Les voeux de Macron : N’en jetez plus…

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« Aux grands hommes l’on devrait rendre hommage
On ne devrait pas croire leurs discours. » Bertolt Brecht

Avec tout le respect que l’on doit au Président de la République, légitimement élu et à la tête d’un groupe majoritaire à l’assemblée nationale, on ne peut laisser dire qu’il a été élu par une majorité, au second tour, sur la base de son programme !

On comprend bien qu’il veuille faire oublier la faiblesse de son score du 1er tour : 23,72% des exprimés, 18,01% des inscrits. C’est ce résultat-là qui exprime l’adhésion des citoyens à son programme.

Le second tour est un résultat par défaut, pas sur le choix d’un programme. Sur l’élimination du candidat qu’on ne veut pas voir à la tête de l’État.

C’est ainsi que la démocratie est contournée pour ne pas dire bafouée car elle est conçue autour de la présidentielle, pour rabattre sur le premier toutes celles et ceux qui ne veulent pas du second. Puis le premier leur demandera de confirmer leur vote en lui donnant une majorité législative pour qu’il applique son programme ultra-minoritaire.

Telle est la tare fondamentale qui condamne la Vè République et qu’il est grand temps de réformer !

Pour ses premiers voeux, très solennels, Emmanuel Macron avait pris des accents gaulliens pour expliquer sa politique, écouter les autres voix discordantes certes, mais réaliser ce pourquoi les Français l’ont élu ? Il ne leur avait pas dit qu’il supprimerait les APL et allégerait les impôts des riches !

Il a opté pour la solennité, assis depuis l’Elysée, du grand classique. Oubliée la déambulation décontractée dans les couloirs. Retour à une image plus sobre que celle du « président des riches » : la France est dans la bonne trajectoire… grâce à la vision du jeune président-monarque, qui accélère ses réformes et porte haut le pays en Europe et dans le monde.

Il a besoin de la cohésion du pays, de toutes ses catégories sociales. Un petit paragraphe pour les soldats en mission, les forces de l’ordre, les personnes isolées, les handicapés, les SDF, les migrants. On aura même retenu qu’il n’ y aura plus de sans logis d’ici la fin du premier mandat ! Tous les présidents l’ont dit, depuis l’abbé Pierre en 1954, aucun ne l’a fait.

Idem pour le chômage. On les entend encore dire à chaque élection que leur seule préoccupation, c’est de faire reculer le chômage. Avec le succès que l’on voit.

Et la première disposition de Macron c’est de permettre aux patrons de licencier plus facilement et de réduire les pouvoirs et les droits des salariés au lieu de faire l’inverse ! Résultat : le chômage reste à un haut niveau, la précarité devient la règle mais…les patrimoines et les revenus des très riches se portent au mieux en France et dans le monde.

Pas forcément le monde des petites et moyennes entreprises. Mais depuis l’Élysée, il est plus facile de faire les questions et les réponses, rien ne le détournera de sa route, dit-il. Les inégalités se creusent partout mais en dehors de phrases creuses, « je veux que chacun ait un emploi et une formation… » il est à contresens et renforce la sélection sociale.

Tout comme lorsqu’il prétend donner du pouvoir d’achat à tout le monde en même temps que l’on annonce les augmentations du gaz, de l’essence, des contraventions … après la CSG, l’envol des prix de l’immobilier donc des loyers non réglementés, des charges et les attaques sans précédent contre le logements social. Il brade nos services publics. Met à mal les collectivités territoriales. Et on est loin d’avoir tout vu.

Déjà les ordonnances donnent des ailes aux entreprises. Elles s’appuient sur le nouveau code du travail et ses dispositions qui accroissent les pouvoirs patronaux sur les salariés, réduisent les délais des procédures avec la rupture conventionnelle collective et les montants des indemnités en cas de licenciements abusifs !..

Le président n’est pas descendu à ce niveau, l’intendance c’est le gouvernement. Lui c’est le cap et la méthode. Et les corrections de trajectoire si l’opinion se manifeste. Il est là pour la rassurer, la diviser et entretenir les illusions.
Lourde tâche.

René Fredon