Macron : fini l’état de grâce, la réalité s’impose !

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Deux mois à peine de pouvoir et la cote de popularité du chef de l’État est en marche…arrière. Plus vite encore que ses prédécesseurs. Et pour cause, il met en oeuvre son programme ultralibéral et sa méthode profondément anti-démocratique, privilégiant les ordonnances et non la valorisation du rôle du parlement et de la concertation avec les syndicats, réduites à l’affichage, les décisions étant déjà prises.

Quelques députés LREM se demandent s’ils sont élus pour applaudir le président ou pour contribuer à légiférer en toute responsabilité. Ils savaient pourtant qu’ils doivent, en toutes circonstances, approuver les projets de leur gouvernement et en plus, ils ont obtenu une large majorité ! C’est ce qu’ils viennent de faire en adoptant la loi dite de « moralisation de la vie publique » qui manque sérieusement d’ambition et ne touche pas à l’essentiel : le poids de la finance et sa représentation dans les institutions. Au service de qui gouverne-t-on ?

Pour certains, le rôle de godillot et de potiche, devant soumettre au président de leur groupe, le « maréchal » Ferrand, ce qu’ils ont à exprimer, commence à leur peser, bien qu’ils partagent les orientations qui les ont fait élire. On ne va pas les plaindre. Le recadrage des ministres peut se résumer à la formule : « Je ne veux voir qu’une seule tête…la mienne ! »

Le spectacle à l’assemblée nationale durant la session de juillet n’a pas manqué de confirmer le caractère autoritaire de ce pouvoir qui prétend « moraliser » la vie publique et « moderniser » la France en la rendant encore plus dépendante de la finance qui n’a ni patrie, ni moralité pourvu que les actionnaires reçoivent leurs dividendes augmentés chaque année.

Ce ne sera pas le cas des salariés, des retraités, des jeunes issus de familles modestes qui avaient compris que si Macron avait reçu une majorité de suffrages au second tour, tout en suscitant un nombre record d’abstentions, c’était uniquement pour barrer la route au FN et pas pour soutenir son programme ultra-conservateur confié à un 1er ministre LR et un gouvernement qui penche très à droite.

On l’a vu avec la la réduction scandaleuse des APL, le gouvernement fait la poche des plus pauvres pour mieux cajoler les riches qui bénéficient de largesses et de réserves prises dans le budget de l’État. Ils veulent supprimer la part immobilière de l’impôt sur la fortune, un nouveau cadeau de 3 milliards qui s’ajoute à d’autres bien plus lourds comme l’augmentation annoncée de la CSG, qui consiste à fiscaliser les cotisations sociales et qui seront payées par tous les contribuables au-dessus de 1200 euros par mois de revenus.

Sans parler des sommes faramineuses qui échappent à l’impôt par suite de la fraude et de l’évasion fiscale vers des paradis où la spéculation va bon train. Elles sont estimées, rien qu’en France, à 80 milliards chaque année…et on va faire 400 millions « d’économies » sur le dos des familles les plus pauvres !

Les groupes communiste et FI ont fait entendre leurs voix dans l’hémicycle et proposé de très nombreux amendements constructifs mais dans un rapport de forces très défavorable.

Ce scandale ne passe pas. Même les bailleurs sociaux considèrent qu’il s’agit d’un emplâtre sur une jambe de bois. Macron et Philippe ne parlent jamais de s’attaquer aux loyers chers, aux salaires et retraites insuffisants, au manque criant de logements sociaux, tandis que fleurissent dans nos villes des chantiers voués à l’immobilier de rapport.

Ils prévoient de réduire encore les crédits déjà insuffisants consacrés aux quartiers les plus défavorisés ! De retirer, dès 2017, 300 millions aux collectivités locales déjà asphyxiées par la baisse des dotations de l’État. Elles seront encore allégées de 13 milliards sur 5 ans programmés à partir de 2018. Ce qui ne peut que réduire les services publics, les investissements utiles, les aides sociales gérées par les départements et lourdement pénaliser les populations, leurs associations.

