Le 7 mai, barrons la route au FN

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Affligeant. L’unique débat entre les deux tours qui devait décider du destin de la France a tourné au pugilat entre les deux candidats qui, sans remettre en cause le libéralisme, se sont étripés devant des millions de Français (es) qui, très majoritairement n’avaient pas voté pour eux au 1er tour !

Si l’abstention y gagne il ne faudra pas chercher bien loin. Un tel spectacle de la part des deux présidents possibles de la République a de quoi vous décourager d’aller voter pour les départager. Et pourtant…

Même si on est en désaccord total avec les deux, peut-on, sans conséquences, ne pas exprimer un vote qui sera pris en compte dans les suffrages exprimés plutôt qu’un vote qui, n’étant pas exprimé, fera automatiquement monter le pourcentage du FN, même s’il devait être battu. Mais en est-on bien sûr ?

Il vient d’atteindre son plus haut score historique (7 679 493 voix en 2017 contre 6 421 426 en 2012), soit +1 258 037 en 5 ans…Il n’est devancé par Macron que de…977 493 suffrages.

J’entends bien que cette ascension a pour causes principales les politiques d’austérité et l’aggravation du chômage, la baisse du pouvoir d’achat et l’accroissement des inégalités, les coups portés à la protection sociale, aux services publics…dont sont principalement victimes les catégories populaires ainsi qu’une partie des couches moyennes.

Politiques menées par les majorités successives de droite et de « gauche », enfin celle qui s’en proclamait tout en adhérant aux règles communes libérales décidées par les mêmes partis au niveau européen. Ils ont été sortis du pouvoir au 1er tour.

Mais l’émiettement des candidatures de la gauche de transformation sociale (27,77%), malgré l’excellent résultat de JL Mélenchon (19,58) soutenu par le PCF, n’a pas suffi à éliminer la candidate du FN.

Elle se nourrit du mécontentement, de la désespérance de toutes celles et ceux qui voient leur niveau de vie en baisse continue et qui sont convaincus par le discours démagogue et récupérateur du FN, empruntant certaines de ses critiques au mouvement ouvrier pour donner le change, tout en ne mettant pas les pieds dans leurs manifestations pour les soutenir. Pardi ! Elle dénonce l’influence des syndicats et rêve de les museler.

Oui, les politiques mises en oeuvre par Macron au sein du gouvernement « socialiste » ont continué de favoriser le FN, tout comme le gouvernement précédent de Sarkozy-Fillon, et cela depuis près de 40 ans.

On a pu la voir hier agresser verbalement son concurrent, tenter de le déstabiliser par tous les moyens, sans rien apporter de concret si ce ne sont les mesures xénophobes qui sont au coeur de son programme et qui ferait de la France un chantier de régressions et de discriminations tous azimuts. Une France qui ne serait plus la patrie des droits de l’homme mais un pays replié sur lui-même, où la haine de l’autre selon ses croyances et ses origines, selon ses orientations sexuelles…remplacerait la tolérance, le respect de l’autre, la laïcité, la fraternité, l’unité de la nation dans la diversité de toutes ses composantes.

Pour toutes ces raisons parmi bien d’autres, on peut comprendre le dilemme des progressistes d’avoir à faire un choix ou non dans quelques jours. Un choix explicite, en toute hypothèse, ne peut être assimilé à un soutien politique à un candidat s’il a pour seule motivation d’éliminer l’autre et qu’il n’a que ce seul moyen, en l’occurrence le bulletin Macron.

C’est déjà arrivé en 2002 quand Jospin a été éliminé à 16,16% par…Le Pen (père) qui n’avait rassemblé que 17,79% au second tour et seulement 700 000 voix de plus sur les 2,5 millions d’électeurs supplémentaires,  venus voter non « pour » Chirac, par soutien politique (il ne faisait que 19,88 au 1er tour) mais avec les 63% du 1er tour qui n’avaient voté ni pour Chirac ni pour Le Pen. Pour barrer la route à l’extrême-droite.

Aujourd’hui c’est la fille que nous avons en face, qui n’a renié ni ses origines, ni ses fréquentations, comme celles de Jean-François Jalkh, député européen, qu’elle avait nommé à sa place de présidente en début de campagne. Il n’a tenu que deux jours, le temps que soient révélés ses propos révisionnistes sur les chambres à gaz, décidément une obsession et une constante.

Non le FN n’a pas changé, il n’a jamais quitté l’extrême-droite. Il porte un masque et s’adapte aux circonstances sans jamais remettre en cause, sur le fond, le système qui l’accueille avec bienveillance, ce système capitaliste dont elle ne prononce jamais le nom. Elle est là pour le sauver en cas de crise profonde de la démocratie trop…libérale.

Comme disait Brecht « le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde. »

Pensez-y en mettant un bulletin dans l’urne, ce dimanche. De préférence un bulletin qui puisse être comptabilisé dans les suffrages exprimés pour éviter toute mauvaise surprise.On ne sait jamais.

René Fredon

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