Sophie Camard (EE-LV) : « Le PS est déconnecté des attentes des citoyens »

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Sophie Camard, tête de liste Europe Écologie - Les Verts, aux élections régionales en PACA

Tête de liste Europe Ecologie – Les Verts aux Régionales de décembre prochain, Sophie Camard vient de signer avec Luc Léandri et Hélène le Cacheux pour le Parti de Gauche et Rémy Jean et Isabelle Bourboulon d’Ensemble PACA, un appel commun dans lequel ils déclarent avoir « fait le choix de coopérer au-delà des partis et de la mécanique habituelle de la politique ». Un geste fort, loin de jouer en faveur d’un éventuel rapprochement au premier tour avec la liste socialiste conduite par Christophe Castaner. Les griefs de l’élue écologiste qui siège au conseil régional sont nombreux à l’égard de ses collègues socialistes. Elle les détaille dans l’entretien qu’elle nous a accordé.

Vous déclarez être favorable à un rassemblement de la gauche, cependant, vous ne parvenez pas à trouver un accord avec les socialistes. Pourquoi ?
C’est un problème de dynamique, de volonté de gagner, mais aussi un problème de stratégie. EELV veut gagner la Région mais, pour y parvenir, il faut un réveil citoyen et être une force de mobilisation. On doit s’adresser à toute cette partie de l’électorat qui ne vote plus et qui est beaucoup à gauche. C’est en constatant l’absence de dynamique et l’incapacité à avoir une démarche vers cet électorat déçu qui attend autre chose de la gauche, qu’on a fini par prendre des chemins séparés.

C’est la raison qui vous a conduite signer jeudi un appel commun avec le Parti de gauche et Ensemble PACA ?
Lors de notre assemblée générale du 20 juin, nous avions annoncé que nous cherchions à faire une liste de rassemblement, hors l’appareil du PS. Aujourd’hui (ndlr : jeudi 6 août) nous avons signé un appel commun avec le Parti de gauche et Ensemble PACA, c’est-à-dire les sensibilités du Front de gauche hors Parti communiste qui prendra sa décision fin août ou début septembre. On est bien dans une logique de rassemblement, de mobilisation, avec la volonté de reparler à la société.

« Nous avons toujours senti les socialistes un peu en retrait »

Qu’est-ce qui vous sépare vraiment des socialistes au plan régional ?
Le PS est un appareil. Au niveau de la Région, je trouve qu’ils ont du mal à renouveler leurs élus, à sortir d’un fonctionnement d’appareil un peu déconnecté des attentes des citoyens. Je trouve également qu’ils ont du mal à renouveler leurs idées et leurs propositions. Sur le mandat que nous terminons, les écologistes et le Front de gauche ont toujours beaucoup aiguillé les politiques régionales. Nous avons toujours été très volontaristes et nous avons toujours senti les socialistes un peu en retrait. Je pense également qu’ils n’ont pas anticipé le choc provoqué du fait que Michel Vauzelle ne repartirait pas. On a senti une impréparation, avec l’idée que la Région était perdue. Alors que nous, depuis le début, nous disons que nous ne pourrons gagner que si nous sommes dans l’innovation et la mobilisation. Nous étions donc sur deux stratégies différentes.

Christophe Castaner, tête de liste socialiste, ne marque-t-il pas un renouvellement ?
Christophe Castaner est une personne avec qui j’ai travaillé et que je respecte beaucoup, mais je ne veux pas m’enfermer dans des débats de personne. Une personne seule n’arrive pas forcément à faire bouger tout un système, tout un collectif. On voit bien que les grosses fédérations du PS, comme celle des Bouches du Rhône, sont difficiles à bouger.

Ne craignez-vous pas qu’il y ait une incompatibilité persistante entre le PS et le Front de gauche ?
Nous allons être modestes dans la forme et beaucoup à l’écoute des citoyens et de ce qu’ils ont à nous dire. Chez les écologistes et les militants du Front de gauche, il y a une réelle remise en cause. On va lancer une plateforme intitulée « Pour une région coopérative » qui va beaucoup travailler sur le programme mais aussi sur de nouvelles façons de contribuer aux politiques publiques. On est dans une posture d’écoute, pas dans une posture disant qu’on a raison contre le reste du monde. C’est ce qui a facilité le rapprochement entre les écologistes et le Parti de gauche car nous sommes très conscients de l’actuelle crise de la démocratie. On va progresser ensemble, écologistes, Front de gauche, mais également des citoyens non encartés. J’espère que cela nous permettra de réaliser ce rassemblement de premier voire de second tour.

