Vinci soigne ses actionnaires…et son emprise sur la ville

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Le 11 octobre dernier Vinci-Autoroutes éditait un supplément publicitaire de 12 pages dans le principal quotidien local consacré à l’élargissement à deux fois trois voies de l’A 57, à la sortie Est de Toulon. Douze pages pour nous convaincre de la nécessité de ces travaux et du soin mis par l’entreprise leader mondial des grosses infrastructures de transport (air, fer, routes), de la conception à la construction puis de la gestion à la maintenance. Le monopole dans toute sa verticalité.

Il ne s’agit pas ici de nier la compétence technique de ses quelques 200 000 salariés déployés à travers 116 pays mais de comprendre les mécanismes par lesquels de très grandes multinationales, à majorité de capitaux étrangers -c’est le cas de Vinci (1)- peuvent étendre leur influence économique sur tous les secteurs vitaux et obtenir des rendements financiers très positifs, alors que notre tissu industriel, agricole et de services … périclite, quoiqu’en dise le maire, président de TPM.

Quelle petite ou moyenne entreprise, quel artisan, quelle exploitation familiale agricole peut-elle se payer 12 pages de pub (ou même le moindre petit encart, à plus forte raison un spot télévisé), pour mettre en valeur la qualité de ses produits ou de ses services, face à des annonceurs de cette taille ?

Lesquels, de surcroît, en soignant leur image, veulent se faire passer pour des bienfaiteurs de l’humanité qui se permettent de financer les projets de leurs clients que sont les collectivités publiques…non par philanthropie mais parce qu’elles sont solvables !

On entend déjà les mis en cause vous dire que de tels tels travaux ne peuvent être réalisés que par de très grosses entreprises et qu’elles font travailler plein de sous-traitants. C’est vrai, à coups de fusions, d’absorptions, de concentrations, de rachats d’entreprises elles sont devenues monopolistes. Elles dominent le marché que les États libéraux ont mondialisé contribuant ainsi à la disparition de nos industries déclarées obsolètes, de notre agriculture trop traditionnelle, de nos services publics qui plomberaient nos finances !

La recherche de main d’oeuvre moins chère devenant l’exercice favori…on en trouve toujours dans ce système ou « compétitivité et profits » sont les maîtres mots du « progrès ». Quel progrès ? Et pour qui ? Falco et ses pairs ne se posent pas ces questions. Ils gèrent au mieux, disent-ils, les intérêts de leurs villes. Ils sont tellement attachés à leurs territoires et à quelques privilèges…ces faux naïfs !

Vinci s’était proposé de financer la fin des travaux du tunnel, il exploite déjà l’autoroute de Marseille à la frontière italienne, le plus cher de France, il a donc obtenu facilement la prolongation de sa concession de 5 ans, jusqu’en 2032. Il se chargera de l’élargissement à la sortie Est de Toulon, sans péage urbain dans ce sens…De l’autre côté, il y aura un échangeur payant à Sanary. Vinci-Autoroutes le réalisera et avancera 42% du coût (37 millions), le reste à la charge des collectivités territoriales (Département, TPM, Agglo Sud-Sainte-Baume) qui rembourseront à terme, l’intégralité.

La privatisation des autoroutes date de 2006 sous Chirac-De Villepin et Vinci a fait une bonne opération de 14,8 milliards, minorée de 10 mds d’euros, selon la cour des comptes en 2009. En dix ans les péages feront un bond de 20% tandis que les effectifs ont fondu d’un tiers, comme la masse salariale.

Et en 2017, le principal réseau, Vinci Autoroutes (ASF, Cofiroute, Escota et Arcour), affiche des bénéfices en hausse sur un an de 28,5% (1,75 milliard d’euros) et des dividendes en progression de 88,5% (près de 4 milliards d’euros !)… constatait Auto-Plus le 28/1/18 !

Un chiffre d’affaires global de 40,2 Mds d’euros en progression de 5,7% sur 2016, ce que son PDG Xavier Vuillard appelle « une excellente performance ». Il prévoit une nouvelle progression du résultat en 2018. « Situation financière solide, carnets de commandes en hausse, environnement porteur… »tout va bien pour les actionnaires contents de leur PDG.
Sur les autoroutes il y a de plus en plus de camions, de pollution aussi, les actionnaires se frottent les mains. Le carburant peut toujours augmenter, ils ne sont guère inquiets.

