes disponibles, sans réduction ni simplification. L’examen complet des sources montre une convergence réelle entre des textes qui attribuent un rôle décisif aux autorités juives de Jérusalem et à certains groupes juifs de la population, tout en reconnaissant explicitement que l’exécution elle-même relève du pouvoir romain, ce qui est une évidence historique. Cette articulation apparaît dès les récits évangéliques et se prolonge dans les Actes des Apôtres et les épîtres.
Les Évangiles synoptiques s’accordent pour présenter l’initiative de la mort de Jésus comme provenant des autorités religieuses juives de Jérusalem. Matthieu rapporte que « les grands prêtres et les anciens du peuple se réunirent dans la cour du grand prêtre appelé Caïphe et délibérèrent pour arrêter Jésus par ruse et le faire mourir » (Matthieu 26,3-4). Marc exprime la même idée en écrivant que « les grands prêtres et les scribes cherchaient comment s’emparer de lui par ruse pour le faire mourir » (Marc 14,1). Luc confirme cette convergence en déclarant que « les grands prêtres et les scribes cherchaient comment le faire périr » (Luc 22,2). Cette intention est réitérée dans l’Évangile selon Jean, où l’on lit que « les Juifs cherchaient à le faire mourir » (Jean 5,18), que « Jésus ne voulait plus se déplacer ouvertement en Judée, parce que les Juifs cherchaient à le faire mourir » (Jean 7,1). Ces formules montrent une hostilité persistante des autorités juives, culminant dans la décision officielle du sanhédrin : « les grands prêtres et les pharisiens assemblèrent le conseil et dirent : Que faisons-nous ?… Dès ce jour, ils résolurent de le faire mourir » (Jean 11,47-53).
Les récits décrivent également des tentatives de mise à mort avant l’arrestation finale, notamment des tentatives de lapidation, comme en Jean 10,31-33, où « les Juifs prirent de nouveau des pierres pour le lapider ». L’arrestation elle-même est organisée par les autorités religieuses, comme le montre Jean 18,12-14, où une cohorte, accompagnée de gardes fournis par les chefs juifs, s’empare de Jésus. Une fois arrêté, Jésus est conduit devant le grand prêtre et le conseil, qui le déclarent digne de mort, avant de le livrer au gouverneur romain.
Tous les Évangiles insistent sur le fait que les autorités juives ne possèdent pas le pouvoir d’exécuter Jésus. Jean rapporte explicitement leur déclaration à Pilate : « Il ne nous est pas permis de mettre quelqu’un à mort » (Jean 18,31). La crucifixion, châtiment infligé à Jésus, est une peine romaine. Toutefois, les autorités religieuses exercent une pression décisive pour obtenir cette condamnation. Matthieu montre que « les grands prêtres et les anciens persuadèrent la foule de demander Barabbas et de faire périr Jésus » (Matthieu 27,20). Marc précise que « les grands prêtres excitèrent la foule » (Marc 15,11). Luc décrit une convergence des chefs et du peuple : « Pilate convoqua les grands prêtres, les chefs et le peuple » (Luc 23,13), et tous réclament la crucifixion. Jean rapporte le cri : « Crucifie-le ! crucifie-le ! » (Jean 19,6).
Le passage le plus célèbre de Matthieu met en scène la réponse de la foule juive : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants » (Matthieu 27,25). Luc confirme cette responsabilité en déclarant que « les principaux sacrificateurs et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié » (Luc 24,20). Cette formulation associe la livraison par les chefs à l’exécution effective.
Les Actes des Apôtres reprennent et amplifient cette accusations dans des discours adressés aux juifs. Pierre déclare : « Que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (Actes 2,36). Il affirme encore : « Vous avez renié le Saint et le Juste… vous avez fait mourir le Prince de la vie » (Actes 3,14-15). Devant le sanhédrin, il répète : « le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous avez fait mourir en le pendant au bois » (Actes 5,30), et encore : « Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié » (Actes 4,10). Étienne, dans son discours, accuse ses auditeurs en ces termes : « vous êtes maintenant les traîtres et les meurtriers » (Actes 7,52). Paul, dans une synagogue, précise : « les habitants de Jérusalem et leurs chefs… ont demandé à Pilate de le faire mourir » (Actes 13,27-28), distinguant explicitement la demande juive et la décision romaine.
Dans les épîtres, la formulation la plus directe se trouve en 1 Thessaloniciens 2,14-15, où Paul écrit que « les Juifs ont fait mourir le Seigneur Jésus et les prophètes ».
L’ensemble de ces textes permet de dégager une structure constante. Les autorités religieuses de Jérusalem prennent l’initiative de faire mourir Jésus, comme le montrent Matthieu 26,3-4, Marc 14,1, Luc 22,2 et Jean 11,47-53. Elles organisent son arrestation et le livrent au pouvoir romain, conformément à Jean 18,31 et Luc 24,20. Une grande partie de la foule soutient cette demande, comme en Matthieu 27,20-25, Marc 15,11 et Luc 23,13-25. Le gouverneur romain prononce la sentence et fait exécuter la crucifixion, conformément au cadre juridique de l’époque. Les discours des Actes interprètent cet événement en termes théologiques en s’adressant aux habitants de Jérusalem et à leurs chefs, comme en Actes 13,27-28.
Le Nouveau Testament contient bien un ensemble complet de références attribuant une responsabilité à des acteurs juifs précis, principalement les autorités de Jérusalem et leurs partisans.
Paul-Éric Blanrue
@PBlanrue sur X
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e-jesus-ce-que-dit-vraiment-le.html





