Madame, Messieurs,
Si je vous écris ce jour, c’est parce que vous avez tenu chacun à votre tour des propos méprisants, teintés de condescendance à l’égard de l’ensemble des médecins libéraux de France. Comprenez que je ne puisse laisser passer cela et que je me permette de vous répondre sans détour et sans état d’âme.
À propos de la grève que nous menons tous depuis le 5 janvier, vous avez déclaré :
• Monsieur Yannick Monnet, Député communiste de l’Allier : « ce que je leur dis c’est
qu’il faut un peu penser au patient » (L’Yonne Républicaine, 10 janvier 2026)
• Monsieur Gérard Raymond, Président de France Asso Santé : « ce n’est pas en faisant grève parce qu’on leur impose certaines petites contraintes qu’on va y arriver (…) Ce mouvement est complètement décalé, cela ne peut pas marcher. Ça n’est pas cette action, assez violente quand même, qui va régler le problème, bien au contraire. Je trouve que se mettre en grève – parce que l’on ne demande pas grand-chose aux médecins libéraux – ce n’est pas la meilleure des réponses » (Egora, 7 janvier 2026)
• Madame Catherine Simonin, membre du bureau de France Asso Santé : « refuser de soigner les malades pour s’opposer à des totems devenus sans objet puisque les mesures contestées ont en fait été… abandonnées au détour du débat parlementaire et du contrôle de la constitutionnalité (…) des syndicats ont donc engagé une mobilisation massive en pleine surcharge des services d’urgences pour lutter contre des mesures qui, pour la plupart ne s’appliqueront pas. Irresponsable, bien dommage ! » (France Info TV, 10 janvier 2026)
Donc 100 % des représentants d’une profession – des étudiants en médecine aux internes, des internes aux médecins seniors, des médecins seniors aux retraités actifs, des médecins de ville aux médecins exerçant en établissements de soins privés – décident de se lancer dans un mouvement historique d’arrêt d’activité. Mais vous, du haut de votre suffisance, vous déclarez cela nul et non avenu.
Vous voyez, Monsieur Gérard Raymond, Madame Catherine Simonin, la réalité est parfois terrible quand elle frappe à votre porte. Ecoutez-la.
Ce toc toc toc est pour vous : nous prenons en soin plus de 90% des patients de France, c’est notre engagement de vie. Nous les soignons le jour, la nuit, souvent sans compter nos heures,
parfois au-delà du raisonnable et le soin vient parfois impacter notre propre santé… Je l’affirme ici, jamais les patients ne nous tiennent ce type de propos !
Qui représentez-vous réellement ? Cette question doit être portée au centre du débat, vous ne représentez assurément pas les patients, vos paroles nous l’apprennent…
Monsieur Gérard Raymond, vous affirmez qu’on ne demande pas grand-chose aux médecins libéraux.
Ainsi donc pour vous, installer une médecine de quota au travers des MSO obligatoires, c’est pour vous ce « pas grand-chose » ? Vous ne représentez pas les patients, Monsieur Gérard Raymond.
Ainsi donc pour vous, donner le pouvoir discrétionnaire au directeur de l’Assurance maladie, de baisser autoritairement la valeur des actes et tarifs des médecins sur des critères purement comptables, selon l’intérêt économique du moment, c’est pour vous ce « pas grand-chose », peu vous importe que cela entraine des rééquilibrages économiques ou démographiques au détriment des patients. Vous ne représentez assurément pas les patients, Monsieur Gérard Raymond.
Ainsi donc pour vous, supprimer le remboursement des prescriptions des médecins non conventionnés, c’est pour vous ce « pas grand-chose », peu vous importe que plus d’1,5 millions de patients, tous cotisants de façon obligatoire à l’Assurance maladie, soient ainsi gravement lésés. Vous ne représentez pas les patients, Monsieur Gérard Raymond.
Ainsi donc pour vous, le fait de retirer des avantages aux médecins retraités actifs, c’est pour vous ce « pas grand-chose », et peu vous importe que des centaines de milliers de patients voient par conséquent des milliers de médecins retraités actifs quitter la médecine et agrandir les déserts médicaux. Vous ne représentez pas les patients, Monsieur Gérard Raymond.
