Les Salles sur Verdon : Un village englouti

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Un village varois englouti les Salles sur Verdon :
Lorsque la fin d’une communauté villageoise est inscrite au patrimoine national.

Aux confins du Var ce petit village alpin vient d’être honoré collectivement de la très recherchée médaille du patrimoine pour sa tragique histoire qui débuta le 10 septembre 1968 (il y a cinquante ans) lorsque commencèrent les expulsions de l’ancien site médiéval avant son engloutissement dans les eaux du barrage de l’EDF dit barrage de Sainte Croix lors de sa mise en retenue en 1974. Sans rouvrir une plaie qui suinte encore, il est bon en ces jours de mémoires patrimoniales de rappeler le sacrifice consenti à la modernité par toute une communauté dont il ne reste aujourd’hui que quelques descendants directs. En décernant ce label, la République française ne fait que rendre hommage au nom de la communauté nationale de la mort programmée d’une petite communauté alpine. Il n’y a pas que les pierres et les monuments qui sont inscriptibles au patrimoine il y a aussi la mémoire des villages disparus.

Depuis, de nombreuses études historiques et sociologiques ont pris la place des tensions violentes de l’époque (voir photo). Mais souvenons de cet épisode de l’histoire varoise…

Une décision unilatérale, un exploit technique
Construit de 1971 à 1974 (juste avant la crise pétrolière) où il a été mis en service, c’est un barrage en voûte à double courbure en béton. Le lac formé par le barrage est, après celui de Serre Ponçon, la 2ème plus grande retenue artificielle de France, 2 200 ha, soit les 2/3 du lac d’Annecy. Sur les 760 millions de m3 d’eau stockée, 140 sont réservés aux usages agricoles.

Haute de 95 mètres, la voûte est constituée de 55 000 m3 de béton. Ce qui fait de Sainte Croix le recordman de France pour le volume d’eau stockée par m3 de béton. L’eau turbinée à Sainte Croix est déversée directement dans la retenue de Quinson. Pour mieux valoriser le potentiel hydraulique de ces deux ouvrages, la centrale de Sainte Croix dispose d’une turbine réversible de 50 Mw, capable de pomper 52m3/s dans la retenue de Quinson pour remonter l’eau dans la retenue de Sainte-Croix. L’emprise du lac a nécessité de reconstruire le village des Salles sur Verdon, de rétablir 25 Km de route et de créer deux ponts. Certes Le lac de Sainte Croix est devenu le poumon touristique du Verdon près de 40 000 touristes séjournent chaque jour autour du lac en période estivale. Mais…

Une opposition farouche
L’opposition au projet (qui date du début du siècle) a pourtant toujours été très forte, mais que peuvent ces villageois du fond de la campagne provençale contre une entreprise d’état, portée par les intérêts d’une grande partie de la région et chauffée à blanc par un capitalisme libéral triomphant. Les trois villages directement menacés par la naissance du lac de Sainte-Croix, Les Salles, Bauduen et Sainte-Croix luttent ensembles pendant 6 ans jusqu’à ce qu’une révision de la hauteur d’eau finale, en abaissant la profondeur du lac, n’isole Les Salles sur Verdon qui se retrouve le seul véritablement menacé. (diviser pour affaiblir). En 1968, EDF procède donc aux premiers achats de terrains. La fin est programmée.

La reconstruction insatisfaisante.
Les Salles sur Verdon, malgré les cris et les pleurs de ses habitants, est détruit, et en partie reconstruit plus haut dans les collines, sur le plateau de Bocouenne. Les villageois indemnisés se sentent pourtant spoliés : leurs terres, riches des truffes qui apportent des revenus complémentaires à ces agriculteurs, ont été sous-évaluées. L’indemnisation pour la destruction de leurs maisons, avec un abattement pour vétusté forcément considérable dans ces vieux villages, ne permet pas à de nombreux habitants de racheter des maisons neuves dans le village reconstruit livré à la spéculation immobilière.

Le temps passant…
Le lac de Sainte-Croix commence donc à se remplir. Dès novembre 1973 le niveau des eaux monte pour arriver à sa côte finale courant 1974. Une nouvelle vie commence alors pour la vallée du Verdon qui n’est pas seulement devenue une réserve d’eau pour l’irrigation ou les grandes cités du Var, mais aussi un pôle d’attraction majeur du tourisme varois. Le paysage créé par le lac, les dimensions imposantes de l’étendue d’eau, le caractère typique des villages sauvegardés, la proximité des gorges du Verdon composent en effet un territoire qui séduit les touristes amoureux de la nature, et décidés à fuir les foules qui s’entassent sur les côtes .Mais c’est précisément cette évolution qui passionne les chercheurs de Nice, Marseille ou Montpellier. Les Etudes foisonnent jusqu’à la bibliothèque de l’Université de Columbia aux Etats Unis qui organise un colloque sur « le renversement d’une habitude paysagère. » Car la grande question demeure : en moins de cinquante ans on est passé d’une économie traditionnelle équilibrée à une économie de tourisme estival quasiment de masse. Et tout le monde semble l’avoir accepté chacun y trouvant son compte. Il y aurait donc un déterminisme positif du ressenti de l’évolution de l’environnement qui permettrait de justifier l’optimisme de certains climato septiques ?

Pour avoir la réponse il faudrait pouvoir interroger les témoins de l’époque, se souvenir de leur désespoir, analyser le sens de leur combat. Ce que présente avec une certaine objectivité l’expo visible en permanence au nouveau village de Salle sur Verdon.

Jean François Principiano

et
http://www.lessallessurverdon.com/

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