Parle-moi de Djidjelli

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Dominique Marcoux publie un beau roman sur une famille installée en Algérie dans le petit port de Djidjelli et fait revivre tout un monde pittoresque de personnages attachants pris dans l’aventure coloniale de la fin du XIXème siècle.

Une page d’histoire
Djidjelli est un petit port de pêche au pied des monts de la petite Kabylie, ancien comptoir carthaginois et colonie militaire romaine d’Igilgili. Entouré de montagnes, il devient la première capitale de Khair Eddine mieux connu sous le nom de Barberousse. La présence Turque a laissé de nombreuses traces. En 1663, une expédition menée par François de Vendôme, duc de Beaufort, petit-fils bâtard d’Henri IV, secondé par Duquesne, se termine en octobre 1664 par un échec, malgré un bombardement suivi d’une occupation facile. Le port est alors placé sous administration turque. Les turcs subissent une tentative de renversement en 1803 par une révolte kabyle, mais se maintiennent jusqu’en 1830. A partir de cette date débute la présence française en Algérie.

La colonisation française
En 1839 les français débarquent à Djidjelli. Deux ans plus tard un brick français chargé de blé pour l’intendance s’échoue près de la ville. Les Kabyles s’en emparent et font payer une rançon pour libérer l’équipage. Le 1er bataillon du 2e régiment de Légion étrangère nouvellement créé est envoyé. Le débarquement à lieu le 14 mai et le 17 mai. 200 légionnaires se jettent à la baïonnette sur les Kabyles et les repoussent. Le chef de bataillon le lieutenant Horain est tué. Un groupe ennemi, ayant enlevé le fort Duquesne est chassé par le capitaine de Saint Arnaud. La Légion s’installe alors en garnison. Un Cadi est nommé pour administrer la ville sous contrôle français En 1856, un tremblement de terre détruit entièrement la ville. Elle est très vite reconstruite en 1860 puis rattachée au département de Constantine dans l’arrondissement de Bougie.

Les Alsaciens en Algérie
Plusieurs raisons fondamentales expliquent l’émigration alsacienne vers l’Algérie. La misère en est incontestablement la cause principale. Certaines années, la rudesse des hivers, et les crues, particulièrement celles du Rhin, qui ruinaient les cultures et les habitations, poussèrent surtout cultivateurs et artisans à émigrer. Cette émigration de masse commença le 30 août 1838 Entre le 5 juillet 1830 date de la prise d’Alger et le 30 août 1838, il y eut essentiellement l’arrivée à Alger des émigrants en provenance du Havre. La destination projetée de ces malheureux était les Etats-Unis. Ils furent vraisemblablement détournés vers l’Algérie à cause de l’épidémie de choléra qui sévissait en France et à New-York. L’importance de cette migration fluctua dans le temps. Au cours de la décennie 1860-1870, elle décrut fortement avec l’industrialisation de l’Alsace, notamment avec le développement du pôle industriel de Mulhouse qui augmenta sensiblement l’emploi. Après 1870 certains Alsaciens, fuyant la tutelle allemande après le désastre de 1870, seront incités par la République à venir en Algérie désormais française pour y bâtir des villages. Ainsi près de Djidjelli s’édifie une petite commune de colons baptisée Strasbourg…

Une saga familiale.
C’est vers cette époque que débute le beau roman de Dominique Marcoux. Il s’inspire d’une histoire qui a touché la famille de son épouse dont il a pu retrouver les traces.
Le goût de l’aventure, la volonté de rompre avec la monotonie de sa vie, poussent un jeune Maltais à quitter son île en 1846. A bord d’une goélette anglaise une histoire d’amour se noue, mais il devra être débarqué à Djidjelli avec sa compagne. Des parcelles de terre seront peu à peu attribuées aux migrants venus de France ou du sud de l’Europe, attirés par la perspective d’une vie nouvelle.

Comment ces pionniers vont-ils façonner leur nouvelle patrie ? Une véritable aventure familiale va ainsi naître au fil des ans. Devant le regard songeur de sa grand-mère, sa petite-fille émerveillée a hâte de connaître le passé de sa famille qui, au long du récit, va peu à peu prendre forme. Finalement ses racines ne sont-elles pas aussi enfouies là-bas ? Le fait colonial en lui-même est un acte d’agression, nul ne peut le nier. Par contre ce que les protagonistes ont vécu fait aussi parti de l’Histoire de l’Algérie. C’est dans les plis de la mémoire duelle de cette terre que se déploie ce roman émouvant. Sans parti pris ni esprit polémique, Dominique Marcoux qui a publié déjà de nombreux romans, brosse ici un tableau réaliste de ces pionniers qui ont travaillés, vécus, aimés et soufferts sur cette belle terre algérienne. Nous pouvons vivement recommander ce roman écrit d’une plume alerte et solidement documentée empreinte d’humanisme.

Jean François Principiano

« Parle-moi de Djidjelli » par Dominique Marcoux éditions des Presse du Midi

Infos : domi.marcoux@sfr.fr et 06.46.60.08.89/04.94.15.93.76

 

 

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