Que peut-on penser de l’intervention US au Venezuela

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©️ Un feu à Fuerte Tiuna, un complexe militaire à Caracas (Venezuela), après une frappe américaine le 3 janvier 2026. (STR / AFP)

L’intervention américaine au Venezuela, survenu le 3 janvier 2026, est un événement hautement controversé qui soulève des questions profondes sur la légalité internationale, la souveraineté des nations et les motivations géopolitiques.

Pouvait-on s’y attendre?
Vladimir Jirinovski* l’avait dit avant tout le monde.
Fin 2020, à la télévision russe, il lâchait cette phrase devenue virale aujourd’hui :
« Trump prend le Venezuela, nous prenons l’Ukraine. »
À l’époque, on parlait de délire.
En 2026, ça ressemble furieusement à un partage des sphères d’influence.
La vidéo ressurgit massivement sur les réseaux sociaux, car les faits rattrapent les mots.
Vladimir Jirinovski, provocateur notoire, avait déjà “prévu” l’Ukraine en 2022.
Aujourd’hui, sa “prophétie” n’amuse plus — elle inquiète les va t’en guerre européens.

Pensez-en ce que vous voulez mais n’oubliez pas de penser
Les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont lancé des frappes aériennes baptisées « Operation Absolute Resolve » (dans le cadre plus large d' »Operation Southern Spear ») contre plusieurs sites au Venezuela, principalement dans le nord du pays, y compris Caracas. Ces frappes impliquaient environ 150 appareils militaires (avions de chasse comme les F-22 et F-35, bombardiers B-1, hélicoptères et drones). Les cibles incluaient des bases militaires (comme La Carlota et Fort Tiuna), des entrepôts, des antennes et des ports. Parallèlement, des forces spéciales ont capturé le président vénézuélien Nicolás Maduro et sa femme Cilia Flores lors d’un raid, les extrayant du pays pour les juger aux États-Unis pour « narcoterrorisme », conspiration pour importer de la cocaïne et possession d’armes. L’assaut avait vraisemblablement été minutieusement préparé par Washington…Le chef d’état-major des armées a parlé d’une opération « précise, chirurgicale ». Elle a été menée par la « Delta Force », l’unité ultra-secrète de l’armée américaine.

Cette image publiée le 3 janvier 2026 sur le compte Truth Social de Donald Trump montre Nicolas Maduro après sa capture par l’armée américaine. (DONALD TRUMP / TRUTH SOCIAL / AFP)

Maduro a été désigné comme dirigeant d’un « narco-État » par les États-Unis, accusé de fraudes électorales en 2024 et de liens avec des cartels comme le Tren de Aragua et le Cartel de los Soles, classés comme organisations terroristes étrangères.(usatoday.com)
Les explosions ont commencé vers 2h du matin (heure locale), causant des coupures d’électricité, des victimes (au moins 2 soldats américains blessés, des civils et militaires vénézuéliens tués), et un état d’urgence déclaré au Venezuela.
Trump a annoncé la capture de Nicolás Maduro et sa femme Cilia Flores sur Truth Social et a déclaré que les États-Unis « géreraient » le Venezuela temporairement, en se concentrant sur l’industrie pétrolière (le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde bien qu’il soit de mauvaise qualité avec 3à5% de soufre), en invoquant une version modernisée de la Doctrine Monroe.** (theguardian.com).
Peu après la capture de Nicolás Maduro et sa femme, Trump a posté sur Truth Social une vidéo montage : extraits d’un vieux discours où Maduro défie Trump (« Viens me chercher, lâche ! Je t’attends ici à Miraflores »), suivis d’images d’aigle américain, missiles et frappes… le tout sur Thunderstruck d’AC/DC. Le même Trump a pourtant gracié l’ancien président du Honduras… accusé de narcotrafic.

Les arguments en faveur (selon les États-Unis et leurs soutiens)
• Lutte contre le narcotrafic et le terrorisme : Les États-Unis justifient l’opération comme une extension de la « guerre contre la drogue », visant des réseaux criminels alignés sur le gouvernement Maduro. Trump et le vice-président JD Vance ont souligné que Maduro était un « fugitif » et que l’action protège les intérêts américains, y compris contre les gangs vénézuéliens opérant aux États-Unis.(usatoday.com)
Des républicains comme la représentante Lisa McClain l’ont saluée comme une mesure contre le « narco-terrorisme ».
• Intérêts économiques et sécuritaires : Trump a mentionné la reprise des champs pétrolifères « volés » et des investissements américains, arguant que cela rembourserait les coûts de l’opération via les réserves pétrolières.(theguardian.com)
Certains voient cela comme une réponse à l’instabilité vénézuélienne, qui a provoqué une crise migratoire affectant les États-Unis. Environ 8 millions de Vénézuéliens ont fui ce régime.
• En septembre 2024, une mission de l’ONU dénonçait les nombreux cas de torture perpétrés par le régime de Maduro sur hommes, femmes et enfants : Abus sexuel, Asphyxie avec un sac, Chocs électriques, Coups et immersions.
• Soutien de l’opposition vénézuélienne : Des figures comme María Corina Machado ont vu l’opération comme une opportunité pour une transition démocratique, appelant Edmundo González (candidat d’opposition en 2024) à prendre le pouvoir.(wikipedia.org)

