Municipales : Jadot veut ratisser large…au profit de qui ?

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Voilà une stratégie qui ne va pas manquer de susciter quelques commentaires chez les militants d’EELV, plutôt tournés vers la gauche.

Depuis le bon score réalisé par la liste verte conduite par Yannick Jadot à l’élection du parlement européen le 26 mai dernier, le député n’a pas tardé à répondre aux sollicitations des formations de gauche (PS-Place publique, Génération.s, LFI, PCF). Fort des 13,47% et des 12 élus (+7), l’homme fort de la formation écologiste, très volatile, qui compte plusieurs de ses cadres dans le camp de la Macronie, a engagé sa formation dans la recherche d’un rassemblement des écologistes répartis sur au moins deux listes, sans compter celle d’En marche.

Une rencontre et un texte commun ont été adoptés lundi 7 juillet, à Ivry, pas à Neuilly, tout un symbole, dans une ville de résistance au libéralisme de longue durée et dans le seul département présidé par un communiste. Autour de Y. Jadot, Delphine Batho (Génération Ecologie), Antoine Waechter (Mouvement écologiste indépendant), François Damerval (Cap 21), Jean-Marc Governatori (Alliance écologiste indépendante), François Béchieau (Mouvement des progressistes).   Ainsi que Sabrina Sebaihi, candidate EELV à Ivry.

Une rencontre est prévue avec le parti animaliste (2,2%) conduit par Halène Thouy.

Le but : rassembler les différentes chapelles de l’écologie en un seul mouvement et faire en sorte que les candidats arrivent en tête dans la plupart des villes, ce qui créera les conditions du ralliement des autres listes, « par delà les clivages politiques traditionnels« .

Autrement dit, « on est écolo, ni de droite, ni de gauche... » ou, autre version « et de droite et de gauche » ! C’est compter sur le marché pour réguler l’économie -Y. Jadot y consent- alors que précisément, les forces dominantes capitalistes -il faut bien les appeler par leur nom- sont fondamentalement responsables des choix économiques et des principes qui les justifient, au détriment des engagements pris face aux dérèglements climatiques et qui ne sont pas tenus.

Le « libre échange », la concurrence « libre et non faussée », la circulation « libre »des marchandises et des capitaux constituent le socle de la construction européenne telle qu’elle fonctionne et des Etats qui la composent. Avec comme finalité, la rentabilité des capitaux pour leurs actionnaires, par le productivisme destructeur et le consumérisme débridé, quitte à détruire la planète, à épuiser ses richesses, sa biodiversité et à sur-exploiter les hommes au profit d’une infime minorité.

L’avant-veille, Y. Jadot faisait un petit tour à La Charité-sur-Loire dans la Nièvre, les têtes de liste de la gauche traditionnelle (R. Glucksmann, Manon Aubry, I. Brossat, J. Bayou, porte-parole d’EELV…) avaient répondu à l’invitation de Guillaume Duval, journaliste d’Alternatives économiques qui organisait un « festival des idées »  sur le meilleur moyen de sortir le pays du duel Macron-RN qui vise à marginaliser toute alternative véritable. A nous enfermer dans l’impasse : »néo-libéralisme ou néo-fascisme » !

Jadot, présent a jugé qu’il avait « assez débattu avec Raphaël et Manon durant la campagne ». Le lendemain il n’avait qu’un mot : écolo, écolo, écolo. Comme si l’écologie allait, en elle-même, résoudre les questions politiques posées par la prise de conscience de cette urgence devenue de plus en plus évidente et qui ne peut être dissociée des urgences sociales qui procèdent des mêmes causes : les intérêts égoïstes d’une classe sociale ultra riche et privilégiée au pouvoir. Et qui ne pense qu’à les étendre.

Aurait-il oublié que « la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit » et que l’obstacle à surmonter pour imposer et réussir la transition écologiste demeure la question du pouvoir politique sur celui de la finance pour pouvoir faire face aux urgences écologiques et sociales.

L’esquiver revient à induire l’idée que gauche et droite c’est dépassé, l’écologie les transcenderait, ce qui a d’ailleurs marqué toute l’histoire de l’écologie en France depuis la candidature de René Dumont en 1974. La multiplication des chapelles se disputant sur l’autonomie et/ou les alliances, Waechter finissant par soutenir Bayrou en 2007 et les Verts intégrant le PS à plusieurs occasions. Aujourd’hui certains de leurs cadres ont même intégré la REM et le gouvernement ?

