La vaccination anti-Covid-19 chez le médecin libéral

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Docteur Alain Lafeuillade, spécialiste en médecine interne et infectiologie, la Valette du Var*

Après avoir opté de façon prioritaire pour de grands « vaccinodromes » pour rattraper le retard vaccinal, le gouvernement a fini par ouvrir la vaccination anti-Covid-19 en cabinet de ville, réalisant sans doute que le médecin traitant était au mieux pour connaître ses patients, et peut être convaincre les plus sceptiques à se faire vacciner.

Vaccination anti-Covid: une nécessité pour sortir de l’épidémie
Le SARS-Cov2 a, actuellement tué plus de 3,7 millions de personnes dans le monde. La « grippette » annoncée n’en fut pas une: le Brésil et l’Inde offrent à nos yeux des images effarantes.

D’habitude pour espérer stopper une épidémie il faut que 60% de la population soit immunisée contre le pathogène (soit de façon naturelle, après avoir été infectée, soit par vaccination). Mais la logique d’un virus pour survivre est de muter, faisant apparaître des variants plus contagieux, et souvent plus délétères.

Face à cette émergence de variants, le pourcentage de personnes devant être immunisées pour vaincre l’épidémie passe à 80%.

Le médecin libéral enfin sollicité
Cela débute en avril 2021 avec l’arrivée du vaccin Astra-Zéneca issu de la recherche de l’université d’Oxford en Grande Bretagne.
Hélas ce vaccin était loin d’être le meilleur.
D’emblée je ne l’ai pas voulu dans mon cabinet libéral pour une unique raison: il ne protège pas contre le variant Sud-Africain: 10 à 22% de protection selon les études. De fait l’Afrique du Sud a renoncé à l’utiliser.

Certes le variant largement prédominant actuellement en France est Britanique, mais le variant Sud-Africain, plus contagieux et déjà présent dans notre pays va prendre sa place.

Puis il y a eu la révélation de cas de thromboses atypiques, parfois mortelles, avec ce vaccin. Même si le gouvernement a limité sa prescription aux personnes de plus de 55 ans et le laboratoire changé le nom du vaccin pour Vaxzevria, le public ne fut pas dupe et les doses n’ont pas été écoulées (à tel point qu’on pense en faire « cadeau » à des pays en voie de développement…)

En mai 2021, le vaccin Janssen (filiale pharmaceutique du géant Johnson & Johnson) a enfin été disponible en cabinet de ville. Il utilise la même technologie que le vaccin Astra-Zéneca, c’est à dire l’introduction dans l’organisme des éléments nécessaires à produire des anticorps contre le coronavirus, par l’intermédiaire d’un « vecteur » viral: ici, un adénovirus humain contre un adénovirus de singe pour Astra Zéneca.

Les études cliniques ont montré que le vaccin Janssen apportait une protection dans plus de 70% des cas après une seule injection.

Mais comme le vaccin Astra Zéneca quelques rares cas -rares ici- de thromboses atypiques furent observés, surtout chez des femmes de moins de 30 ans prenant une contraception hormonale. Néanmoins, malgré la très faible survenue de thromboses avec le vaccin Janssen par rapport au vaccin Astra Zéneca, les autorités européennes ont imposé au vaccin Janssen les mêmes conditions de prescription: à partir de 55 ans.

J’ai confiance en ce vaccin à la fois en termes d’efficacité et aussi de tolérance et je l’utilise sans problème dans mon cabinet, avec l’avantage d’une seule injection pour être protégé(e).

Début juin 2021 le médecin libéral a eu accès à un vaccin à ARN messager, Moderna*

Il s’agit, comme le vaccin Pfizer*, d’une technologie nouvelle qui a pu faire bondir les complotistes en parlant de « thérapie génique ». En fait il n’en est rien, l’ARN messager du SARS-Cov2 étant incapable de s’intégrer dans les chromosomes du vacciné.

Ces vaccins affichent près de 95% de protection, ce qui n’est pas négligeable. Selon l’Institut Pasteur ils perdraient 30% d’efficacité face à des variants « coriaces », ramenant leur efficacité proche de celle du vaccin Janssen dans ces situations.

Seul le vaccin Moderna est disponible en cabinet de ville car une fois décongelé il se garde à 2-8 degrés un mois (contre 5 jours pour le vaccin Pfizer). Ces deux vaccins sont d’ailleurs tout à fait équivalents et nécessitent 2 injections, la seconde à 4 à 6 semaines de la première.

Il faut bien comprendre qu’en urgence pandémique les laboratoires ne peuvent pas produire des vaccins uni-doses mais uniquement des flacons multi-doses: 5 doses par flacon de vaccin Janssen et 10 par flacon de Moderna. Une fois le flacon ouvert il faut l’utiliser dans les 6 heures. Cela veut dire qu’il n’est pas possible de vacciner des patients au fil des consultations programmées mais que l’on doit organiser des plages de vaccination spécifiques, souvent le samedi.

L’épidémie régresse en France, tant mieux!
On peut néanmoins s’interroger sur les mécanismes de cette baisse.

Les « mesures dites de freinage » en sont elles la cause? Mais alors vu le relachement général que l’on observe actuellement, l’épidémie ne va-t-elle pas tarder à repartir?

Ou bien, plutôt, et je le pense, sommes nous entrés dans une phase de saisonnabilité du virus: sa baisse de circulation n’a rien à voir avec les « mesures de freinage » et il va rebondir à l’automne.

Seul l’avenir le dira…

La vaccination reste néanmoins le pivot de la sortie du tunnel
Il faut combattre les théories complotistes disant qu’il est douteux d’avoir un vaccin contre la Covid en tout juste un an alors qu’on n’en a pas contre le SIDA après 40 ans: les problématiques ne sont pas comparables.

Nous avons maintenant le recul de millions de personnes ayant reçu un de ces vaccins et la balance bénéfice/risque est clairement favorable.

Il a toujours été curieux pour moi de constater que dans le pays de Pasteur nous avons le plus grand nombre d’anti-vax -comme on dit maintenant. Mais ce n’est pas un phénomène nouveau, c’est pourquoi l’obligation vaccinale en population générale n’est pas réalisable. Il faut la réserver à des personnes en première ligne, dont les soignants. Une marge de la population, souvent à la droite de la droite a toujours « surfé » sur l’obligation de certaines vaccinations, ne leur donnons pas plus de grain à moudre pour alimenter leur irresponsabilité.

Restons fixés sur un horizon qui va bien au delà d’un mandat électoral, quel qu’en soit la couleur.

Certes, le vaccin anti-Covid ne résoudra pas tous nos problèmes. En particulier, dans le monde de demain, comment faire pour que nous soyons mieux préparés aux autres pandémies qui, inéluctablement, surviendront? Comment réagir rapidement avec des mesures de protection, des tests pour tout le monde, quel que soit le pathogène, une relocalisation de notre industrie pharmaceutique et, j’ai peine à le dire de notre RECHERCHE. Car ces dernières années nos « cerveaux » sont partis à l’étranger ne pouvant plus produire en France face à la bureaucratie de notre pays: cela il ne faudra pas l’oublier quant un véritable plan d’alerte sanitaire sera un jour mis en place.

*le Dr Lafeuillade déclare n’avoir aucun conflit d’intérêt vis à vis des firmes dont il parle dans l’article.

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