Les critiques et arguments contre
• Violation de la souveraineté et du droit international : De nombreux observateurs, y compris des experts en droit international, qualifient l’attaque d’illégale, en violation de la Charte des Nations Unies qui interdit les agressions armées sans autorisation du Conseil de sécurité. Elle est comparée à l’invasion russe de l’Ukraine ou à des interventions passées comme l’Irak en 2003 (wikipedia.org) ou Gaza en 2023.
Le gouvernement vénézuélien l’a dénoncée comme une « agression impérialiste » visant les ressources naturelles.(pbs.org)
• Motivations cachées : Les critiques soulignent l’intérêt pour le pétrole et les minerais  comme véritable motif, avec Trump déclarant ouvertement que les États-Unis « géreraient » le pays. Cela s’inscrit dans une histoire d’interventions américaines en Amérique latine (comme au Panama ou en Grenade), souvent vues comme du néocolonialisme.
• Risques d’escalade : L’opération pourrait entraîner une guerre prolongée, des instabilités régionales, ou des représailles. Des démocrates américains comme les sénateurs Brian Schatz et Tim Kaine l’ont condamnée comme « illégale et injustifiée », sans autorisation du Congrès, et risquant un conflit sans fin.(wikipedia.org) Sur X  la majorité des réactions récentes condamnent l’action comme une « piraterie impériale » ou une violation de la souveraineté, avec des appels à la solidarité (#HandsOffVenezuela).

Réactions internationales
Premières réactions à Caracas
Beaucoup de choc et d’incertitude : les habitants ne savent pas exactement qui gouverne le pays (Trump annonce que les États-Unis « dirigeront » temporairement le Venezuela, tandis que la vice-présidente Delcy Rodríguez affirme depuis Caracas que Maduro reste le seul président légitime et appelle à la résistance). Elle rejette tout vide de pouvoir ou gouvernement imposé depuis l’étranger, active la mobilisation défensive et qualifie l’opération US de violation du droit international (soutenue par Mexico, Colombie, Brésil, Chine, Russie…). Une partie du peuple Vénézuélien, accompagnée de la maire de Caracas, Carmen Meléndez marche vers le palais de Miraflores pour exiger la réintégration du président Nicolás Maduro. « Voici un peuple déterminé qui veut et exige le retour du président Nicolás Maduro », a déclaré la maire de Caracas.
Certains expriment un mélange de peur et de joie contenue (surtout parmi ceux opposés au régime depuis des années), mais la majorité reste terrée chez elle en attendant de savoir ce qui va se passer ensuite.
Peu de célébrations massives visibles dans les rues de Caracas pour l’instant car la peur d’une instabilité prolongée domine.
La diaspora de Miami, Madrid, Santiago, agitent des drapeaux et crient « Libertad » (Reuters, AP)

La Chine, la Russie et l’Iran condamnent l’attaque
Les alliés et les partenaires de Nicolás Maduro se sont, eux, indignés après l’attaque américaine. À l’instar de la Chine, qui se fournit principalement en pétrole vénézuélien, qui s’est dit «profondément choqué» et a «condamné fermement le recours flagrant à la force par les États-Unis contre un État souverain et leur action contre son président». Pékin a dénoncé un «comportement hégémonique des États-Unis» qui «viole gravement le droit international», «porte atteinte à la souveraineté du Venezuela et menace la paix et la sécurité en Amérique latine et dans les Caraïbes», a ajouté dans un communiqué le ministère chinois des Affaires étrangères.

Wang Wenbin porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Wang Wenbin a déclaré (en résumé):
L’Amérique est le plus grand producteur de guerre ;
Les États-Unis n’ont pas été en guerre seulement 16 ans de leurs 240 ans d’histoire ;
Les États-Unis sont à l’origine d’environ 80% des conflits armés dans le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ;
Les États-Unis violent surtout la souveraineté d’autres pays et s’immiscent dans les affaires intérieures d’autres pays ;
Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont tenté de renverser plus de 50 gouvernements étrangers ;
Les USA se sont violemment ingérés dans les élections dans au moins 30 pays et ont tenté d’assassiner plus de 50 dirigeants étrangers ;
Les guerres de l’OTAN contre l’Afghanistan, l’Irak et la Syrie sous les États-Unis ont fait plus de 900 000 morts et 37 millions de réfugiés.
Tant que les politiques hégémoniques et les tendances guerrières de l’Amérique se poursuivront, il n’y aura pas de paix dans le monde.

