Il faudra leur pardonner !

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Petite histoire de la communication du pouvoir en temps de crise
Plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer la politique du mensonge de l’exécutif en France dès le début de la crise sanitaire. Oh les vilains doutes. Les perfides accusations.

La fin justifie-t-elle les mensonges ? Mendes-France disait : « le mensonge donne des fleurs, mais jamais de fruits ».

Il faut dire qu’une vague d’autosatisfaction déferle en ce moment sur les médias. Tous déclarent, la main sur le cœur, qu’ils disent la vérité et qu’ils gèrent au mieux.

Ils  nous font penser à ces  généraux de l’armée française qui, dans leurs Mémoires justifiaient leurs  décisions qui avaient mené le pays à diverses catastrophes.

Cette  stratégie de justification à postériori des mensonges et des erreurs remonte à loin ! Nos hommes politiques ne reconnaissent jamais leurs erreurs et leurs incapacités. Tous champions du monde ! Une exception peut-être Mendés France. Il n’a pas duré longtemps.

Comment un peuple aussi subtil et cultivé que le peuple français peut-il aussi facilement avaler ces couleuvres ? Peut-être parce que l’illusion est préférable à la réalité et que le mensonge fait rêver.

Ce qui explique le recours à ce que les historiens  nomment la culture du mensonge d’état dans l’histoire de France. Remontons aux sources.*

Les menteurs anciens
En  face de César, à Alesia, le brillant Vercingétorix assurait à ses alliés : « les romains sont au bord de la défaite, faites-moi confiance » On connaît la suite, l’écrasement de la civilisation gauloise.

Le  bon roi Dagobert devant une cour de prélats, dans un long discours annonçait la fin d’une épidémie à Paris qui pourtant allait tuer près de 8000 personnes. Pour  appuyer ses paroles il a bu un verre d’eau de la Seine mais en fait c’était de l’eau bénite.

Clovis a dit à ses troupes « le catholicisme romain n’a aucun avenir pour mes enfants, je reste fidèle aux croyances de mes aïeux ». Quelque temps après, contredisant sa parole non seulement il se fait baptiser mais il incite au baptême tous les francs. Il a menti à des fins politiques voulant l’appui du pape pour s’installer au pouvoir. Un grand prédécesseur.

Le bon roi Saint-Louis,  selon son biographe Joinville, aurait dit lors de son accession, au trône « je protégerai mes sujets, tous sans exception». Il s’empressa de persécuter les juifs pour finalement les chasser du royaume.

Richelieu, le bon cardinal, sur les remparts de la Rochelle a dit aux représentants des Protestants « Rendez-vous je vous protégerai, faites-moi confiance » La ville prise, il la livra au pillage, au meurtre et au viol.

Le Grand Roi Soleil devant le Parlement de Paris, au début de son règne personnel déclara « qu’il voulait la paix et la concorde de ses sujets ». Il ne fit que mentir aux français pendant son long règne les écrasants d’impôts, de guerres, et de persécutions, violant la parole donnée aux protestants en révoquant l’Edit de Nantes.

Le bon gros Louis XVI a feint d’accepter les débuts de la Révolution tout en traitant secrètement avec les ennemis de la France et malgré ses belles déclarations il prit la fuite pour rejoindre l’étranger avec les caisses du Royaume.

Danton le bel orateur tenait un double discours en matière  politique et religieuse s’enrichissant au passage grâce au rachat des biens nationaux. Et que dire de Mirabeau député du tiers et agent secret de Marie Antoinette. Même Robespierre l’incorruptible,  l’opposant à la peine de mort livra à la guillotine ses adversaires politiques pendant la Terreur.

Napoléon le Grand voulait la paix dans sa propagande, il ne fit que la guerre sur tous les champs de bataille d’Europe. Continuons.

Les menteurs modernes
En 1848 le Prince Napoléon (le neveu) se fit élire empereur après avoir trahi les républicains qui le portèrent au pouvoir. À la  fin du Second Empire à la veille de la défaite de 1870 le ministre de la guerre  Edmond Lebœuf  affirmait  « Nous sommes prêts et archiprêts. La guerre dût-elle durer deux ans, il ne manquerait pas un bouton de guêtre à nos soldats ». Quelques mois plus tard c’était la piquette de Sedan.

À la veille de la mobilisation en 1914 le président du conseil Raymond Poincaré disait aux français « la Guerre sera courte, faites-moi confiance ». Elle dura plus de quatre ans et coûta plus d’un million de morts à la France.