Delphine Batho adhérant au PS à 21 ans, au bureau national à 27 ans, secrétaire nationale trois ans plus tard, députée puis ministre en 2012 sous le gouvernement Ayrault et finissant par quitter le PS dans la conflictualité.

Quant à CAP 21 que préside depuis 1996, Corinne Lepage, avocate et ancienne ministre de l’environnement, sous Chirac, son mouvement a soutenu Macron à la présidentielle. Mais elle ne se veut pas de droite…Leur passage au pouvoir n’a pas laissé de traces marquantes.

Ce qui est vrai, c’est que socialistes et droite classique n’ont fait que gérer les choix libéraux, tous ralliés à l’économie de marché et à ses règles, aussi draconiennes qu’arbitraires, en faveur des puissants et des plus riches, ce sont les mêmes. Ce qui, au lieu de mobiliser les victimes de leurs politiques d’austérité, les a détournés de l’engagement citoyen, jusqu’à déserter massivement les urnes. Y. Jadot n’entend pas changer de cadre !

Pour ce qui est de la novation de la démarche et de la cohérence idéologique, on déjà vu ça, N. Hulot s’y est brûlé les ailes.  Cela fait plus de trente ans que les écologistes se divisent, selon leur sensibilité politique, puis se regroupent « pour être plus forts », en essayant de nous faire croire que « notre appartenance à la Nature est le nouveau moteur de l’histoire » ? Ce n’est plus la lutte des classes. Marx est dépassé voyons !

Ce n’est pas ce que nous dit Jérôme Fourquet dans « l’Archipel français » : il rappelle que si  la gauche socialiste avait appelé au OUI au traité constitutionnel, 74% des ouvriers et 62% des employés avaient voté NON contre 38% des cadres et professions libérales. Un abîme sépare les classes populaires des classes supérieures. Le nier n’est pas sérieux.

Une stratégie purement politicienne
« Nous voulons partir ensemble à la conquête du maximum de villes sur une base écolo, écolo, écolo. On veut construire une alternative pour gagner l’alternance » …nous dit Y. Jadot qui pense à la prochaine présidentielle et aux législatives.  Rajoutant, s’agissant des municipales : « on verra bien au 2e tour qui se rangera derrière nous. » Suivez le guide.

C’est devenu tellement à la mode de dénigrer les partis (mais qu’on a rallié pour devenir ministre ou pour avoir des sièges éligibles) pour faire la même chose dès qu’on se croit en situation de force et qu’on a trouvé la bonne formule, comme Delphine Batho : « L’écologie est la seule alternative à la barbarie et à la progression de l’extrême-droite « 

Rien que ça !

Il va peut être falloir mettre en sourdine les luttes quotidiennes pour le pouvoir d’achat, la justice sociale et fiscale, les inégalités qui se creusent, la démocratie défigurée, la laïcité à la carte, les droits de l’homme piétinés…et se reconvertir en se disant que l’écologie suffit à tout, qu’elle contient tout le reste et qu’elle va réconcilier tout le monde, les riches avec les pauvres !

Ian Brossat, le candidat communiste  a interpelé Yannick Jadot sur BFMTV après sa déclaration : « Rappelle-toi que tu es de gauche, lui a-t-il lancé, « même si on a déjà entendu cette petite musique aux européennes…Je ne pense pas que l’écologie soit soluble dans le libéralisme – car c’est produire n’importe quoi dans n’importe quelles conditions sociales et environnementales – et M. Jadot nous dit qu’on peut faire alliance avec la droite…J‘y vois une espèce d’opportunisme qui est à mon sens inquiétant… »   

C’est bien ce qui inquiète toute une partie des militants d’EELV qui ont la même approche et craignent que l’écologie se perde dès lors qu’elle se confond avec un système économique et politique qui fait quotidiennement la preuve de son incapacité à opérer les changements profonds qu’appelle notamment l’état de la planète et les risques encourus par ses habitants d’aujourd’hui et de demain.

René Fredon

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