La Russie, principal allié géopolitique et militaire du régime Maduro depuis des années (fourniture d’armes, soutien diplomatique, intérêts pétroliers) a condamné l’opération de manière très ferme dès le 3-4 janvier 2026. La Russie a adopté une posture de condamnation totale, de solidarité avec le régime Chaviste et de dénonciation de ce qu’elle présente comme un nouvel exemple d’« hégémonisme américain », tout en pointant du doigt les « doubles standards » occidentaux (en référence implicite à l’Ukraine et à d’autres conflits). Cette réaction s’inscrit dans la continuité du soutien historique de Moscou au Venezuela, même si certains analystes notent que la Russie n’a pas (ou n’a pas pu) empêcher physiquement l’opération, ce qui représente un revers diplomatique supplémentaire après la perte de Bachar el-Assad en Syrie.

Amérique latine : Le Brésil (Lula) et la Colombie (Petro) ont condamné les frappes comme une violation de la paix régionale. D’autres pays comme le Mexique pourraient suivre.

Le pape Léon XIV rejette la décision de Trump de kidnapper Maduro. Le pape Léon XIV plaide pour le respect de la souveraineté et de l’état de droit garantis par la Constitution du Venezuela.

Des analystes mondiaux parlent d’une « Putinisation » de la politique étrangère américaine, où la force prime sur le droit.

La réaction d’Emmanuel Macron sur X : « Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir. En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple. La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. Nous souhaitons que le Président Edmundo González Urrutia, élu en 2024, puisse assurer au plus vite cette transition. Je m’entretiens en ce moment avec nos partenaires de la région. La France est pleinement mobilisée et vigilante, notamment pour assurer la sécurité de ses ressortissants en ces heures d’incertitude. »

La voix de la France d’avant
Alors que la souveraineté d’un État est, une nouvelle fois, bafouée par les États-Unis et quelle que soit notre opinion sur le régime vénézuélien, cette ingérence est inacceptable : rien ne peut justifier une telle action qui peut mener aux pires dérives. L’extraterritorialité du droit américain est désormais l’extraterritorialité de la souveraineté américaine.
Plus que jamais, la France doit être forte, libre et indépendante.
Pour rappeler ce que devrait être la voix de la France, rappelons-nous du voyage du Général de Gaulle au Vénézuéla, le 21 septembre 1964 au cours duquel le Général déclara : « Nous sommes d’accord, vous et nous, pour que toute oppression et toute hégémonie soient bannies de notre univers. »

Que penser globalement ?
Cela dépend de votre perspective : si vous priorisez la lutte contre le crime organisé et la sécurité nationale, vous pourriez voir cela comme une action décisive contre un régime corrompu. En revanche, si vous valorisez le respect du droit international et la non-ingérence, cela apparaît comme une agression unilatérale risquant d’aggraver les instabilités mondiales.
Historiquement, de telles interventions ont souvent mené à des conséquences imprévues exemple en Irak, en Libye, en Afghanistan… (instabilité, guerre civile, ressentiment anti-américain). Cela pourrait même donner des idées à la Chine au sujet de Taïwan.(résolution 2758 de l’ONU (1971)). Si Washington peut capturer un chef d’État étranger au nom de la lutte contre le narco-terrorisme, Pékin dispose d’un fondement juridique bien plus solide pour agir sur ce qu’elle considère comme son propre territoire, pour la communauté mondiale, Taïwan n’est pas un État étranger. Une approche Trumpienne, version chinoise, accélérée par l’exemple Maduro du 3 janvier 2026, pourrait être la voie la plus rapide et la moins risquée vers la réunification.

Il est essentiel de suivre les développements, car cela pourrait redéfinir les relations en Amérique latine et tester les limites du multilatéralisme. La situation évolue très vite, avec des annonces de Trump depuis Mar-a-Lago et des appels internationaux (ONU, OEA) à se réunir en urgence. le Conseil de sécurité de l’ONU se réunira aujourd’hui lundi.

Pour une vue nuancée, consultez des sources diversifiées et évitez les échos partisans. Nos politichiens sont toujours prêts à récupérer une actualité surtout en période pré-électorale.
Pensez-en ce que vous voulez mais n’oubliez pas de penser.
LdG

Après l’enlèvement de Maduro, la vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodriguez, a pris le pouvoir hier dimanche et s’est montrée déterminée à ne pas se laisser dicter sa ligne de conduite par Donald Trump.
En même temps (comme dirait l’autre) L’Allemagne et l’Italie retire leurs avoirs au trésor américain; c’est $240 milliards en or. Quelque chose se prépare au sein de la géopolitique mondiale.
Affaire à suivre.

*Vladimir Jirinovski est mort le 6 avril 2022 à Moscou, était un homme politique russe, président du parti d’extrême droite LDPR.

**Ensemble de principes de politique étrangère énoncés par le président des États-Unis J. Monroe dans son message annuel au Congrès, le 2 décembre 1823. Cette doctrine devait préserver le continent nord-américain et l’Amérique latine contre de nouvelles interventions colonisatrices européennes.

1 COMMENT

  1. pour votre information : Les trois premières personnes que Delcy Rodríguez a saluées après avoir prêté serment en tant que présidente par intérim du Venezuela étaient les ambassadeurs de Chine, de Russie et d’Iran.
    ça vous parle?

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