Léandri (FI) serait-il dans le déni ?

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Au lendemain du 1er tour des Législatives qui a vu s’abstenir plus d’un Français sur deux et Macron à la veille d’engranger un résultat inespéré en sièges, le candidat et leader varois de la FI, Luc Léandri, s’autoproclame « seule force d’opposition sur l’échiquier politique » (VM 13-6-17, p.7) avec « un PC dans les choux » et une FI qui veut conscientiser les citoyens… »sans forcément passer par la contestation de la rue. » Qu’est-ce à dire : qu’il faudrait faire l’impasse sur les luttes sociales, qu’elles ne seraient pas prioritaires ?

Revenons sur terre : sur près de 7 millions de suffrages recueillis par JL Mélenchon au 1er tour de la présidentielle, avec le soutien du PCF, les candidats de la FI ont rassemblé…2,5 millions de suffrages au 1er tour de la législative. En gros, 4,5 millions qui avaient voté Mélenchon le 23 avril, n’ont pas voté FI le 11 juin, six semaines après !

L’abstention de masse n’a épargné personne, les partis traditionnels comme les plus récents. Même le parti du président perd aussi sur le 1er tour de la présidentielle mais moins. Il bénéficie de la dynamique de son élection et rassemble à droite et à « gauche » (si on peut dire). Il va se retrouver à la tête d’une très forte majorité de députés libéraux issus des deux partis de gouvernement en voie de décomposition. Mais il aura sauvé l’essentiel : une majorité ultralibérale pour accentuer les politiques d’austérité et sécuritaires attentatoires à notre modèle social et à nos libertés.

Cela au détriment de toutes les autres formations politiques, y compris la FI, n’en déplaise à Léandri et à ses fantasmes. Même si certains de ses candidats seront élus et nous le souhaitons. Mais c’est toujours plus compliqué lorsqu’on a semé la division en choisissant de faire cavalier seul.

De ce fait, ils ont pris eux-mêmes la responsabilité d’en perdre et d’en faire perdre à leur partenaire, le PCF qui soutenait Mélenchon. Au passage, rappelons que JL Mélechon n’aurait pas pu se présenter sans les 418 parrainages de maires et d’élus communistes. Il a ainsi brisé l’espoir qu’avait fait naître le bon score du 23 avril. En affichant des velléités hégémoniques : remplacer à eux seuls tous les partis de gauche, PCF compris. C’est ce qu’exprime L. Léandri à sa façon.

La moisson sera maigre…et ce discours ne contribue assurément pas au rassemblement des millions d’électeurs qui ont déserté la gauche, pas seulement celle qui n’en était plus et qui gouvernait avec Macron, mais aussi celle qui porte la transformation sociale et écologique sur les vraies valeurs de la gauche, anti-libérale, progressiste, contre toutes les exploitations et les régressions, écologique, solidaire, pacifique, internationaliste, pour une France indépendante dans une Europe des peuples, pas au service du capital. Cette gauche-là était émiettée, divisée et a payé ses divisions.

JL Mélechon n’a pas voulu en être le possible fédérateur, il a préféré jouer au sauveur suprême en en appelant au ralliement, pas au rassemblement. Aujourd’hui, il ne parle plus de radicalité, d’éco-socialisme, d’anti-libéralisme, il se veut « humaniste », comme tout le monde, c’est moins clivant que le dégagisme !

C’est ce rassemblement, de toute la gauche d’opposition et des écologistes, à la dérive libérale du gouvernement Hollande-Macron que n’a cessé de proposer le PCF à ses partenaires potentiels à travers un pacte d’engagement commun, pour la présidentielle et pour les législatives. Mélenchon n’en voulait pas, il est parti très tôt, de sa seule initiative et les autres formations tiraillées par la rupture ou la collaboration au gouvernement précédent, n’ont pas davantage manifesté d’intérêt pour cette stratégie du rassemblement le plus large.

Les communistes eux-mêmes ont été tiraillés par le soutien ou non au candidat auto-proclamé et ils vont avoir l’occasion d’en débattre pour en mesurer tous les effets sans s’exonérer eux-mêmes de toute responsabilité. Tout en se situant dans une opposition frontale au libéralisme en crise profonde qui va s’amplifier et en osmose avec le mouvement social confronté à ses effets sociaux et environnementaux notamment.

Pour l’heure, il reste à espérer -et à agir en conséquence- pour qu’un maximum de députés vraiment à gauche, communistes, FI, socialistes et écologistes d’opposition…puissent être élus au second tour pour y défendre les intérêts populaires et être solidaires de ceux qui luttent contre la toute puissance de l’argent et de ceux qui le possèdent. Car l’ennemi commun c’est plus que jamais la finance.

Avant, le Var était « représenté » par huit députés de droite inconditionnels du système capitaliste à leurs yeux immuable. Ils seront vraisemblablement remplacés par huit députés LREM tout aussi inconditionnels du même système. Encore plus nombreux à l’assemblée nationale : on sait à quoi s’attendre !

René Fredon

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