TPM installe une clinique privée sur l’ancien marché de gros

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Sainte-Musse : TPM installe une clinique privée sur l’ancien marché de gros

La première pierre a été posée vendredi 20 avril 2018, en présence d’Hubert Falco, président de TPM, propriétaire du terrain, du directeur de l’Agence régionale de santé (ARS), Claude D’Harcourt et de celui du groupe Orpéa-Clinéa, Marc Laydet, groupe spécialisé dans les services de soins de suite, la psychiatrie, les maisons de retraite.

Quel symbole de voir (VM 20/4/18) le président de TPM poser la 1ère pierre d’un établissement privé de santé sur un terrain public ! Au moment où l’hôpital public de Sainte-Musse manque cruellement de lits d’accueil et de suite, de personnels soignants et non soignants, où les urgences sont dans le rouge, il a fait le choix d’ouvrir à proximité une clinique privée appartenant à un groupe de taille internationale (9 structures dans le Var) qui regroupe deux de ses établissements de Hyères et de Carqueiranne sur le site de l’ancien marché de gros de Sainte-Musse, destiné au terminal des trams.

Quand on connaît le prix du foncier à Hyères, l’institut Hélio-marin se trouve sur la plage et à Carqueiranne, le centre diététique St-Jean en est tout près, on ne peut s’empêcher de penser à une opération immobilière intéressante qu’on aimerait transparente (prix d’achat et de vente des deux propriétés qui datent des années 1970 et prix d’achat ou de location du terrain public ?) doublée d’une opération politique tendant à privilégier le privé plutôt que de faire face aux besoins du public dans un hôpital-référence déjà saturé et connaissant une situation financière fragile. Ce qui est le lot de l’immense majorité des hôpitaux publics.

On a même vu, le mois dernier, la clinique privée Saint-Jean contester devant le tribunal administratif l’attribution, en 2014 par l’ARS, d’une IRM ostéo articulaire à l’hôpital public de Sainte Musse, en service depuis 2016 ! L’IRM restera à Sainte-Musse mais c’est dire jusqu’où la politique de privatisations, accélérée par ce gouvernement, peut rendre fébrile le secteur privé qui gère déjà, dans le Var, près de 40% des lits d’hospitalisation et talonne le public !

D’ailleurs dans son discours vendredi, le directeur de l’agence régionale de santé a enfoncé le clou : « Toulon pose les jalons de l’offre de soins correspondant aux priorités actuelles du pays…regrouper les moyens n’est pas le signe d’une régression, au contraire, c’est une manière…d’être plus efficients». Il ne veut surtout pas sortir de cette logique libérale a-t-il répété récemment à Marseille en déclinant les projets gouvernementaux. Comme disait le directeur de la Générale de santé à La Marseillaise (4/4/13) : « un bon projet, c’est d’abord un bon actionnaire ».

Autrement dit, privatiser le plus possible les activités de soins les plus rentables, c’est effectivement dans l’air du temps. On a quelque raison de s’en inquiéter. On voudrait nous faire croire que les activités marchandes, donc à but lucratif, dans ce secteur, pourraient coûter moins cher que dans le public qui ne rémunère aucun actionnaire et reçoit tous les malades, quelles que soient leurs conditions sociales et leurs origines. Un humain égal un humain.

Ce projet de regroupement chemine depuis quelques années, il comprend une clinique post-soins de 200 lits, 28 places d’hôpital de jours…Fin 2016, Hubert Falco avait levé le voile sur ce projet qui prévoyait également un hôtel de 106 chambres, une résidence service de 79 lits, un restaurant, une pharmacie, une boulangerie…le tout sur une surface de 3 ha. Il justifiait cette opération comme « une solution santé supplémentaire…qui permettra vraisemblablement de libérer des lits en longs séjours à Sainte-Musse ». (1)

On a plutôt le sentiment que, sur un terrain public, une opération immobilière se met en place et que, pour la faire accepter par les contribuables, on leur dit qu’on va pallier en même temps les besoins de santé que l’on ne veut pas confier à l’hôpital public mais à des investisseurs privés qui vont rentabiliser l’affaire à leur seul profit !

Hubert Falco assume et agit dans ce sens : plus les choix libéraux d’austérité mettent à mal nos services publics, plus ils en profitent pour les privatiser, même ceux qui, comme la santé, n’ont pas à priori de vocation marchande, pas plus que nos écoles. Ce qui ne signifie nullement laxisme dans la gestion de l’argent public grâce auquel la sécurité sociale les finance. Bien au contraire.

Le choix d’Orpéa, leader français et européen de la prise en charge des personnes âgées, (dont on sait à quels scandales elles sont exposées, faute de personnels) n’est pas innocent. Les droits syndicaux, les salaires et les conditions de travail « y sont particulièrement malmenés. On y préfère le syndicat-maison, « Arc en ciel » avec lequel le dialogue social est plus docile. On aimerait savoir quelle incidence sur l’emploi des deux structures va avoir leur regroupement à Sainte-Musse ?

On n’est décidément plus dans un État social, puisque Macron comme ses prédécesseurs a fait le choix de se débarrasser des services publics au lieu de les développer et de les moderniser. On s’en écarte de plus en plus et pas que dans le domaine de la santé. D’où le mouvement social actuel.

Des masses de capitaux échappent à l’impôt mais pas à leurs détenteurs que l’on nous présente comme des bienfaiteurs de l’humanité, des modèles à imiter…Leurs centaines de milliards seraient très utiles au désendettement et à l’investissement dans les services publics notamment.

Hubert Falco se signale par sa propension à privilégier les privatisations à travers les DSP (délégations de services publics), les nombreux chantiers ouverts aux géants du BTP et, en plus il brade le domaine public. La chambre régionale des comptes avait mis en évidence les conditions de la vente du site de Font-Pré à Bouygues pour y construire l’éco-quartier de quelques 750 logements, dont très peu destinés à la location vraiment sociale.

Elle avait relevé des conditions très défavorables à l’hôpital public dont la gestion avait été sérieusement épinglée (2) : « écarts entre les prix de cession et l’estimation des Domaines, pas de mise en concurrence, dérive du coût de construction du nouvel hôpital (125 à 308 Millions d’euros) » !

Le président du comité de surveillance de l’hôpital public et de TPM n’était pas obligé de récidiver en parrainant un nouvel établissement de santé privé.

René Fredon

(1) https://www.pressreader.com/france/var-matin-sainte-maxime-saint-tropez/20161213/281732679120885

(2)https://www.ccomptes.fr/fr/documents/30994

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