Sauvegarde-retraites : La manipulation dans tous ses états : un enjeu explosif !

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Un ami retraité du privé vient de recevoir une lettre concernant la réforme des retraites 2018, assortie d’un questionnaire et d’un appel à dons de l’association « Sauvegarde-retraites » dont le combat depuis les années 2000 consiste à demander l’alignement de toutes les retraites sur celles du privé et donc le démantèlement pur et simple du régime de retraite de la fonction publique, plus favorable en effet.

Cette opposition entre le public et le privé indique déjà que cette association qui se prétend apolitique prône un conservatisme extrême non dissimulé, qui ne vise pas à garantir notre système de retraite par répartition mais à le liquider -tout en prétendant le contraire- la première fusée étant de mettre fin au système le plus avantageux en faisant des salariés de la fonction publique des privilégiés qui vivraient aux dépens des retraités du privé, moins bien lotis !

Apparue fin des années 1990, cette association manifestait, à l’appel de « Liberté chérie », une nébuleuse ultra-libérale, en faveur des réformes des retraites Chirac-Juppé-Balladur-Fillon, pour les aider à « faire sauter le verrou des syndicats » encore puissants et généraliser au public les conditions de retraite imposées au privé. Déjà.

En 2018, rien n’a changé si ce n’est que Macron, avec sa réforme, leur paraît encore plus proche de leurs objectifs et leur donne de nouvelles raisons de pousser dans son sens le plus loin possible, pour « rétablir justice et équité entre tous les Français »! Le discours est en tout point le même.

Belle opportunité pour ce satellite de la galaxie utraconservatrice de jouer la mouche du coche trop heureuse de voir son combat légitimé en quelque sorte.

Toute la lettre n’est que plaidoyer pour dresser le retraité du privé contre son collègue du public. Le premier, disent-ils, travaille plus longtemps (en moyenne), pour une retraite moindre et plus tardive, pas garantie comme celle des agents publics « payés par vos impôts ». Et pour faire bonne mesure la délicate déléguée générale écrit que … »vos caisses de retraite du privé sont aussi mises à contribution… »

Et de rappeler, s’il en était besoin, « qu’en 2003, en 2007, en 2007, en 2010 ou en 2013 nous avons été en première ligne pour mener la bataille contre les syndicats du public… » taxés de privilégiés. « Ils ne reculeront devant rien pour que la réforme ne passe pas. » La fonction publique, les services publics, voilà leur ennemi : salariés du privé, qu’en pensez-vous ?

Misérable discours, hélas encore trop dans l’air du temps ! Macron peut compter sur tous les libéraux de conviction comme cette association le revendique.

Au moins annoncent-ils la couleur : « ensemble nous pouvons pousser le président et son équipe à tenir leurs promesses de campagne ! » Est-ce bien la peine ? Le président vient de promettre, le 22 janvier 2018, solennellement, devant la Cour des comptes, « de finaliser la réforme des retraites et de l’action de l’État afin de réduire le déficit public…d’ici l’été 2019 ». Et pour être plus précis, il a ajouté que « ce vaste chantier devra permettre de passer des 37 régimes actuels à un régime simplifié et lisible. »

L’association trouve normal que les baisses de cotisations prélevées sur les salaires soient compensées par la hausse de la CSG (+1,7%). Il ne s’agit donc pas d’une augmentation de salaires, mais « d’un pas de plus vers la fiscalisation et la privatisation de la protection sociale par le recours aux assurances privées… » comme le note l’USR-CGT.

De plus, ni le président ni l’association n’envisagent une seconde de s’attaquer au monopole des banques privées, aux paradis fiscaux, aux parachutes dorés, aux dividendes (généreux en France), aux bonus, aux niches fiscales, à la fraude aux cotisations patronales, ni même au chômage de masse qui prive les caisses de retraites de recettes considérables qui manquent à la protection sociale et aux retraites.

Leur créneau n’est manifestement pas la solidarité entre tous les retraités d’une part, pour une meilleure retraite et, d’autre part, les assurés sociaux pour une protection sociale de haut niveau garantie à chacun tout au long de la vie. Ce qui suppose une inversion du financement du capital vers le travail. Ils font exactement l’inverse.

Alors que c’est l’insécurité sociale, la faiblesse des salaires, des minima sociaux et des retraites qui constituent la première des préoccupations des Français.

Le bon sens populaire a compris, malgré ce matraquage sur le « déficit » et les prétendus « privilèges » de certains dans la fonction publique (?) que ce n’est pas en prenant dans la poche des uns pour en donner encore moins à tous, que l’on va résoudre les problèmes sociaux. Bien au contraire, on accroit toutes les inégalités..

Ce que tous les gouvernements, depuis les années 80, cherchent à remettre en cause, c’est la notion de retraite comme continuation du salaire, selon ce qui existe dans la fonction publique civile et militaire : 75% du salaire des 6 derniers mois (hors primes). C’est cela qu’ils veulent effacer, surtout pas étendre !

Ils avancent la notion de salaire différé, d’épargne-prévoyance que chacun se constituerait à la carte, c’est-à-dire, en fonction de ses choix, si tant est que chacun ait les mêmes possibilités d’épargne. Ils fantasment : « je travaille le temps que je veux, je cotise pour ce que je décide et je touche proportionnellement au temps et au montant que j’ai épargné… » Le comble de la « liberté », n’est-ce pas, comme aux Etats-Unis ? Non, le pire des dangers pour tous, à commencer par les plus fragiles socialement.

C’est vers ça que nous entraîne Macron et les libéraux aux antipodes de la justice sociale et de la réduction des inégalités. Ils s’appuient sur une situation comptable découlant des réductions des cotisations sociales que les patrons réclament et obtiennent et que Macron vient de renforcer. Alors que la croissance et les déficits budgétaires, même réduits, ne permettent pas de rééquilibrer les comptes des caisses de retraites, vu le niveau du chômage et la baisse des cotisations !

Seuls les comptes des actionnaires connaissent des hausses spectaculaires chaque année.

Et, comme les précédents, ce gouvernement veut en faire suppporter les conséquences…aux salariés, aux chômeurs et aux retraités. Tel est le mécanisme infernal qui leur sert d’argument pour renforcer l’austérité pour le peuple tandis que les très riches étalent leurs profits, leur trop-plein de fric qu’ils se gardent pour eux.

« Sauvegarde-retraites » offre ses services à Macron et cherche à manipuler les salariés du privé pour une bien basse besogne. Mieux vaut être prévenu.

René Fredon

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