Pizzorno téléguiderait-il la grève de ses salariés ?

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Après avoir rencontré les représentants de la préfecture, le 23 janvier, trois syndicats CFDT, CFE-CGC et CFTC de Pizzorno lançaient un appel à la grève à partir du 5 février pour que l’exploitation du site du Balançan au Cannet-des-Maures, soit prorogée, contrairement aux décisions envisagées de longue date, à la demande du maire de la commune de Cannet des Maures et d’autres élus sensibles aux nuisances en plein massif des Maures, classée réserve naturelle.

Le contentieux dure depuis plus de 20 ans et le moins qu’on puisse dire, c’est que la majorité de droite gérant le département et la grande majorité des communes a fait beaucoup pour faciliter l’exploitant, le groupe Pizzorno qui a fait dans le Var une ascension fulgurante. Et pas que dans le Var.

Mettant en avant la cinquantaine d’emplois du site du Cannet, les syndicats menacent de paralyser la collecte des ordures dans…98 communes du centre et de l’Est-Var. Cela fait les 2/3 des communes du département. Empressons-nous d’ajouter que le dernier tiers (TPM, le syndicat du Gapeau et celui de la Sainte-Baume) est aussi, pour l’essentiel la chasse gardée du groupe Pizzorno qui, en plus de la collecte, gère l’unité de valorisation énergétique de Lagoubran, ce qui n’était pas franchement sa spécialité.

Dès le premier jour, l’un de ses directeurs, Hervé Antonsanti a fait savoir que « Pizzorno-Environnement comprenait l’inquiétude de ses salariés face au silence et à la position exprimée par le préfet d’exporter les déchets hors de la région, fin 2018, au détriment de l’exploitation du Cannet des Maures » (VM 1/2/18)

Dieu que la grève est jolie quand elle coïncide avec la stratégie du patron qui consiste « à se donner le temps de mettre en place une solution intelligente. »

D’autant que le groupe sait pouvoir compter sur le soutien du président départemental de l’association des maires, Jean-Pierre Véran qui, dès le lendemain du préavis proposait « une convention qui permette de conserver une activité au Balançan, le temps de finaliser les projets de traitement locaux. Ils ont pris du retard… » Pizzorno ne dit pas autre chose.

Même son de cloche du président du Sidev André Guiol (42 communes du Haut et centre-Var) qui a initié un projet de traitement (Technovar) à Brignoles qui pourrait fonctionner d’ici 5 ans. Le préfet doit acter un nouveau plan d’intérêt général. Et comme il prévoit que le mouvement de grève pourrait durer, il demande aux gens de ne pas sortir leurs déchets de chez eux. C’est-y pas mignon ça. Il en remercierait presque les grévistes !

Il est beaucoup moins complaisant avec les grévistes hospitaliers ou de Carrefour, ne parlons pas des cheminots qui » prennent les usagers en otage ». Quelle horreur !

Seul le maire UDI du Cannet, Jean-Luc Longour, parle « d’une instrumentalisation des travailleurs à qui on fait organiser un blocage disproportionné…Je n’ai pas voulu rencontrer l’intersyndicale qui, selon moi, porte la voix de la direction… Cela fait dix ans que les élus doivent faire face à une situation de monopole de Pizzorno entreprise privée qui n’a pas de comptes à rendre aux administrés. Le public doit prendre la main. Nous avons un préfet courageux qui estime que le Balançan doit fermer. Alors il fermera. »

L’Union départementale CGT dénonce « une manoeuvre orchestrée par Pizzorno pour tenter de sauver son site du Balançan parce qu’il ne répond pas aux normes environnementales. La question de l’emploi est bien réelle chez Pizzorno. Le groupe licencie, maltraite ses salariés, ne respecte pas les effectifs prévus dans le cahier des charges des contrats signés avec les communes… »(1)

La CGT rappelle qu’en novembre 2011 « un cabinet d’expertises avait constaté la présence d’agents chimiques et métaux lourds, ruissellements des eaux non maîtrisés, pollutions des eaux souterraines et de surface, contaminations des couches sédimentaires… »

Dans la foulée, le tribunal administratif avait annulé l’arrêté d’exploitation du site. Et faute de solutions à court terme, le préfet de l’époque avait été dans le sens du département qui avait la compétence, de poursuivre le provisoire. Pizzorno se frottait les mains tout en se remplissant les poches.

Car, la Chambre régionale des comptes a relevé, dans l’un de ses rapports, combien le groupe était en situation de monopole, facilitant les petits arrangements sur les prix majorés, les appels d’offres non respectés, les prestations fictives encaissées, les conflits d’intérêts avec des députés UMP rémunérés (Léotard) et un autre (Ginesta) toujours assureur du groupe !…Ce n’est pas si vieux.

Quant à l’actuel préfet Jean-Luc Videlaine, le voilà bien embarrassé. Interrogé ce lundi par VM dans le contexte de cette grève si sympathique au patron et à des élus très compatissants (enfin pour la grande majorité) il a précisé qu’il avait fait valoir aux élus et à l’entreprise, à deux reprises que leur solution d’extension sur le site était incompatible avec le plan local d’urbanisme et que « le PIG (plan d’intérêt général) était inopérant compte tenu des délais ».

Tout comme la convention proposée par Jean-Pierre Véran dont il ne voit pas les contours et « ce qui est certain, c’est que le maire du Cannet-des-Maures devra être partie prenante dans l’élaboration de ce document… » Autrement dit : mission impossible ! Quant aux autres sites (Bagnols et Brignoles), « ils ne seront pas exploitables avant l’arrêt de l’exploitation du site… »

Son sentiment personnel, il l’a clairement formulé, va dans le sens inverse de ce qui lui est demandé. Mais « sa fonction consiste aussi à voir le réel, juridique et technique… » dit-il avec tout le respect qu’il porte aux élus.

On ose espérer qu’il ne suivra pas les exemples de quelques-uns de ses prédécesseurs, fermant discrètement les yeux sur des pratiques condamnées par la justice et même par les services de l’État au profit d’un laxisme qui nous vaut d’en être toujours là.

Il y a des retards bien organisés tout de même. De quoi décourager les citoyens de croire en la parole publique. Le Var aura même connu la première grève soutenue avec enthousiasme par le patron d’un groupe de plus de 4 000 salariés, au prétexte de la défense de l’emploi !

Que c’est rassurant d’avoir un grand patron aussi compréhensif.

René Fredon

(1) http://cgt-pp-grimaud.overblog.com/2018/02/communique-de-l-ud-cgt-var-sur-la-greve-chez-pizzorno.html

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