Côté péage, « ça va taper en 2019″ titrent plusieurs journaux spécialisés. ASF (Vinci) tiendrait la corde avec une prévision de +2,19% (1,40 pour tenir compte de l’inflation, 0,4 du fait du plan d’investissement, +0,39 de rattrapage du gel… »Capital » du 10/8/18)

Le soleil ne se couche jamais sur l’empire de Vinci…et sur d’autres. Il y a de l’indécence et du mépris à afficher de telles évolutions des profits, des grandes fortunes, des rétributions des grands patrons en même temps qu’on réduit le pouvoir d’achat de la masse des citoyens tout en justifiant les licenciements pour simple convenance des actionnaires.(2)

À eux les profits, à nous l’austérité, les privations, le chômage à un haut niveau, l’allongement de la durée du travail et la réduction des retraites, l’insécurité sociale..! Que voulez-vous, c’est la crise. On ne peut rien y faire ? Vraiment ?

Mais c’est la crise de qui ? De la même logique économique dont souffrent les peuples qu’on oppose les uns aux autres, son nom : le libéralisme. L idéologie politique qui la sous-tend, c’est le capitalisme, arrivé à un stade de surproduction, de surconsommation chez les plus solvables et de pénuries majeures chez les plus pauvres, de surexploitation, de financiarisation qui n’a pour seule finalité que le rendement des capitaux privés investis. Et pas du tout un objectif humain de juste répartition des richesses détournées au profit d’une minorité. L’avenir de la planète en dépend.

Pendant combien de temps va-t-on se contenter de râler et de faire comme si on n’y pouvait rien, « ça a toujours été comme ça, tous les mêmes quand ce n’est pas tous pourris, confiance en personne… » et des meilleures. Et il arrive ce qui arrive au Brésil : un émule de Trump et de la manière forte qui nous ramène près d’un siècle en arrière, c’était aussi leur crise, celle de 1929.

Les menaces qui se profilent ne visent pas à changer de système mais à le sauver, à le renforcer pour le rendre plus « efficace » en mettant au pas les récalcitrants, les plus lucides, en les éliminant si besoin. Cela se fait aussi sur tous les continents. On a les mêmes en Europe, en Pologne, en Hongrie, en Lituanie, en Autriche, en Italie…parvenus au pouvoir, et qui grandissent en France, aux Pays-Bas, en Allemagne… se nourrissant des politiques d’austérité de plus en plus impopulaires et du rejet de l’autre. Ils stérilisent les colères populaires.

Les maîtres de la finance sont devenus plus puissants que bien des Etats dont beaucoup les représentent, à l’échelle du monde. Leur avidité, leur soif de pouvoir, leur égoïsme de classe, leurs luttes internes pour dominer le monde et s’approprier ses richesses n’ont de limites que celles que la résistance des peuples sera en mesure de leur imposer sur tous les terrains.

Jusqu’à se passer de leurs services, par la voie démocratique, en rendant crédible un projet de société qui ne se contentera pas de citer notre devise révolutionnaire « Liberté, Egalité, Fraternité » mais qui la mettra en oeuvre résolument, pour nous émanciper collectivement de toutes les aliénations. On est encore loin du compte.

Raison de plus pour s’y atteler. Plutôt que de suivre Jupiter, inspirons-nous de la rébellion de Prométhée, face à Zeus justement, sans jamais se résigner, pour qui l’énergie triomphera du désespoir…la résistance, les souffrances conduiront à la lumière, à la connaissance.

Pour Albert Camus, Prométhée « c’est nous dans notre grandeur, notre présent et notre avenir, c’est ce qu’il y a de grand en l’homme. »

René Fredon

(1) https://www.vinci.com/vinci.nsf/fr/item/finances-bourse-actionnariat.htm

(2) https://www.capital.fr/entreprises-marches/le-salaire-moyen-des-patrons-du-cac-40-a-flambe-1312763

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