Après la déclaration de Guerre à l’Allemagne en 1939, Paul Raynaud affirmait aux français « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts » On connaît la suite, quatre ans d’occupation et de déshonneur ! Une foireuse épopée !

Sous Pétain l’État français usant d’une habile propagande fit croire à la relève des prisonniers pour envoyer sa jeunesse au STO en Allemagne. Maréchal nous voilà !

Les mensonges contemporains.
De Gaulle a laissé croire, dans ses Mémoires que la France s’était dressée comme un seul homme derrière lui pour entrer en résistance. Ce procédé de rattrapage  positif porte un nom, le Résitancialisme. Tu parles Charles ! En fait, la France a majoritairement collaboré volontairement avec l’occupant allemand livrant aux bourreaux les juifs réfugiés puis les juifs français, les tziganes, les homosexuels, les communistes, et les républicains espagnols. Bravo le pays des Droits de l’homme !

Pendant la Guerre d’Algérie De Gaulle pour revenir au pouvoir a menti à tout le monde et notamment aux Pieds noirs. « Je vous ai compris ! ».

Mitterrand, élu avec des voix d’extrême gauche, reniant sa parole et ses nombreux discours pré électoraux a fini par faire une politique  néo libérale. Il chantait pourtant l’Internationale dans ses meetings !

Et que dire du temps présent ?
Dans l’ensemble la classe politique, de la gauche à la droite, a tenu des discours de propagande pendant quarante ans installant un soft-fascisme du mensonge comme disait Anna Arendt. Certains mensonges ont pu faire sourire comme au moment de Tchernobyl ou le pouvoir expliqua « que le nuage s’était arrêté à la frontière »…

Plus près de nous encore des ministres ont donné le bon exemple niant leur corruption, leur incapacité ou leurs comptes en Suisse. Certains après avoir trompé le peuple ont su retrouver leur siège …

Le mensonge d’État, une longue tradition française
En somme il faut pardonner aux dirigeants français pendant cette période dramatique que nous vivons, car ils ont  derrière eux une longue tradition de mensonges et d’autosatisfaction à postériori. Ils sont à bonne école.

Ainsi il faudra leur pardonner d’avoir dit que les masques étaient inutiles. Il faudra leur pardonner d’avoir dit que le virus était incapable de provoquer une épidémie en France. Il faudra leur pardonner d’avoir menti sur la situation sanitaire, d’avoir dit que notre service de santé était le meilleur du monde après l’avoir sérieusement affaibli pendant plusieurs décennies. Et que l’on était prêt à affronter  la pandémie alors qu’ils savaient le nombre de lits de réanimation insuffisant. D’avoir affirmé que les tests en grand nombre  étaient inutiles… De nous avoir  engagés à aller voter aux municipales soit disant sans aucun risque de contamination …

Et demain, bien sûr on leur pardonnera d’affirmer que leur gestion de la crise a été la meilleure du monde. Devant la catastrophe ils nous dirons, la bouche en cœur, qu’ils avaient tout anticipé, tout prévu, que la courbe s’aplatissait à vue d’œil etc.etc. Que nous étions les champions. Qu’on avait bien eu de la chance de les avoir tous ces merveilleux …

En somme depuis toujours, la parole du pouvoir est un subtil mélange alchimique de mensonges, d’arrogance, de démagogie et d’auto satisfaction. Et en plus on veut donner des leçons au monde. **

Pour terminer on me pardonnera un souvenir personnel. Arrivant à l’Hôpital, où  ma mère avait été opérée, il y a déjà fort longtemps, j’appris qu’elle était morte. Le chirurgien devant ma  détresse m’assura sans hésiter pour se justifier « Cher Monsieur l’opération que j’ai pratiqué sur votre maman a parfaitement réussi. Votre Mère est morte guérie ! »

Dans quelques mois, lorsqu’il faudra faire le bilan de toute cette affaire de virus et de confinement les beaux décideurs médiatisés qui nous gouvernent nous affirmeront que la gestion de la crise a été parfaite. Ils mentiront. Il faudra leur pardonner !

Jean-François Principiano.

*Les Grands mensonges de l’Histoire de France par Julien Arbois Pocket

** « L’État est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement ; et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : “Moi l’État, je suis le peuple.“ » Fréderic Nietzsche Ainsi parlait Zarathoustra

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