Pour en finir avec l’avidité, la haine et l’intolérance

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Au moment où les démocraties occidentales donnent des signes de fragilité face à des écervelés à tête de bison,
Au moment où la loi sur le secret des affaires prive les journalistes de la possibilité d’enquêter sur les amis du pouvoir à Paris comme en région,
Au moment où les forces de l’ordre vont pouvoir nous ficher pour nos convictions politiques, religieuses et syndicales,
Je me souviens de cet instituteur Monsieur Gérard Clayes qui, en 1972, me mit devant un écran de cinéma en me demandant d’essayer de comprendre l’histoire. J’avais 14 ans. Je connaissais le clown, prince de la pantomime, avec son pantalon trop grand, sa redingote élimée, sa canne et son chapeau melon. Les grands l’appelaient Charles Spencer Chaplin. Pour moi, minot, il s’appelait Charlot.
Il me faisait souvent rire avec ses virages à angle droit sur une seule jambe et ces situations aussi improbables que burlesques. Je l’aimais comme tous les enfants de mon âge. Il était rigolo.
Ce jour-là, je ne savais pas que Charlot parlerait pour la première fois au cinéma, je ne savais pas qu’il allait me raconter l’histoire d’un coiffeur Juif vivant dans le ghetto et de ce « frapadingue » d’Hynkel qui ressemble comme deux gouttes d’eau à certains.
Mon instituteur m’a expliqué combien Charlie Chaplin était courageux de réaliser un tel film … en 1940 ! Que ce film anticipe la possibilité d’une nouvelle guerre en Europe, en même temps qu’il rappelle la réalité d’un régime fasciste, une fois installé. Que ce film a été interdit en France et dans bien d’autres pays jusqu’en 1945. Qu’il aura fallu attendre 1972 et un Oscar d’honneur pour qu’Hollywood se fasse pardonner de lui avoir refusé un visa pendant vingt ans.
Il m’aura aussi fait comprendre que sous un registre badin, il voulait ainsi signifier que l’essentiel pouvait être formulé sans cri et sans fureur.
Depuis cette projection, le discours de la fin du film écrit par Charles Spencer Chaplin lui-même, ne m’a jamais quitté et je souhaite aujourd’hui qu’il vous accompagne.
Laurent di Gennaro

“Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n’est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. Nous voudrions tous nous aider, les êtres humains sont ainsi. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas le malheur. Nous ne voulons ni haïr ni humilier personne. Dans ce monde, chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche pour nourrir tout le monde. Nous pourrions tous avoir une belle vie libre mais nous avons perdu le chemin.
L’avidité a empoisonné l’esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour finir enfermés. Les machines qui nous apportent l’abondance nous laissent néanmoins insatisfaits. Notre savoir nous a rendu cyniques, notre intelligence inhumains. Nous pensons beaucoup trop et ne ressentons pas assez. Étant trop mécanisés, nous manquons d’humanité. Étant trop cultivés, nous manquons de tendresse et de gentillesse. Sans ces qualités, la vie n’est plus que violence et tout est perdu. Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres, ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l’être humain, que dans la fraternité, l’amitié et l’unité de tous les hommes.
En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le monde, des millions d’hommes, de femmes, d’enfants désespérés, victimes d’un système qui torture les faibles et emprisonne des innocents.
Je dis à tous ceux qui m’entendent : Ne désespérez pas ! Le malheur qui est sur nous n’est que le produit éphémère de l’avidité, de l’amertume de ceux qui ont peur des progrès qu’accomplit l’Humanité. Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront, et le pouvoir qu’ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples. Et tant que les hommes mourront, la liberté ne pourra périr. Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, ceux qui vous méprisent et font de vous des esclaves, enrégimentent votre vie et vous disent ce qu’il faut faire, penser et ressentir, qui vous dirigent, vous manœuvrent, se servent de vous comme chair à canons et vous traitent comme du bétail. Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes-machines avec des cerveaux-machines et des cœurs-machines. Vous n’êtes pas des machines ! Vous n’êtes pas des esclaves ! Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l’amour du monde dans le cœur. Vous n’avez pas de haine, seuls ceux qui manquent d’amour et les inhumains haïssent. Soldats ! ne vous battez pas pour l’esclavage, mais pour la liberté !
Il est écrit dans l’Évangile selon Saint Luc « Le Royaume de Dieu est au dedans de l’homme », pas dans un seul homme ni dans un groupe, mais dans tous les hommes, en vous, vous le peuple qui avez le pouvoir : le pouvoir de créer les machines, le pouvoir de créer le bonheur. Vous, le peuple, en avez le pouvoir : le pouvoir de rendre la vie belle et libre, le pouvoir de faire de cette vie une merveilleuse aventure. Alors au nom même de la Démocratie, utilisons ce pouvoir. Il faut nous unir, il faut nous battre pour un monde nouveau, décent et humain qui donnera à chacun l’occasion de travailler, qui apportera un avenir à la jeunesse et à la vieillesse la sécurité. Ces brutes vous ont promis toutes ces choses pour que vous leur donniez le pouvoir – ils mentent. Ils ne tiennent pas leurs promesses – jamais ils ne le feront. Les dictateurs s’affranchissent en prenant le pouvoir mais réduisent en esclavage le peuple. Alors, battons-nous pour accomplir cette promesse ! Il faut nous battre pour libérer le monde, pour abolir les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec l’avidité, la haine et l’intolérance. Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront vers le bonheur de tous. Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous !
Hannah, est-ce que tu m’entends ? Où que tu sois, lève les yeux ! Lève les yeux, Hannah ! Les nuages se dissipent ! Le soleil perce ! Nous émergeons des ténèbres pour trouver la lumière ! Nous pénétrons dans un monde nouveau, un monde meilleur, où les hommes domineront leur cupidité, leur haine et leur brutalité. Lève les yeux, Hannah ! L’âme de l’homme a reçu des ailes et enfin elle commence à voler. Elle vole vers l’arc-en-ciel, vers la lumière de l’espoir. Lève les yeux, Hannah ! Lève les yeux !”
Charles Spencer Chaplin
Le dictateur-1940

Depuis j’ai vu d’autres films qui font plus ou moins référence à ce chef-d’oeuvre, Jeux dangereux d’Ernst Lubitsch et/ou La vie est belle de Roberto Benigni. Je vous les recommande pour les mêmes raisons.

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