Allemagne : une crise politique majeure

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Deux mois après les élections législatives du 24 septembre, l’Allemagne n’a toujours pas de majorité pour gouverner ! Du jamais vu depuis l’après 2è guerre mondiale et l’élection du premier chancelier Adenauer en 1949 qui symbolisera la souveraineté retrouvée d’une Allemagne ancrée à l’Ouest, la réconciliation franco-allemande et les premiers pas de la construction européenne.

Angela Merkel a réalisé son plus faible score avec moins de 33% (CDU 26,8 et CSU 6,2, la CDU en baisse de 7,3% des suffrages) tandis que le SPD chutait à 20,5% (-5,2%) et quittait la coalition au pouvoir (CDU-SPD-CSU en Bavière) élue le 17 décembre 2013 qui disposait de 79,8% des sièges !

Mais ce qui constitue un tournant politique des plus inquiétants, c’est le résultat de l’extrême-droite, l’Alternative für Deutschland (AfD) 12,6% (+7,9) qui fait une rentrée fracassante au Bundestag avec 94 députés !

Un parti ouvertement nationaliste, raciste et xénophobe que le FN s’est empressé de féliciter et dont il partage l’essentiel des idées.

L’AfD affirme clairement ses convictions ultralibérales : la suppression de tout salaire minimum, de tout impôt sur la fortune, les sociétés et les successions, le soutien au secret bancaire, l’annulation de l’accord de Paris sur le climat et, mot d’ordre central, le refus des migrants avec quotas annuels d’expulsions, une immigration très encadrée, l’islam étant par ailleurs considéré hors du champ culturel de l’identité contemporaine allemande inséparable de l’ordolibéralisme en économie.

Ils ne font pas mystère de pallier le vieillissement de la population en repeuplant l’Allemagne à partir des Allemands de souche ! Une de leurs affiches est particulièrement explicite : « De nouveaux Allemands ? Nous les faisons nous-mêmes ! » A vous donner froid dans le dos.

L’AfD considère que la position dominante de l’Allemagne est menacée par une Europe que Merkel mène à sa perte parce qu’ouverte à trop d’États inégaux qui absorbent plus qu’ils ne contribuent à sa richesse. Qu’elle ne pourra plus bientôt maîtriser la politique monétaire et austéritaire qu’elle impose aux peuples et que, pour ces raisons, il est urgent de quitter la zone euro et de revenir au mark.

L’AfD a su exploiter, dans l’ex-Allemagne de l’Est, la situation sociale dégradée qui n’a pas été rééquilibrée en 27 ans, créant un sentiment de frustration d’autant plus vif qu’était forte l’attraction de la partie ouest de l’Allemagne.

Ce qui ne fait que renforcer le nationalisme économique et libéral allemand porté par tous les partis au pouvoir et la tendance forte à alimenter le mythe de l’Allemagne qui a réussi le « miracle » de son redressement…en étant dispensée de s’acquitter de payer les dommages de guerre qu’elle avait imposés au monde. Certains pays comme la Grèce ne s’en remettent pas.

Qu’on ne nous dise pas que nous exagérons la portée de cette crise à la fois sociale, économique, écologique et politique qui fragilise à son tour l’Allemagne, pour discréditer l’Europe et raviver des plaies encore très présentes dans les esprits.

Au contraire, c’est la construction même de cette Europe-là qui s’avère la cause profonde du décrochage des peuples soumis à rude épreuve sous les diktats de la finance et des multinationales. Des peuples qui en subissent directement les conséquences en termes de dégradation de leur pouvoir d’achat, de leurs protections sociales, de leur cadre de vie, des inégalités qui se creusent entre eux et à l’intérieur de chacun, tandis que les profits, les très hauts revenus et les grandes fortunes atteignent des niveaux inégalés !

Et, comme l’histoire nous l’a appris, il n’y a rien de plus classique que d’opposer les peuples entre eux jusqu’à les faire se battre pour le compte de ceux qui décident des guerres mais qui ne les font pas.

Le vote tout récent au parlement européen pour ne pas utiliser le glyphosate, reconnu cancérogène, est une illustration de cette guerre économique scandaleuse qui se mène, au détriment de la santé des consommateurs et des utilisateurs, les cultivateurs (et encore pas tous n’en mesurent le prix, comme à la FNSEA !) pour le seul profit des multinationales de l’empoisonnement public !

La France a voté pour la limitation de l’autorisation à trois ans, ce qui est déjà long, l’Allemagne a dit oui, pour 5 ans, alors qu’elle devait s’abstenir ! Merkel se dit trahie par son ministre !! C’est dire l’ambiance…et les intérêts en jeu ! Mais que font-ils du principe de précaution ? La question devient le centre de la crise allemande qui se prolonge tout en soulignant l’incurie des institutions européennes censées nous protéger.

La France n’a d’autant pas de leçon politique à donner qu’elle est minée par les mêmes choix, les mêmes critères d’austérité pour le peuple et de cadeaux fiscaux pour les riches, ce qui lui vaut une extrême-droite encore plus influente, depuis longtemps installée dans le paysage, véhiculant racisme, xénophobie, islamophobie et démagogie sociale, désignant les boucs émissaires, attisant les peurs, les divisions sans toucher aux fondements du libéralisme !

Et que dire de l’Autriche après le succès du FPÖ arrivé 3è aux législatives du 15 octobre 17, « parti de la liberté (?) autrichien », aux portes du pouvoir après avoir failli gagner la présidentielle ! Les conservateurs chrétiens, devançant les sociaux-démocrates, comme en Allemagne, se sont tournés cette fois vers l’extrême-droite pour constituer le gouvernement ! Tout un programme. Le FPÖ veut le ministère de l’Intérieur et celui des Affaires étrangères.

Mais aux dernières nouvelles, le président autrichien a refusé la nomination de deux ministres de ce parti sulfureux et, comme en Allemagne, il n’y a toujours pas de gouvernement. Les négociations se poursuivent…avec le FPÖ. Ils veulent vraiment gouverner ensemble !

C’est l’Autriche qui doit assurer la présidence de l’Union européenne ?

Voilà qui n’est pas du tout rassurant quant à la santé politique de l’Europe d’autant que Macron n’a visiblement pas l’intention de changer de cap !

René Fredon

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