Le Liberté : Hugo saisi en plein rêve poétique

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Le promontoire du songe
Hugo saisi en plein rêve poétique

Philippe Berling et le Théâtre Liberté proposent une belle réflexion sur la place de la poésie dans notre vie quotidienne à travers un texte peu connu de Victor Hugo interprété par le comédien Ivan Dmitrieff.

Souvenir lunaire
Invité un jour de l’année 1834 par son ami Arago, directeur de l’Observatoire, à regarder la lune au télescope, Victor Hugo se souvient, longtemps après n’avoir d’abord rien vu sinon « un trou dans l’obscur ». À lire les pages éblouissantes qu’il consacre à la découverte soudaine de la lune, de son relief et du volcan appelé le Promontoire du songe, on comprend qu’il s’agit pour lui de l’un de ses « profonds souvenirs ». Scène primordiale, « secousse du réel », dont il dit la nécessité, fait voir, entre la « lune métaphorique » des poètes et la « lune algébrique » des savants, justement ce qu’on ne pourrait voir autrement, la « mappemonde de l’ignoré », nous rappelant que nous avançons dans l’inconnu mais vers un but mystérieux : « Tout homme dans sa nuit va vers sa lumière »

Lever de soleil dans la lune
Assistant à « un lever de Soleil dans la Lune », Hugo a un éblouissement et voit apparaître tout un paysage lunaire, mentionnant successivement le volcan Messala, le Promotorium somnii, le mont Proclus, le mont Cléomèdes et le mont Petavius. Comme le signalent les éditeurs scientifiques du Promontorium somnii, ces noms sont donnés dans l’ordre de la nomenclature de la carte de Cassini (1625-1712). Cette carte reproduite dans le Magasin pittoresque du 23 mars 1833, était d’ailleurs collée sur un des folios du manuscrit de Promontorium somnii.

Ivan Dmitriev un comédien inspiré
Ivan Dmitrieff n’est pas un inconnu pour les toulonnais. Artiste fin et cultivé, il est aussi auteur de poésies mystiques et un photographe reconnu. Nous l’avions apprécié lors de son dernier spectacle au Théâtre Comedia. A cette occasion on découvrira son talent de comédien en compagnie de Philippe Berling qui revient sur ses terres varoises, lui qui fut un des fondateurs avec son frère et co-directeur du Théâtre Liberté à ses débuts.

Il faudra aux deux complices beaucoup de talent pour puiser et trier avec pertinence dans ce texte touffu et un peu rhétorique d’Hugo. Mais le souffle demeure, cette vision toujours élargie et cette propension à dépasser le propos poétique en de puissantes métaphores sur l’avenir de l’homme et la grandeur de la science s’élargissant en visions prophétiques. Cette anxiété devant l’inconnu, le poète s’en saisit : « je suis un Homme qui pense à autre chose», affirme Hugo depuis Le Promontoire du Songe, « cet effrayant promontoire de la pensée d’où l’on aperçoit les ténèbres ». Hugo, dans ses Proses philosophiques, rappellera la nécessité de la Nuit, à laquelle il faut toujours se mesurer : « L’homme qui ne médite pas vit dans l’aveuglement, l’homme qui médite vit dans l’obscurité. Nous n’avons que le choix du noir. »

Jean François Principiano

« Le Promontoire du songe » texte de Victor Hugo adapté par Philippe Berling (mise en scène) et Ivan Dmitrieff. Avec Ivan Dmitrieff du 12 au 14 décembre 20h salle Fanny Ardant.

Production La Structure, Compagnie Jubilation, coproduction Le Liberté scène nationale de Toulon. Avec le soutien du Théâtre dans les Vignes et l’aide à la résidence du Théâtre de Semur-en-Auxois et du Théâtre Gaston Bernard de Châtillon-sur-Seine.

Infos : théâtre liberté.fr

aux éditions Gallimard

 

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