Madame Catherine Simonin, écoutez : ce toc toc toc de la réalité frappe aussi pour vous.
Qui représentez-vous, Madame Catherine Simonin, quand vous dites « abandonnées par le contrôle de la constitutionnalité » ? Faut-il que l’on vous explique ce qu’est un cavalier législatif ? L’article de la LFSS sur le DMP a été qualifié de cavalier législatif et non frappé d’illégalité, il peut donc à loisir être reposé dans un autre texte de loi… Pourtant, pour vous, cela suffirait à lever un mouvement de grève que vous décrivez comme « refuser de soigner les malades ». Madame Catherine Simonin, vous ne représentez pas les patients, sinon vous seriez à nos côtés…
Quelles sont les garanties d’inviolabilité du DMP ? Vous ne trouvez rien à redire quant à l’obligation, contre des pénalités (pouvant aller jusqu’à 10 000 euros par an et par médecin, et 100 000 euros par an et par établissement), de renseigner ou consulter le DMP. Obliger un médecin à poser les données de ses patients dans un coffre sans qu’il puisse garantir la protection de celles-ci n’est pas la moindre des violences qui nous est faite, mais vous n’en avez cure, vous ne représentez pas les patients Madame Catherine Simonin.
Il y a des années, on disait : le secret médical est un coffre dont le médecin a la garde et dont le patient à la clef… Avec le DMP, nous n’avons plus la garde du coffre que nous devons pourtant de façon obligatoire remplir. Et le patient n’a plus la clef… Question : que deviendront ces données, Madame Catherine Simonin, pouvez-vous garantir que celles-ci ne seront jamais exploitées par les assurances complémentaires ?
Je vous rappelle que les assurances complémentaires ont déjà accès aux données de facturations sanitaires, ce qui par croisement de fichiers leur donne déjà accès aux pathologies
des patients. Mais apparemment, cela ne vous questionne pas. Vous ne représentez pas les patients, Madame Catherine Simonin.
Remarquez, vous avez, par rapport à Monsieur Gérard Raymond, une naïveté qui serait presque touchante si elle ne reflétait pas une proximité trouble avec le pouvoir en place, avec le pouvoir « du moment ». J’y reviendrai.
Quant à vous, Monsieur Yannick Monnet, vous estimez qu’on ne pense pas aux patients lorsque l’on décide, en intersyndicale globale et historique, de suspendre notre activité ? Vous n’êtes pas médecin, vous n’êtes pas soignant, vous ne savez pas ce qu’est la relation du soin, vous ne savez rien de cela. Vous n’affrontez pas le questionnement des femmes et des hommes face à la maladie, vous ne connaissez pas le doute, la souffrance et la peur, la mort… Et vous affirmez que l’on ne pense pas aux patients… Nous ne faisons que cela, nous vivons cela, chaque heure chaque minute de notre existence, nous sommes médecins… jusqu’à la fin. Monsieur Yannick Monnet, vous dites : « Six Français sur 10 déclarent renoncer au soin ». Quel rapport y a-t-il avec les compléments d’honoraires, pas d’honoraires complémentaires pour les Français qui relèvent de la CMU, de la CSS, de l’AME ? Les Français renoncent du fait des difficultés d’accès au soin et des délais de rendez-vous. Rien à voir avec les compléments d’honoraires : c’est la base, vous ne la connaissez pas ? Inquiétant…
Monsieur Yannick Monnet, vous parlez d’une hausse des compléments d’honoraires mais jamais vous ne parlez de la hausse (scandaleusement répétée chaque année) des cotisations des complémentaires santé, de leurs 43 milliards de chiffre d’affaires annuel. Un siècle d’honoraires complémentaires de chirurgiens correspond à un an de chiffre d’affaires des mutuelles. Des mutuelles par centaines qui appauvrissent les Français, leur imposent des contrats à la lecture opaque et sans unicité, qui leur imposent des sur-complémentaires par la réduction du champ d’action des complémentaires, et vous n’en parlez pas. Inquiétant…
Vous oubliez une chose, Monsieur Yannick Monnet, et c’est « l’éléphant dans la pièce » : ce que les médecins défendent au travers du secteur 2, c’est leur liberté. Cette liberté est garante d’une médecine de qualité et elle protège les patients.
