La légende noire du soldat O

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Voyage au pays des préjugés contre les Provençaux
La légende noire du soldat O qui sera donnée vendredi 30 novembre au Comedia de Toulon retrace le drame qui s’abattit sur la Provence et sur ses soldats. Devant l’échec de la stratégie choisie par Joffre, l’attaque à outrance et le recul des armées françaises sur tout le front, on accusa les soldats provençaux du XVème corps d’en être responsable en ayant fui devant l’ennemi.

L’histoire d’une injustice raciale
Pourquoi le soldat O est-il mort? Pas au bout des fusils de l’ennemi comme il est naturel dans toute guerre. Mais tombé sous les balles de ses frères d’armes, dans le calme terrible et ordonnancé d’un peloton d’exécution. Exécuté pour l’exemple. Pour la seule raison qu’il appartenait à « l’aimable Provence… »
À la tribune de l’Assemblée nationale le 18 octobre 1919, Georges Leygues ministre de la Marine dira « l’abominable légende créée contre le XVe Corps est un crime ».

Un terrain de mépris préparatoire ?
À qui le soldat O doit-il de n’avoir pas eu le temps de montrer le courage et la loyauté qu’il s’était promis face à l’ennemi ? A Montesquieu ? Michelet, Victor Hugo, Balzac, Taine ou Daudet… ? Au-delà de ses causes circonstancielles, l’ombre de nos grands écrivains n’a-t-elle pas scellé par avance le sort du soldat O ? La stigmatisation du soldat provençal a été rendue possible par la banalisation du mépris racial envers les habitants du sud.

La réhabilitation
Boulevards, places, avenues perpétuent dans plusieurs villes du Midi, la mémoire de ce Quinzième Corps d’Armée accusé de lâcheté au début de la guerre de 14-18 pour la seule raison qu’il était composé de Provençaux et de Corses. Un formidable effet de stupeur avait alors saisi la Provence partagée entre la douleur et l’indignation. Malgré la réhabilitation officielle du soldat O, fusillé pour l’exemple, la plaie demeurera longtemps ouverte.

Du théâtre essentiel
À travers « La légende noire du soldat O » André Neyton imagine le procès des plus emblématiques de nos grands écrivains, philosophes, historiens à travers leurs écrits sur le Sud, bien souvent étonnants de mépris, d’agressivité, d’ironie qui suscitent un rire grinçant et ébranlent les gloires les plus immortelles. Peut-on dire que ces préjugés contre les Provençaux ont disparu ? Tout commence par du mépris, des moqueries sur les accents, sur les modes de vie pour finir par un passage à l’acte. Dans cette pièce qui sera donnée pour la 150 eme fois ce vendredi soir à 20h 45, Neyton fait revivre la mémoire d’Auguste Odde de Six-Fours, victime expiatoire d’une volonté de trouver des boucs émissaires. Au-delà il met en garde contre la pente facile des préjugés et de l’essentialisation. Ce spectacle a obtenu le label de la Mission nationale de la mission du centenaire 14-18.

Jean François Principiano

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