Le FN inspiré par l’Autriche

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Le FN inspiré par l’Autriche
Il cherche des alliés à droite !

Qu’on se le dise, le vice-président du FN, Louis Aliot est très intéressé par l’entrée du FPÖ, fondé par d’anciens nazis, dans le gouvernement autrichien de droite. C’est ce qu’il a déclaré mardi 19/12 sur BFMTV et RMC. Pas vraiment surprenant.

Il n’exclut pas une entente du FN « avec diverses personnalités d’ailleurs, dans la droite actuelle ». Pas nouveau. À la présidentielle il avait choisi Dupont-Aignan comme 1er ministre au cas où…histoire de ratisser plus large.

Cela ne fait que confirmer que c’est bien à droite qu’il cherche des alliances, le parti d’extrême-droite qui a prétendu mordicus pendant si longtemps qu’il n’était « ni de droite ni de gauche » ?

Beaucoup l’ont cru qui prenaient pour argent comptant ses critiques des politiques impopulaires menées par des gouvernements de droite et d’autres prétendûment de gauche qui ne s’en distinguaient pas. Les discours du FN sont émaillés de quelques slogans empruntés à la vraie gauche, pour semer la confusion et passer pour des opposants au système…capitaliste, mot qu’ils ne prononcent jamais. Et pour cause.

Ils en sont l’aile la plus radicale mais ils affectionnent les contes de Perrault, particulièrement le Petit Chaperon rouge…quand le loup, déguisé en grand-mère après l’avoir dévorée, attend la petite-fille !

En Autriche, l’extrême-droite affiche la couleur et vient à nouveau d’être appelée au gouvernement. D’anciens SS, privés de leurs droits civiques, ont été à l’origine de la création de ce parti.. »de la liberté » (FPÖ), en 1956, pourfendant les partis traditionnels et réclamant le rattachement de l’Autriche à l’Allemagne (ça ne vous rappelle rien ?).(1)

Puis après une période où le FPÖ se donne des allures plus présentables, il est invité, en 1983, à faire partie d’une coalition gouvernementale à l’initiative du chancelier…social-démocrate Fred Sinowatz ! Forts de cette légitimation encombrante aux yeux de l’Europe et du monde qui dura tout de même 14 ans, le FPÖ retrouve des couleurs très nationalistes et s’allie avec la droite. Le SPÖ (PS Autrichien) essayant de faire oublier son initiative politique très compromettante.

En 1986, un autre jeune admirateur des SS arrive à la tête du FPÖ. Jorg Haider qui, trois ans plus tard sera élu président de la région de Carinthie sur des mots d’ordre antisémites, islamophobes, xénophobes et pan-germanistes, faisant l’éloge de la politique de l’emploi du IIIè Reich !!

Il portera l’influence du FPÖ à 27,41% aux régionales de 1999 et à 26,91 aux législatives de décembre 1999 ! Juste derrière le SPÖ (socialistes) et à égalité avec la droite, les néo-nazis progressant de 5 % ! Haider mourra en 2008 dans un accident de la route, après avoir crée un autre parti en 2005 perturbant momentanément un électorat très conservateur.

Un troisième néo-nazi a pris la direction du FPÖ, Heinz Christian Strache, qui va réussir à sortir le parti de sa crise interne. Son candidat, Norbert Hofer, fera 46,2% au 2è tour de la présidentielle en 2016 sur fond de déferlement islamophobe, anti-migrants, sécuritaire, ultranationaliste…!

Et, le 17 décembre 2017 Heinz-Christian Strache est nommé par le chancelier de droite Kütz, vice-chancelier d’Autriche et ministre de la Fonction publique et des sports, trois autres membres obtenant des ministères régaliens (Intérieur, Défense, Affaires étrangères…).

Une date qui pourrait devenir historique, hélas. Et qui sera à mettre au débit de cette Europe néo-libérale, de ses échecs économiques, sociaux, écologiques et politiques qui a choisi de servir la finance en mettant les peuples en concurrence et au régime sec de l’austérité, tandis que flambent les profits privés. Et que la corruption a pris le pas sur la contestation. Provisoirement, espérons-le ?

C’est à ce « succès » que se réfère M. Aliot, pour replâtrer la fracture post-électorale qui perdure. Dans une Europe qui craque de partout, en proie à un vent mauvais qui souffle à l’Est comme à l’Ouest et bien au-delà. L’Autriche lui redonne de l’espoir.

L’Allemagne aussi est en crise après l’entrée en force d’une extrême-droite au Bundestag. Et que dire de la Pologne et de la Hongrie dirigées par une droite…extrême, montrées du doigt par le très libéral exécutif européen qui menace de priver de droit de vote la Pologne membre de l’UE depuis 2004 pour les « écarts » de sa réforme judiciaire avec le traité de Lisbonne ? C’est dire.

Mais ils laissent le ver gangrener le fruit de l’intérieur en banalisant des propos et des pratiques ouvertement racistes, xénophobes et discriminatoires jusqu’à l’apologie du nazisme, comme en Autriche…au nom de la démocratie !

L’évènement n’inspire guère l’Elysée, le président préférant déambuler avec un journaliste très complaisant qui lui sert aimablement de faire-valoir.

À méditer toujours, cette phrase de Bertolt Brecht dans « la résistible ascension d’Arturo Ui », parabole sur la montée de Hitler, écrite en 1941 : « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde »

Qui aurait pu penser qu’elle pourrait redevenir d’actualité…75 ans après ?

René Fredon

(1)https://www.lci.fr/international/autriche-5-choses-a-savoir-sur-le-fpo-ce-parti-fonde-par-d-ex-nazis-de-retour-au-pouvoir-heinz-christian-strache-sebastian-kurz-2073707.html

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