Dans le même temps, on découvre la plus-value boursière substantielle (1,13 million d’euros) réalisée en un jour par la ministre du travail quand elle était DRH chez Danone, sur fond de plan social concernant quelques 900 salariés. Et ils voudraient que la confiance dans la parole publique ne soit pas ébranlée ? Ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan des profits licites et illicites.

Déjà plusieurs ministres UDI, à peine nommés, ont dû démissionner pour suspicion forte d’emplois fictifs, dont celui de la Justice (Bayrou) et celle des Armées (S. Goulard) ! Début août, c’est un autre ancien ministre UDI (M. Mercier) qui doit renoncer à sa nomination au Conseil constitutionnel sur proposition du président LR du Sénat. Pour les mêmes raisons,
le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire concernant le recours à des assistants familiaux, plus ou moins fictifs.

Coïncidence sans doute, le président de la République se trouve poussé à préciser le statut et le coût de la « première » dame, à charge, elle aussi, des contribuables. Pas moins d’une douzaine de personnes à sa disposition.

Le président lui-même avait dépensé beaucoup d’argent public quand, encore ministre de l’Économie, il s’était rendu à Las Végas, début 2016, encourager les jeunes Français et leurs start-up à viser l’excellence et à devenir milliardaires, le sommet de la gloire ! L’actuelle ministre du travail gérait le budget de cette initiative un peu spéciale, juste avant qu’il parte en campagne.

Le libéralisme incompatible avec les solidarités, les protections sociales
Bien entendu ils vont laver plus blanc que blanc, ils promettent de réduire nos dépenses publiques, nos déficits, nos dettes sans augmenter les impôts…et même en réduisant ceux des plus riches surtout. E. Philippe veut récupérer ce qui reste des capitaux de l’État dans quelques entreprises mixtes et poursuivre les privatisations.

Les autoroutes, c’est fait, les aéroports, c’est commencé, la gestion des lignes de chemins de fer aussi…celle des prisons, ils y pensent. La Poste, EDF, GDF…déjà largement démantelées. Même les écoles et les hôpitaux sont en partie privés. La justice sociale ne cesse de reculer.

Trop de services publics ? Ils les liquident, comme le code du travail qu’ils jugent trop favorable aux salariés, un obstacle pour les patrons ?? Davantage de droits pour les salariés, au contraire, c’est la source du progrès social…comme en 36, en 45, en 68.

C’est précisément cette politique néo-libérale amplifiée à partir des années 80 qui a vidé le pays (et beaucoup d’autres) de sa substance industrielle et de son agriculture familiale ruinée par la concurrence nullement « libre et non faussée » : les produits venus d’ailleurs se vendent dans les grandes surfaces moins chers qu’ils ne coûtent à nos paysans. Une minorité s’en sort disposant de vastes surfaces, de gros moyens techniques et financiers.

La compétitivité, c’est ça : la fuite en avant dans le consumérisme et…la fabrique des chômeurs que ce système libéral produit et que l’on fait passer pour des assistés qui coûtent cher à la collectivité ?! Tandis que les profits et les grandes fortunes privées s’affichent avec indécence, ce sont les maîtres de la finance et de l’économie qu’on nous invite à admirer comme des bienfaiteurs de l’humanité !

La transition écologique attendra. Le plus grand pollueur, les États-Unis, se désengage des accords de Paris. Macron lui fait du charme. Hulot le suit et essaie de se faire oublier.

Rien d’étonnant à ce que les effets de ces choix -clairement assumés- produisent encore plus d’injustices sociales, de précarité, de frustrations de toutes sortes, de justes colères. De fortes réactions se préparent pour limiter les dégâts et changer de trajectoire.

La rentrée sociale a toutes les raisons d’être explosive.

René Fredon

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