« La mobilité dans notre Région est un problème qui touche le quotidien des gens »

Sur quels grands thèmes allez-vous construire votre campagne électorale ?
La question de la démocratie, bien sûr, que nous pourrions intituler « nouvelle gouvernance et nouvelle relation citoyen », en réfléchissant aux nouveaux outils nouveaux pourraient être mis en place pour faire contribuer les citoyens sur un certain nombre de thématiques régionales. On parlera aussi d’une charte éthique pour les candidats. Ensuite, les transports, un sujet qui monte dans les compétences régionales. La mobilité dans notre Région est un problème important car il touche le quotidien des gens. Il y aura également toutes les questions concernant le développement économique et l’articulation que l’on voudrait faire entre l’économie et l’écologie, puisque nous avons toujours défendu l’écologie comme un modèle économique.

Pensez-vous organiser des référendums régionaux pour donner la parole aux citoyens ?
On peut désormais faire des référendums locaux mais il faut trouver la bonne thématique pour en lancer un au niveau régional. Nous allons travailler, en dehors des votes, sur la façon dont le citoyen peut contribuer aux politiques publiques. Sur la question des transports, notamment, en s’inspirant des modèles d’économie collaborative afin de l’importer en politique. On commence à travailler sur un service régional de mobilité dans lequel les citoyens pourraient contribuer directement en formulant leurs remarques. En fait, on est en train d’imaginer des politiques contributives plus que participatives. C’est un peu la philosophie de la région coopérative.

En matière de transport, quel regard portez-vous sur le projet de nouvelle ligne ferroviaire destinée à désenclaver Nice ?
On est aujourd’hui obligé de travailler sur ce qui fait consensus. Ce qui va avancer ces prochaines années concernera d’abord le nœud autour de la gare Saint-Charles à Marseille et une meilleure desserte des Alpes-Maritimes. Ce qui aujourd’hui ne fait pas du tout consensus, c’est le passage dans le Var. Il faudrait avant tout mieux desservir les transports de proximité dans ce département. On a toujours soutenu les trains du quotidien et finalement dans la Ligne nouvelle, quoi qu’on en dise, c’est la philosophie qui est retenue pour travailler sur l’articulation des transports. En posant le débat d’un service régional de mobilité, qui défende le train mais qui articule mieux différents types de transports entre eux, je pense que cela peut répondre à beaucoup de besoins.

« Tout n’est pas perdu et cette Région peut rester à gauche »

Pourquoi la transition énergétique semble-t-elle en panne en PACA alors que vous êtes aux commandes de la Région avec la gauche ?
On a fait avancer le sujet mais je suis la première à reconnaitre qu’il faut aller plus loin. On a mis en place la réhabilitation thermique les logements sociaux et on a réussi à en faire 25000. C’est pas rien mais, en même temps, par rapport à tout ce qu’il y a à faire dans les vieux logements de PACA, ça peut paraitre insuffisant et on en est bien conscient. Les premières expériences montrent que c’est possible ; on doit passer de l’expérimentation à la généralisation. Comme on a un climat politique assez détestable dans notre Région, on est dans l’incapacité de travailler ensemble. C’est un peu le message subliminal de la région coopérative. Mais le choses bougent un peu. Sur le grand projet sur les réseaux électriques intelligents, PACA fait partie des trois régions qui ont répondu à cet appel et pour la première fois on a réussi à fédérer une trentaine de projets sur le territoire la Métropole Nice Cote d’Azur, la future métropole Aix-Marseille, les Alpes. C’est ce type de démarche qui est d’avenir. Demain la Région sera un chef de file qui mobilise les autres.

Pourquoi ne parvient-on pas à réduire les causes des pollutions de l’air récurrentes en PACA?
On a le même niveau de pollution de l’air qu’en région parisienne voir pire parfois. On est bien plus en retard que la région parisienne sur tout ce qui concerne les transports collectifs mais aussi sur le problème du parc de vieux véhicules diesel à Marseille, plus important qu’ailleurs. On s’interroge sur la possibilité de rendre les transports collectifs gratuits les jours de grande pollution voire même les TER. Il est vrai qu’on se heurte à des dizaines d’années de retard et tout le monde attend un développement plus fort des transports collectifs.

Un sondage récent donnait la droite et le FN devant la gauche au second tour. Pouvez-vous imaginer la gauche n’arriver qu’en troisième position ?
Le PS partait tellement perdant qu’ils ont été agréablement surpris du sondage. Ce sondage, je l’ai pris plutôt bien parce qu’on voit que tout est ouvert. L’élection se jouera à deux ou trois points. Les quelques points qui nous manquent aujourd’hui, il faut bien aller les chercher, au premier tour. Tout n’est pas perdu et cette Région peut rester à gauche.

Propos recueillis par B.A.

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