1er tour : Macron vire en tête…et après ?

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Ce dimanche soir du 23 avril, ils étaient détendus les commentateurs en poste à la télé : rien ne sera bouleversé pour eux ! Le quinquennat de Hollande a été calamiteux ? Qu’importe, l’ancien ministre de l’économie choyé par Hollande qui appelait sa victoire sans complexe, va pouvoir continuer le travail.

Bien sûr, il promet qu’il va faire du neuf…avec les anciens de tous bords pourvu qu’ils soient libéraux. Les banques, le CAC 40, les très riches n’attendent que ça, ils ne seront pas déçus, venant d’un banquier d’affaires à leur écoute…Il leur sauve la mise !

Au prix de la déroute du parti socialiste et de la droite traditionnelle (LR aujourd’hui) qui se succédaient au gouvernement depuis plus d’un demi-siècle. Mais pour ne rien changer, sauf quelques apparences. Fillon, malgré les affaires, a un peu mieux résisté que Hamon emporté par les trahisons internes de celles et ceux qui, à l’abri du besoin, approuvent l’austérité pour les autres, tout en parlant de « libérer le travail », entendez les protections des salariés tout en faisant grimper le chômage.

C’est le premier enseignement de cette « victoire » des mêmes qui vont amplifier les politiques libérales qui nous ont conduits là où nous en sommes. Le score de Macron (23,40) étant par ailleurs inférieur à celui de Sarkozy en 2007 (31,18) et de Hollande en 2012 (28,8) qui l’avaient emporté au second tour. Pas de quoi pavoiser.

La seconde donnée politique, c’est l’émergence d’une force alternative autour de Mélenchon que soutenait le parti communiste, à 19,31% et qui a frôlé l’exploit de se qualifier alors que d’autres forces de gauche incarnées par trois candidats (Hamon, Poutou, Arthaud) ont rassemblé plus de 8%…qui auraient assuré la victoire sur le libéralisme.

A noter que le candidat de la France insoumise a réalisé de très bons résultats dans les villes,  les cantons et les circonscriptions où le parti communiste est très bien implanté. Ces résultats prometteurs marquent un désir profond de changements, une exigence d’honnêteté  et d’exemplarité dans la vie politique, de justice sociale, de solidarité, de démocratie réelle, de paix et d’avancées dans la transition écologique.

Une nouvelle page de la gauche a commencé à s’écrire.
Troisième constat : le danger FN. Certes il n’est pas arrivé en tête et accuse le coup, son pourcentage s’est tassé à 22,31 par rapport aux prévisions mais il fait 1,5 millions de voix en plus sur le 1er tour des régionales de décembre 2015, dernière élection nationale ! Soit 7,5 millions. Dans le Var il gagne 6 % et 16 000 voix,  confortant la 1ère première place des régionales et menaçant les candidats LR aux législatives.

Le danger qu’il représente pour les valeurs de la République -quoi qu’il en dise- n’en est que plus fort. La discrimination entre Français selon leur origine, le rejet de l’autre, la division de ceux qui ont des intérêts communs contre les puissances d’argent, le racisme, la xénophobie, le nationalisme confondu avec le patriotisme dont ils seraient les seuls dépositaires…ne peuvent être que combattus avec la plus grande détermination.

Pour l’exprimer le 7 mai, « il n’y a qu’un bulletin de vote qui lui sera opposé, malheureusement », a déclaré Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF.

Dimanche, sur les plateaux, une fois les résultats connus, il n’y avait que cette question qui intéressait les journalistes, sourire ironique aux lèvres. Attention à ceux qui hésitent ! On va les traquer en leur mettant l’étiquette du « ni, ni »…

Comme si le barrage au danger FN pouvait dédouaner les politiques libérales qui en sont le terreau.  Elles se succédent par alternance, sous l’impulsion de la droite et du PS, et lui fournissent à travers les purges infligées au peuple, à ses couches populaires urbaines et rurales, des occasions de récupérer une partie des mécontents qui se laissent séduire par leurs « solutions » ultraconservatrices de repli sur soi hyper-dangereuses.

Imaginons ce que serait la prise en main par l’extrême-droite des instruments de l’appareil d’Etat ?

Le paradoxe est là : on est dans le piège institutionnel de la Vè. Ce sont les partis au pouvoir qui alimentent par leurs choix politiques la démagogie payante du FN et, pour ne pas qu’il accède au pouvoir, ils appellent tous ses adversaires, toutes les victimes de leur politique à la rescousse ! Pas mal. Et si vous ne le faîtes pas ils vous classeront « populiste de gauche allié des populistes d’extrême-droite ».

Qu’on ne s’y trompe pas : nous barrerons la route de la Présidence de la République à Marine Le Pen et à son clan, à la menace qu’ils constituent pour la République et pour la Paix.

Tout en sachant que nous serons tout aussi résolus à nous opposer à la poursuite des mêmes politiques qui nuisent gravement aux intérêts du peuple et du pays, car soumises à la dictature de l’argent et des puissants qui le possèdent comme à l’égard des politiciens qui les servent. C’est ce qui nous attend avec Macron. Pas besoin d’être expert pour le savoir. Il était aux commandes. Qui peut s’imaginer qu’il pourrait changer de cap ?

Voilà qui justifie, avant le second tour, de ne pas faire retomber la pâte. Le 1er mai est une bonne date pour -à l’initiative des syndicats- rappeler tout ce que le monde du travail a exprimé dans cette campagne et que les salariés, les jeunes notamment portent comme aspirations légitimes, comme besoin d’humanité.

Et puis pensons à l’après-présidentielle, les législatives qui seront décisives pour donner ou non au président, une majorité. Naturellement Macron demandera à tous « ses » électeurs du second tour de confirmer leur vote en votant pour « ses » candidats. Ce sera le moment de rappeler que « ses » électeurs ce sont les 23,40 du 1er tour. Les autres, pour l’essentiel, sont venus barrer la route au FN.

Pour celles et ceux qui portent un autre projet de société, progressiste, émancipateur, social et écologiste…le rassemblement le plus large possible pour conquérir de nouveaux sièges sur la droite et les sortants PS passés chez Macron, est une nécessité.

Pour sa part le PCF appelle « toutes les forces de gauche et de progrès désireuses de reconstruire une gauche de combat et de transformation sociale à préparer ensemble les échéances décisives à venir ».

Il est possible et même indispensable de rééquilibrer les pouvoirs et d’en finir avec les majorités « godillots ». Un enjeu absolument décisif.

René Fredon

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