Port de Toulon : Un projet qui fait débat

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Le projet d’aménagement du port de Toulon (© : Port Toulon Provence)

En attendant celui annoncé par TPM pour le 7 décembre relatif au projet d’agrandissement du port avec création d’un quai de 417 m, les éléments apportés par le directeur d’Airpaca, Dominique Robin, dans le cadre de la « journée méditerranéenne de l’air-les ports » tenue à Marseille le 14 novembre 2017, viennent à point nommé nourrir le débat sur les nuisances que craignent les Toulonnais. (1)

Le directeur d’Airpaca indique « qu’ un navire de croisière à quai pollue deux fois plus que lorsqu’il est en mer : d’après nos calculs, un navire à quai dont les moteurs auxiliaires fonctionnent pour produire l’électricité nécessaire à la vie à bord pollue comme des dizaines de milliers de véhicules équivalents… » se référant à un rapport parlementaire de 2015 qui chiffre le coût de la pollution atmosphérique à 100 milliards d’euros » !

Une pollution qui se diffuse : « on sait que dans un rayon de 100 km autour des ports 50% des rejets polluants d’un navire sont liés à un bâtiment à quai. » Il précise toutefois que « le futur môle de croisière sera équipé d’un raccordement au réseau électrique »…ce qui veut dire que le fuel lourd très polluant des moteurs auxiliaires ne sera pas sollicité, donc moins moins de rejets de polluants solides.

Voilà un point, sans doute le plus sensible, qui ne manquera pas d’être approfondi pour que soit levée toute ambiguïté sur le niveau réel de pollution de l’air au coeur de la ville dans une zone de bord de mer très urbanisée.

Pour développer l’activité croisière il faut, à l’évidence, des infrastructures. Chacune des trois métropoles (Marseille, Toulon et Nice) disposant d’un port déjà conséquent, veut sa part d’activités.

Les études économiques et d’impact sont-elles aussi avancées pour permettre de certifier que les trois ports peuvent se développer tout en maîtrisant les retombées environnementales et sanitaires, à un moment où la question de la transition énergique devient une priorité absolue, d’autant que les indicateurs après la COP 21 de Paris et le retrait des États-Unis, sont alarmants quant au respect des objectifs !

Les projets régionaux sont-ils coordonnés ou chaque métropole peut-elle avoir sa propre autonomie quitte à entrer en concurrence avec d’autres au sein de la même région, si tant est que les croisières constituent l’avenir des ports et qu’on peut les agrandir à l’infini au coeur des villes.

Ajoutons qu’autour de la préfecture maritime de la méditerranée, il y a un port militaire. On ne parle pas ici de sa vocation ni de ses missions. Le directeur d’Airpaca reconnaît ne pas disposer d’éléments concernant la pollution des navires militaires. Et qu’il n’y a toujours pas de capteurs près du port de Toulon ni de celui de Brégaillon !

Difficile d’étudier l’évolution des pollutions de l’air et leurs causes comme leur dangerosité. À plus forte raison d’en faire une projection, compte tenu de la géographie de la rade au coeur même de Toulon et jouxtant La Seyne et Saint-Mandrier.

De son côté, France-Nature Environnement -qui regroupe plus de 50 associations de protection de l’environnement- a produit récemment un document (2) sur la question des pollutions des transports maritimes en PACA.

Il ne s’agit pas d’un réquisitoire contre le projet d’un quai pour les très gros navires de croisières à Toulon, ni contre le transport maritime en tant que tel, mais d’un constat concernant les effets largement méconnus sinon sous-estimés, des pollutions atmosphériques dangereuses dûes aux navires utilisant des carburants très lourds particulièrement polluants. En mer et dans les ports.

Ajoutons-y une réglementation internationale et des objectifs de réductions des nuisances très insuffisants. La FNE rappelle que le transport maritime ne fait pas partie de l’accord de Paris (COP21) dont on sait déjà qu’il ne tiendra pas sa feuille de route !

FNE cite les polluants majeurs, générés à quai par des navires de plus en plus gigantesques, que sont l’oxyde d’azote, l’oxyde de soude, les particules fines, le carbone-suie, le monoxyde de carbone…que des études spécifiques, notamment allemandes, tiennent pour être en lien avec des maladies cardiovasculaires et respiratoires plus nombreuses dans les zones côtières.

Pour ne donner qu’un chiffre, un rapport de l’OCDE de 2014 indique que « les 15 plus gros navires émettent plus d’oxyde de soufre que toutes les voitures du monde »!
De quoi prendre la mesure de ce que recueille l’air de nos ports dans la mer la plus polluée du monde de par l’ampleur de son trafic et l’activité de ses ports.

Serons-nous accusés de catastrophisme ou d’entrave au développement économique, en essayant de ne pas omettre ce qui semble manifestement sous-estimé : les incidences sanitaires et environnementales d’un projet à risques pour la population dans un milieu très urbanisé ?

Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas chercher à développer l’activité économique des communes côtières, pas forcément par le choix du « tout » tourisme, ce qui est déjà le cas. Et ce qui nous vaut une spéculation foncière très sélective et une situation de l’emploi encore plus dégradée et par trop saisonnière, donc précaire.

Nous avons en mémoire l’époque ou la même majorité départementale n’hésitait pas à « vouloir faire du Var la Californie de l’Europe », le second axe étant la multiplication des maisons d’accueil des personnes âgées, de préférence haut de gamme.

Les professionnels du yachting, de la grande plaisance, entendent s’inscrire dans le projet porté par TPM considérant, naturellement, que « le yachting est vital pour l’économie maritime de notre région« . Ils parlent au nom des 5 600 propriétaires de yachts de plus de 30m existant dans le monde. Les yachts sont même de plus en plus grands…jusqu’à 180 m! Dont 1/3 navigue l’été entre la Provence-Côte d’Azur et la Corse tiennent-ils à préciser.

Et ils n’ont que 750 places…de Marseille à Menton, les pauvres, c’est dire la pénurie !

À les lire (3), on compatirait même à leurs problèmes de gestion, Pas trop de réglementations, de dispositions fiscales, sociales, douanières…svp sinon ils pourraient quitter nos côtes où ils génèrent de l’activité. C’est vrai, ils n’ont que des soucis de compétitivité. Pas un mot sur l’environnement et la santé. Rien.

Ils tiennent une place dans l’économie, certes et si la concurrence est rude entre les ports pour attirer les milliardaires on ne va pas en faire une priorité…à notre charge ? C’est peut-être aussi un point à clarifier ? Cela ferait jaser dans nos cités, notamment.

René Fredon

(1) http://www.tv83.info/2017/10/06/la-journee-mediterraneenne-de-lair/

(2) https://www.fnepaca.fr/download.php?file=file/actions/sante/air_croisieres_2015/dpshipping200916.pdf

(3)http://www.tv83.info/2017/11/14/le-yachting-est-vital-pour-leconomie-maritime-de-la-region/

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