Vieux réflexe d’une époque révolue, vous voudriez que les médecins soient tous dans le même carcan sur-encadré, sur-administré, aux ordres… Le rouge parfois fait tache, on ne se refait pas.
Pour revenir à vous, Monsieur Gérard Raymond, vous dites : « la conception libérale de la médecine mérite d’être repensée (…) il faudrait, un projet de suivi et d’accompagnement du patient avec des indicateurs, des objectifs… et une enveloppe globale ».
Bref, une capitation, et devant l’échec indubitable de ce système en Angleterre, vous dites : « les Anglais, ce sont les Anglais ». On pourrait sourire de cette légèreté mais… non, vraiment non.
Votre réflexion est à l’origine du mouvement que nous menons Monsieur Gérard Raymond, ça suffit ! Les experts autoproclamés soudain porteurs d’un bâton de maréchal sont vite atteints du syndrome du marchepied : ils se pensent plus grands qu’ils ne sont, et avec morgue veulent organiser pour les autres, penser pour les autres, imposer aux autres… Leur manque total de réelle expertise est juste comblé par une capacité à relayer les paroles de ceux qui les y ont fait monter.
Monsieur Gérard Raymond, nous sommes des médecins libéraux, ne le comprenez-vous donc pas ?
Regardez l’Hôpital public, regardez ses souffrances, regardez ses services en mode dégradé, regardez les pertes de sens de ses agents, de ses soignants. Regardez bien, Monsieur Gérard Raymond, c’est votre modèle, après des années d’application…
Ça suffit, vous ne représentez pas les patients, vous ne représentez pas les soignants.
Madame Catherine Simonin, vous nous insultez quand vous dites que nous avons engagé une mobilisation massive en pleine surcharge des services d’urgences.
Nous ne serons pas les conséquences de vos laissez-faire. Cela fait des années que l’on meurt régulièrement sur des brancards aux urgences. Des années que la médecine de ville et l’hôpital s’effondrent, des années que cet effondrement est en lien avec vos errances, oui vos errances, celles de France Asso Santé, soutien années après années des réformes du soin qui sabotent notre bien commun le secteur sanitaire.
Vous devriez être dans la rue à nos côtés, mais non, vous préférez relayer certains éléments de langage préétablis, même si ceux-là sont l’aveu de votre inexistence.
Je parlais de naïveté, Madame Catherine Simonin, j’y reviens : vous nous dites que cela n’a pas de sens de se mobiliser puisque « la Ministre de la Santé s’est empressée de rassurer en s’engageant personnellement à ne jamais contourner la négociation conventionnelle »… Non mais vraiment, Madame Catherine Simonin, vous réalisez que Stéphanie Rist est notre dixième ou onzième ministre de la Santé (on s’y perd), que celle-ci a une élection législative partielle le 18 janvier 2026, soit dans 6 jours au moment où je vous écris, et que si elle la perd, elle remettra sa démission selon sa propre déclaration ? Non mais vraiment, Madame Catherine Simonin, vous nous prenez à ce point pour des cons ? Oui, c’est un mot vulgaire mais je ne vois rien de mieux à cet instant pour décrire ce que vos propos laissent à penser…
Alors voilà, Monsieur Gérard Raymond, Monsieur Yannick Monnet, Madame Catherine Simonin, nous allons poursuivre ce mouvement, et nous appelons le Premier ministre Sébastien Lecornu à nous recevoir. Vient un temps où l’on se lève de son fauteuil, la lumière s’est rallumée, le film était pas mal, les acteurs étaient un peu surannés pour l’un, caricaturaux pour les deux autres, il est temps de rejoindre la vraie vie, celle où ceux qui soignent les Français et portent vraiment la médecine de France, vont discuter et construire son avenir.
Je vous prie d’agréer, Madame, Messieurs, l’expression de ma haute considération.
Dr Jérôme Marty
Président de l’UFML-S





